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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 11:13

AD rollipIl y a quelques temps, j’ai vu une très jolie pièce de théâtre, quelque chose de très réussi, que j’aurais vraiment aimé avoir écrit. En général, quand on se dit ça en sortant, c’est plutôt bon signe, non ?

Le Problème.

Je l’avais raté au Rond-Point, je l’ai  finalement vu en face, au Marigny.

Un titre simple, sans fioriture, court et efficace, à l’image de la représentation à laquelle j’ai assisté.

J’ai aimé ce spectacle. J’ai aimé l’écriture de François Bégaudeau : un texte aussi fort que court (la représentation dure une toute petite heure), humble, bien goupillé, bien rythmé, à la fois très écrit et très réaliste. J’ai aimé le sujet, contemporain et finement traité, la vivacité des dialogues, l’intelligence de la construction. Un couple se sépare, là sous nos yeux, laissant leur fils, leur fille et leurs réactions au milieu du salon. Une famille canonique débat du couple, du désir, de la famille.

Bien sûr, il y a aussi les acteurs. Tous très bons, Anaïs Demoustier et Jacques Bonnaffé m’ont tout particulièrement charmée. Anaïs Demoustier, je l’ai croisée plusieurs fois, dans des contextes différents : à chacune de ces occasions,  elle m’a semblé à sa place, fragile et forte à la fois. Qu’elle chante à côté d’Alex Beaupain, qu’elle soit sur scène dans Angelo tyran de Padoue, ou qu’elle brille à l’écran dans de jolis films comme La Belle personne ou D’amour et d’eau fraîche, cette fille rayonne. Peu d’actrices ont cette fraicheur, ce jeu si naturel, cette spontanéité.

C’est plutôt rare que je dise du bien des actrices, surtout des plus jeunes, souvent pimbêches, sans épaisseur ni grâce. Tenez, prenez Mélanie Laurent par exemple. Je pense à elle car je l’ai aperçue l'autre soir, alors invitée au Grand Journal. Mon Dieu cette fille! Des pauses et des mines, encore et toujours, des manières, des tonnes de manières : chaque geste est calculé, chaque éclat de rire est forcé, cette fille surjoue tout ce qu’elle fait, elle est clinquante. Mais l’édifice est mal construit, les fondations, grossières, restent visibles.

Anaïs Demoustier est tout le contraire : un charisme fou, une présence évidente, un style bien à elle. Elle est élégante. Elle fait partie de ces actrices discrètes qui s’effacent pour laisser toute la place à leur personnage. De vraies actrices, loin des images surfaites véhiculées par quelques grues prétentieuses.

Pour revenir au Problème et à sa mise en scène, je vous avoue que je n’ai pas retenu le nom du metteur en scène, mais c’est sobre, épuré, discret, laissant le jeu se mettre en place et respirer. Ce qui m’a davantage étonnée, c’est l’absence de François Bégaudeau à cette étape de la création. Pourquoi ne pas s’essayer à l’exercice ?

Il me semble que ce passage du texte au jeu fait quasiment partie de l’écriture : concevoir le décor, c’est imaginer où se passe l’histoire, choisir des costumes, des objets, c’est l’ancrer dans le réel, insuffler des rythmes et des silences, c’est poser l’ambiance. Mais cette vision des choses est apparemment très personnelle, très différente de celle de Marie Ndiaye par exemple. J’ai récemment lu un entretien dans lequel elle évoquait son rapport à l’écriture théâtrale. Là encore j’ai trouvé ses propos étonnants. Elle disait que lorsqu’elle écrivait, elle ne se projetait jamais dans la représentation. Seule l’écriture la préoccupait. Jamais elle ne visualisait les scènes, jamais elle n’imaginait tel ou tel comédien en train de jouer.

Mais laisser son texte entre les mains d’un autre, lui laisser le soin de mettre en scène, c’est un peu l’abandonner, non ? Mettre en scène c’est transformer un texte en un objet visuel et sonore. Il ne faut pas l’étouffer, pour au contraire le laisser respirer. Le sublimer, sans le surcharger, c’est l’objectif. Pour cette raison, il me semble que l’auteur est la personne la plus apte de traduire sans trahir.

Cela étant dit, pour les mots de François Bégaudeau, pour le jeu d’Anaïs Demoustier, d’Emmanuelle Devos, de Jacques Bonnaffé, et d’Alexandre Lecroc, je vous conseille vivement d’aller voir cette pièce.

Car la bonne nouvelle, c’est qu’il vous reste encore une dizaine de jours.

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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