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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 12:06

nue.jpgRose? Rose qui ? Non, je ne connais pas de Rose, désolé.

Oui je suis sûr. Vous faites erreur, croyez-moi. Votre Rose et moi, nous ne nous sommes jamais rencontrés. Ni même croisés. Je ne l’ai jamais vue, ni même aperçue, pas la moindre entrevue.

Rose ? Rose... Rose.

Remarquez, attendez, il y a bien cette fille que j’ai croisée une ou deux fois, une brune, effectivement, maintenant ça me revient, je crois qu’elle s’appelle Rose. Elle est plus ou moins journaliste non ? Pigiste, oui c’est ça, elle a dû m’interviewer il y a quelques temps.

A quoi elle ressemble ? Alors là, écoutez franchement, je ne sais pas. Je ne l’ai pas bien regardée en fait. Elle m’a posé des milliers de questions auxquelles j’ai été contraint de répondre, mais je ne l’ai pas observée en détails !

Et puis vous savez moi, je n’ai pas de mémoire, je n’imprime pas. Je ne remarque pas les gens, ils m’indiffèrent souvent.

Bon bien sûr, si elle m’avait plu, elle aurait retenu mon attention, davantage, j’aurais pensé en rose, j’aurais rêvé en rose. Dans ces cas là, forcément je suis attentif à tout, quand même, à chaque carré de peau laissé visible, aux ornements aussi, j'adore. Je regarde les bijoux, ils racontent des histoires, m'orientent sur la personnalité de celle qui les porte. J’adore les bagues, j’adore les mains, les belles mains m’excitent.

Bref, pour revenir à votre Rose, elle ne m’a pas marqué, c’est certain. Je l’ai à peine vue, pour tout vous dire. Je ne discerne même plus ses traits, je n’ai qu’une vision très floue de sa silhouette. Elle devait être commune, non? Dans le moule, ni grosse ni maigre, ni toute petite ni très grande, ni belle ni moche. Oui, c’est ça, sans intérêt sans doute.

Elle vous a dit qu’elle avait fini la nuit dans mon lit ? Mais attendez, c’est qui exactement cette fille pour vous ? Ah, c’est votre meilleure amie.

Bon je vais être honnête avec vous, les filles dans mon lit, ça va, ça vient.

Si je devais me rappeler de leurs têtes et réussir à associer des prénoms à ces visages qui se succèdent entre mes bras, entre mes draps, ce ne serait pas une vie. J’ai bien quelques photos qui trainent par là. Les plus jolies, je les prends quand elles sont endormies, et ces corps abandonnés, je les collectionne. Ils m’appartiennent maintenant. Les clichés finissent entassés sur un vieux disque dur qui traîne par là, mémoire vive de longues nuits d’amour. Donc votre Rose, si vous me dites qu’elle est plutôt jolie, elle doit traîner par là, entassée sous d’autres corps.

Et pourquoi donc voudrait-elle me revoir ? Je ne me souviens pas d’elle, elle se souvient de moi, rien de très équitable dans la relation. N’importe quelle fille serait vexée de savoir ça, n’importe quelle fille aurait envie de me gifler. C’est donc pour ça, elle veut me frapper ? Elle me recherche pour me défigurer ?


M’embrasser une dernière fois ? Mais elle est folle. 

- Non elle va mourir. Elle pense à vous à chaque instant, cela fait à peu près 2 ans maintenant. Elle est à l’hôpital, elle vous y attend. Un an qu’elle souffre le martyr, mais c’est fini maintenant, il est temps de lui dire au revoir, elle veut partir demain. Ils arrêtent tout, la débranchent.

Mais je vois dans vos yeux que vous êtes un lâche. En vous regardant, j’ai tout de suite su que vous alliez vous défilez, me dire de l’embrasser de votre part. Puis vous rentrerez chez vous, vous chercherez frénétiquement parmi vos clichés, le corps de Rose, ses cheveux, vous détaillerez chaque carré de peau nue, et comme vous avez la larme facile vous pleurerez.

Elle était jolie, vous aviez juste mal regardé.

 

 

 

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 11:07

 

beaute-2.jpgA chaque fois, c’est pareil, toujours la même réaction, incontournable, que j’aimerais pourtant réussir à contourner.

A chaque fois que j’évoque quelqu’un que pour une brassée de raisons plus sincères les unes que les autres j’apprécie, la réaction de mon interlocuteur est tellement prévisible :

- Mais t’as vu à quoi il ressemble ?

C’est une constante, un passage obligé, une remarque régulière qui m’agace de plus en plus. Une réplique que j’exècre tant elle manque de sagacité.

