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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 11:07

 

beaute-2.jpgA chaque fois, c’est pareil, toujours la même réaction, incontournable, que j’aimerais pourtant réussir à contourner.

A chaque fois que j’évoque quelqu’un que pour une brassée de raisons plus sincères les unes que les autres j’apprécie, la réaction de mon interlocuteur est tellement prévisible :

- Mais t’as vu à quoi il ressemble ?

C’est une constante, un passage obligé, une remarque régulière qui m’agace de plus en plus. Une réplique que j’exècre tant elle manque de sagacité.

La question soulevée, en plus de m’agacer, m’afflige.

Est-ce le problème ? Est-ce vraiment une question qui se pose, comme ça d’emblée, au fond ?

Qu’est-ce que j’en ai à faire moi, de ce « à quoi il ressemble »? Ce qui m’intéresse ce n’est pas qu’il ressemble à quelque chose d’esthétiquement admirable, ce que j’aimerais savoir c’est ce qu’il est en réalité, et pour ce faire j’écoute ce qu’il me dit, je lis ce qu’il m’écrit, je l’envisage comme un motif de joie, de tristesse, d’énergie.

Une personne me touche si elle me bouleverse, si elle m’est sympathique, si elle m’énerve aussi évidemment. Une personne existe si elle réagit quand je la pique, si elle se replie en cas d’attaque, si elle m’attaque à son tour, pour voir ce que j’ai dans le ventre. Bref, tout est possible pour attirer mon attention, tout sauf la perfection qui s’affiche, insolente.

Et puis généralement, oui j’ai vu, qu’elle ne ressemble à rien ni personne, c’est souvent une bonne chose, c’est sans doute ça que j’aime, la singularité, les irrégularités, le vécu qui transparaît. C’est un tout, une impression d’ensemble qu’on jauge, qu’on scrute, qu’on évalue, un instantané qu’on prend : j’aime que quelque chose de particulier se dégage d’un visage, j’aime qu’une silhouette m’arrête. Après, beau, pas beau, ça va, ça vient.

Il me semblait que tenir ce genre de propos, c’était enfoncer les battants d’immenses portes trop grandes ouvertes, mais je me rends compte que non, dans la pratique rien n’est évident.

En plus, je ne dois pas être câblée dans le bon sens, car le label « beauté » et tout ce qui va avec, il y a toutes les chances pour que je ne le vois même pas. Alors qu’à l’inverse, d’autres moins canoniques, m'intriguent immédiatement. C’est à n’y rien comprendre, vraiment.

Donc oui, je trouve beaux des gens qu'on dit moches, et moches des gens qu'on dit beaux. Paraît-il, et régulièrement.

Ce sont les aspérités que j’aime, les personnalités, des sourires, des façons d’être. Un regard perçant, c’est beau, une main passée dans des cheveux sans y penser, une posture maladroite, le sont aussi. Tout comme l’agilité du verbe, tout comme le silence qu’on respecte. Un blondinet tout lisse, non je ne trouve pas ça beau. Et quand bien même il essaierait, à l’aide d’une mise en scène capillaire complexe, de me faire croire que c’est un poète, il n’y arriverait pas. 

Une illustration, juste une seule. Aussi loin que je puisse m’en souvenir, dans un bruissement aigu de voix féminines, j’ai toujours entendu que Brad Pitt était beau. Sauf que jusqu’il n’y a pas si longtemps, je ne savais pas bien qu’elle tête il avait cet homme là, je ne regarde pas les films avec Brad Pitt, en général. Donc pas d’avis sur la question, non.

Je l’avais bien aperçu, oui évidemment, mais pas vraiment vu. Et là, je l’ai vu, dans The Tree of Life. Drôle de film soit dit en passant, pas complètement réussi, une question d’équilibre à trouver qu’il aurait fallu continuer à chercher pour échapper à la curieuse impression, par moments, d’avoir zappé sur National Geographic. C’est souvent pompeux et assez éloigné du cinéma que j’aime.

Et puis Brad donc. Non mais vous avez vu cette tête ? Je suis désolée, mais je ne peux pas. Je ne vois pas comment je réussirais à vous dire que ce mec est beau, alors que je trouve qu’il ne dégage absolument rien.

Tout est une question de style finalement. Une personne, c’est comme un texte, ça se déchiffre, ça s’apprécie, ou pas, selon sa propre sensibilité. C’est donc une question de point de vue, une question d’effet produit sur l’autre, en face, qui lit. Si le style d’un texte repose sur la perception d’un lecteur, sur ce que lui ressent en lisant les mots d’un auteur, c’est un mécanisme similaire qui se met en place quand on décale le regard et qu'on le pose sur les gens.

A la lecture d’un texte, vous devez réussir à pénétrer des entrailles. Si les sensations, sentiments décrits résonnent en vous, c’est que le style de l’auteur vous convient. Un bon livre est sous-tendu par une osmose entre un auteur et un lecteur, c'est une histoire de longueur d’ondes.

C'est subjectif, tout comme la beauté des gens, qui reste une question de regard porté sur l’autre. 

J’aurais pu vous faire la liste des quelques personnes que je trouve belles.

Mais non.

 

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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