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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 12:06

nue.jpgRose? Rose qui ? Non, je ne connais pas de Rose, désolé.

Oui je suis sûr. Vous faites erreur, croyez-moi. Votre Rose et moi, nous ne nous sommes jamais rencontrés. Ni même croisés. Je ne l’ai jamais vue, ni même aperçue, pas la moindre entrevue.

Rose ? Rose... Rose.

Remarquez, attendez, il y a bien cette fille que j’ai croisée une ou deux fois, une brune, effectivement, maintenant ça me revient, je crois qu’elle s’appelle Rose. Elle est plus ou moins journaliste non ? Pigiste, oui c’est ça, elle a dû m’interviewer il y a quelques temps.

A quoi elle ressemble ? Alors là, écoutez franchement, je ne sais pas. Je ne l’ai pas bien regardée en fait. Elle m’a posé des milliers de questions auxquelles j’ai été contraint de répondre, mais je ne l’ai pas observée en détails !

Et puis vous savez moi, je n’ai pas de mémoire, je n’imprime pas. Je ne remarque pas les gens, ils m’indiffèrent souvent.

Bon bien sûr, si elle m’avait plu, elle aurait retenu mon attention, davantage, j’aurais pensé en rose, j’aurais rêvé en rose. Dans ces cas là, forcément je suis attentif à tout, quand même, à chaque carré de peau laissé visible, aux ornements aussi, j'adore. Je regarde les bijoux, ils racontent des histoires, m'orientent sur la personnalité de celle qui les porte. J’adore les bagues, j’adore les mains, les belles mains m’excitent.

Bref, pour revenir à votre Rose, elle ne m’a pas marqué, c’est certain. Je l’ai à peine vue, pour tout vous dire. Je ne discerne même plus ses traits, je n’ai qu’une vision très floue de sa silhouette. Elle devait être commune, non? Dans le moule, ni grosse ni maigre, ni toute petite ni très grande, ni belle ni moche. Oui, c’est ça, sans intérêt sans doute.

Elle vous a dit qu’elle avait fini la nuit dans mon lit ? Mais attendez, c’est qui exactement cette fille pour vous ? Ah, c’est votre meilleure amie.

Bon je vais être honnête avec vous, les filles dans mon lit, ça va, ça vient.

Si je devais me rappeler de leurs têtes et réussir à associer des prénoms à ces visages qui se succèdent entre mes bras, entre mes draps, ce ne serait pas une vie. J’ai bien quelques photos qui trainent par là. Les plus jolies, je les prends quand elles sont endormies, et ces corps abandonnés, je les collectionne. Ils m’appartiennent maintenant. Les clichés finissent entassés sur un vieux disque dur qui traîne par là, mémoire vive de longues nuits d’amour. Donc votre Rose, si vous me dites qu’elle est plutôt jolie, elle doit traîner par là, entassée sous d’autres corps.

Et pourquoi donc voudrait-elle me revoir ? Je ne me souviens pas d’elle, elle se souvient de moi, rien de très équitable dans la relation. N’importe quelle fille serait vexée de savoir ça, n’importe quelle fille aurait envie de me gifler. C’est donc pour ça, elle veut me frapper ? Elle me recherche pour me défigurer ?


M’embrasser une dernière fois ? Mais elle est folle. 

- Non elle va mourir. Elle pense à vous à chaque instant, cela fait à peu près 2 ans maintenant. Elle est à l’hôpital, elle vous y attend. Un an qu’elle souffre le martyr, mais c’est fini maintenant, il est temps de lui dire au revoir, elle veut partir demain. Ils arrêtent tout, la débranchent.

Mais je vois dans vos yeux que vous êtes un lâche. En vous regardant, j’ai tout de suite su que vous alliez vous défilez, me dire de l’embrasser de votre part. Puis vous rentrerez chez vous, vous chercherez frénétiquement parmi vos clichés, le corps de Rose, ses cheveux, vous détaillerez chaque carré de peau nue, et comme vous avez la larme facile vous pleurerez.

Elle était jolie, vous aviez juste mal regardé.

 

 

 

 

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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