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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 09:02

Fete-des-voisins-2011_medium.jpgAujourd’hui, c’est la fête des voisins.

Des jours que qu’ils se préparent, que la liste de « qui apporte quoi » est placardée sur la porte vitrée du bas. Des jours que les enfants réjouis en parlent aux parents, je les entends, et apparemment pour eux, c’est un peu comme une kermesse d’école, sauf que là, les festivités se déroulent en bas de chez moi.

 

En ce qui me concerne, je serais plutôt partante pour leur faire leur fête à mes voisins. Mais faire la fête avec eux, surtout pas.

Mes voisins, je les tuerais si je pouvais, mais ces choses là ne s’écrivent pas. Disons que c’est une image, une image violente certes, mais image quand même, ce n’est pas correct du tout de souhaiter la mort des braves gens.

Je ne souhaite pas leur mort d’ailleurs, je voudrais juste que ça cesse, qu’ils se taisent, qu’ils arrêtent de marcher, de parler, voire de respirer, et aussi qu’ils ne me jettent plus  de cubes en bois sur la tête au petit matin, plus jamais. Mais ça ne s’arrête pas, alors parfois, j’aimerais pouvoir sortir de chez moi et les faire taire. Définitivement.

Tout cela reste de l’ordre du fantasme, je suis civilisée, j’ai toute ma raison, donc non, je ne passerai jamais à l’action, du moins je l’espère, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Quelle curieuse expression, tellement convenue qu’au moment où elle m’est venue à l’esprit,  je me suis dis que je n’allais quand même pas écrire ça. Et puis je me suis demandée d’où venait cette drôle d’image : et bien cette formulation, ou du moins une forme qui s’en approche, date du XVIe siècle, un siècle où l’électricité n’éclairait pas les demeures et où ceux qui s'adonnaient aux jeux devaient s'éclairer à la chandelle, alors considérée comme un objet de luxe. Il était donc d'usage, dans les endroits modestes, que les participants laissent un peu d’argent, en partant, pour participer au coût de la l’éclairage. Mais lorsque les gains étaient faibles, ils ne couvraient pas le prix de la chandelle. Finalement, je l’ai trouvée plutôt jolie cette expression, d’où le fait qu’elle soit restée là.

J’en étais au fait que je déteste mes voisins, ou plus exactement, les voisins en général. C’est un peu comme le collègue le voisin, une plaie béante. Le collègue vous surveille, vous regarde, pire, vous parle. Il vous adresse la parole quand bon lui semble, vous donne son avis alors que vous n’attendez qu’une seule chose, qu’il se taise. Le collègue, le voisin, c’est une présence qu’on vous impose, qu’on ne choisit pas, qu’on subit, c’est ainsi.

Ils polluent ma vie, parfois. Trop souvent. Alors quand je n’en peux plus du tout, des réactions saugrenues me traversent l’esprit. Hier matin par exemple, je dormais paisiblement lorsque des applaudissements, accompagnés de la voix enjouée de l’idiot d’à côté braillant « bravo, allez Elise, oui encore, bravo, oui allez, encore, bravo », me réveillèrent en sursaut. Il n’était pas très tôt, j’assume, genre 8h quoi, mais merde j’avais bossé jusque tard dans la nuit, j’avais bien le droit de ne pas me lever avec les enfants. Depuis que je vis dans un immeuble garni de jeunes parents dynamiques, l’expression « se lever avec les enfants » s’est substituée insidieusement à la version avec les poules. Et encore je crois que les poules se lèvent plus tard que les enfants. Bref, cet abruti de père était en train d’apprendre à sa fille de 2 ans à applaudir, en tapant dans ses mains et en l’encourageant de plus belle, là, juste derrière le mur, mur auquel était appuyé mon oreiller. Mon sang n’a fait qu’un tour, je me suis imaginée bondissant hors de mon lit toute nue, je me suis vue me ruer à sa porte pour sonner, toujours nue, mal réveillée, et l’engueuler. J’aurais tellement aimé voir sa tronche de scout-catho-encostardé-bien-peigné prêt à partir travailler attaqué par une hystérique hurlant et complètement nue.

Mais non, dans la vraie vie, on ne fait pas des choses comme ça, alors je me suis contenté de pester, et me suis levée, avec l’envie persistante de le tuer.

Dans un tel contexte, vous avez bien compris que le pique-nique géant proche du goûter d’anniversaire de nos 10 ans de ce soir n’est définitivement pas pour moi.

Et pourtant tous les ans, c’est pareil. Alors que la luminosité commence tout juste à nous faire rêver aux douces soirées d’été à venir, alors que les mojitos fleurissent sur les terrasses encore ensoleillées, alors qu’on a plutôt envie de voir ses amis, des amis qu’on a le mérite d’avoir choisis, BAM, on nous impose cette maudite fête des voisins. (Et cette horrible affiche: vous avez vu à quel point elle est hideuse?)

Chaque année, à cause d’Atanase Périfan, c’est le même cirque. Oui j’ai fait des recherches, croyez-moi, un nom pareil ça ne s’invente pas. Un jour de l’an 1999 où Atanase devait se sentir très très seul, une pensée fulgurante l’a foudroyé, il allait organiser une fête avec tous ses voisins. Le concept était tellement lumineux qu’il a été repris, exploité chaque année, et voilà où nous en sommes aujourd’hui.  La malédiction continue. Merci Atan’. (Ou Nase, comme vous préférez, même si cette dernière troncature paraît la plus adaptée).

Chaque année, je suis donc contrainte de mettre en place toutes sortes de stratégies de contournements pour ne pas avoir à traverser le hall de mon immeuble entre 18h30 (oui ils s’y prennent tôt pour installer leurs mauvaises quiches et leur rosé défraichi)  et 21h. Créneau de merde s’il en est, correspondant pile à l’heure d’un départ au ciné, au théâtre, où vous voulez, en direction de quelqu’autre endroit plus réjouissant que ce satané rassemblement de gens que rien ne lie sinon un point d’ancrage quelque part dans une ville.

Avant que je ne déménage, je pouvais sortir par le parking : monter dans l’ascenseur, descendre au -1, puis gagner l’extérieur discrètement par la porte du garage. J’ai fait ça pendant des années, évitant ainsi soigneusement les festivités. Mais cette année, je suis prisonnière, pas d’échappatoire, plus d’accès direct de l’appartement au garage, obligation de traverser le hall avant d’être libérée. Une solution s’impose : rester tapie, ne pas bouger, à peine respirer de peur qu’ils viennent carrément sonner à ma porte pour me débaucher.

Sauf que ce soir, je vais au théâtre, à 19h, c’est écrit. Je serai donc obligée de traverser, de me faire dévisager, de dire non merci je suis désolée, oui, la prochaine fois, sans faute, bien sûr, bonne soirée, oui c’est dommage, merci, à bientôt, merci, à vous aussi, le tout en m’éclipsant honteusement. Car ces gens là, ils réussissent toujours à vous faire culpabiliser de refuser ce doux moment de convivialité.

 

Pendant ce temps là, je serai au Ciné 13, je dégusterai la pièce de mon ami Diastème, bien meilleure qu’une vulgaire quiche aux lardons. J’aurai bravé, héroïque, la foule qui se sera pressée en bas de chez moi.

J’en profite pour remercier Diastème publiquement et chaleureusement pour l’insigne honneur qu’il m’a fait en m’ajoutant aux liens amis de son superbe blog En Beauté. L’espace d’un instant, j’ai sans aucun doute été la personne plus fière/heureuse du monde ! Merci.

 

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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