La question soulevée, en plus de m’agacer, m’afflige.

Est-ce le problème ? Est-ce vraiment une question qui se pose, comme ça d’emblée, au fond ?

Qu’est-ce que j’en ai à faire moi, de ce « à quoi il ressemble »? Ce qui m’intéresse ce n’est pas qu’il ressemble à quelque chose d’esthétiquement admirable, ce que j’aimerais savoir c’est ce qu’il est en réalité, et pour ce faire j’écoute ce qu’il me dit, je lis ce qu’il m’écrit, je l’envisage comme un motif de joie, de tristesse, d’énergie.

Une personne me touche si elle me bouleverse, si elle m’est sympathique, si elle m’énerve aussi évidemment. Une personne existe si elle réagit quand je la pique, si elle se replie en cas d’attaque, si elle m’attaque à son tour, pour voir ce que j’ai dans le ventre. Bref, tout est possible pour attirer mon attention, tout sauf la perfection qui s’affiche, insolente.

Et puis généralement, oui j’ai vu, qu’elle ne ressemble à rien ni personne, c’est souvent une bonne chose, c’est sans doute ça que j’aime, la singularité, les irrégularités, le vécu qui transparaît. C’est un tout, une impression d’ensemble qu’on jauge, qu’on scrute, qu’on évalue, un instantané qu’on prend : j’aime que quelque chose de particulier se dégage d’un visage, j’aime qu’une silhouette m’arrête. Après, beau, pas beau, ça va, ça vient.

Il me semblait que tenir ce genre de propos, c’était enfoncer les battants d’immenses portes trop grandes ouvertes, mais je me rends compte que non, dans la pratique rien n’est évident.

En plus, je ne dois pas être câblée dans le bon sens, car le label « beauté » et tout ce qui va avec, il y a toutes les chances pour que je ne le vois même pas. Alors qu’à l’inverse, d’autres moins canoniques, m'intriguent immédiatement. C’est à n’y rien comprendre, vraiment.

Donc oui, je trouve beaux des gens qu'on dit moches, et moches des gens qu'on dit beaux. Paraît-il, et régulièrement.

Ce sont les aspérités que j’aime, les personnalités, des sourires, des façons d’être. Un regard perçant, c’est beau, une main passée dans des cheveux sans y penser, une posture maladroite, le sont aussi. Tout comme l’agilité du verbe, tout comme le silence qu’on respecte. Un blondinet tout lisse, non je ne trouve pas ça beau. Et quand bien même il essaierait, à l’aide d’une mise en scène capillaire complexe, de me faire croire que c’est un poète, il n’y arriverait pas. 

Une illustration, juste une seule. Aussi loin que je puisse m’en souvenir, dans un bruissement aigu de voix féminines, j’ai toujours entendu que Brad Pitt était beau. Sauf que jusqu’il n’y a pas si longtemps, je ne savais pas bien qu’elle tête il avait cet homme là, je ne regarde pas les films avec Brad Pitt, en général. Donc pas d’avis sur la question, non.

Je l’avais bien aperçu, oui évidemment, mais pas vraiment vu. Et là, je l’ai vu, dans The Tree of Life. Drôle de film soit dit en passant, pas complètement réussi, une question d’équilibre à trouver qu’il aurait fallu continuer à chercher pour échapper à la curieuse impression, par moments, d’avoir zappé sur National Geographic. C’est souvent pompeux et assez éloigné du cinéma que j’aime.

Et puis Brad donc. Non mais vous avez vu cette tête ? Je suis désolée, mais je ne peux pas. Je ne vois pas comment je réussirais à vous dire que ce mec est beau, alors que je trouve qu’il ne dégage absolument rien.

Tout est une question de style finalement. Une personne, c’est comme un texte, ça se déchiffre, ça s’apprécie, ou pas, selon sa propre sensibilité. C’est donc une question de point de vue, une question d’effet produit sur l’autre, en face, qui lit. Si le style d’un texte repose sur la perception d’un lecteur, sur ce que lui ressent en lisant les mots d’un auteur, c’est un mécanisme similaire qui se met en place quand on décale le regard et qu'on le pose sur les gens.

A la lecture d’un texte, vous devez réussir à pénétrer des entrailles. Si les sensations, sentiments décrits résonnent en vous, c’est que le style de l’auteur vous convient. Un bon livre est sous-tendu par une osmose entre un auteur et un lecteur, c'est une histoire de longueur d’ondes.

C'est subjectif, tout comme la beauté des gens, qui reste une question de regard porté sur l’autre. 

J’aurais pu vous faire la liste des quelques personnes que je trouve belles.

Mais non.

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 09:02

Fete-des-voisins-2011_medium.jpgAujourd’hui, c’est la fête des voisins.

Des jours que qu’ils se préparent, que la liste de « qui apporte quoi » est placardée sur la porte vitrée du bas. Des jours que les enfants réjouis en parlent aux parents, je les entends, et apparemment pour eux, c’est un peu comme une kermesse d’école, sauf que là, les festivités se déroulent en bas de chez moi.

 

En ce qui me concerne, je serais plutôt partante pour leur faire leur fête à mes voisins. Mais faire la fête avec eux, surtout pas.

Mes voisins, je les tuerais si je pouvais, mais ces choses là ne s’écrivent pas. Disons que c’est une image, une image violente certes, mais image quand même, ce n’est pas correct du tout de souhaiter la mort des braves gens.

Je ne souhaite pas leur mort d’ailleurs, je voudrais juste que ça cesse, qu’ils se taisent, qu’ils arrêtent de marcher, de parler, voire de respirer, et aussi qu’ils ne me jettent plus  de cubes en bois sur la tête au petit matin, plus jamais. Mais ça ne s’arrête pas, alors parfois, j’aimerais pouvoir sortir de chez moi et les faire taire. Définitivement.

Tout cela reste de l’ordre du fantasme, je suis civilisée, j’ai toute ma raison, donc non, je ne passerai jamais à l’action, du moins je l’espère, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Quelle curieuse expression, tellement convenue qu’au moment où elle m’est venue à l’esprit,  je me suis dis que je n’allais quand même pas écrire ça. Et puis je me suis demandée d’où venait cette drôle d’image : et bien cette formulation, ou du moins une forme qui s’en approche, date du XVIe siècle, un siècle où l’électricité n’éclairait pas les demeures et où ceux qui s'adonnaient aux jeux devaient s'éclairer à la chandelle, alors considérée comme un objet de luxe. Il était donc d'usage, dans les endroits modestes, que les participants laissent un peu d’argent, en partant, pour participer au coût de la l’éclairage. Mais lorsque les gains étaient faibles, ils ne couvraient pas le prix de la chandelle. Finalement, je l’ai trouvée plutôt jolie cette expression, d’où le fait qu’elle soit restée là.

J’en étais au fait que je déteste mes voisins, ou plus exactement, les voisins en général. C’est un peu comme le collègue le voisin, une plaie béante. Le collègue vous surveille, vous regarde, pire, vous parle. Il vous adresse la parole quand bon lui semble, vous donne son avis alors que vous n’attendez qu’une seule chose, qu’il se taise. Le collègue, le voisin, c’est une présence qu’on vous impose, qu’on ne choisit pas, qu’on subit, c’est ainsi.

Ils polluent ma vie, parfois. Trop souvent. Alors quand je n’en peux plus du tout, des réactions saugrenues me traversent l’esprit. Hier matin par exemple, je dormais paisiblement lorsque des applaudissements, accompagnés de la voix enjouée de l’idiot d’à côté braillant « bravo, allez Elise, oui encore, bravo, oui allez, encore, bravo », me réveillèrent en sursaut. Il n’était pas très tôt, j’assume, genre 8h quoi, mais merde j’avais bossé jusque tard dans la nuit, j’avais bien le droit de ne pas me lever avec les enfants. Depuis que je vis dans un immeuble garni de jeunes parents dynamiques, l’expression « se lever avec les enfants » s’est substituée insidieusement à la version avec les poules. Et encore je crois que les poules se lèvent plus tard que les enfants. Bref, cet abruti de père était en train d’apprendre à sa fille de 2 ans à applaudir, en tapant dans ses mains et en l’encourageant de plus belle, là, juste derrière le mur, mur auquel était appuyé mon oreiller. Mon sang n’a fait qu’un tour, je me suis imaginée bondissant hors de mon lit toute nue, je me suis vue me ruer à sa porte pour sonner, toujours nue, mal réveillée, et l’engueuler. J’aurais tellement aimé voir sa tronche de scout-catho-encostardé-bien-peigné prêt à partir travailler attaqué par une hystérique hurlant et complètement nue.

Mais non, dans la vraie vie, on ne fait pas des choses comme ça, alors je me suis contenté de pester, et me suis levée, avec l’envie persistante de le tuer.

Dans un tel contexte, vous avez bien compris que le pique-nique géant proche du goûter d’anniversaire de nos 10 ans de ce soir n’est définitivement pas pour moi.

Et pourtant tous les ans, c’est pareil. Alors que la luminosité commence tout juste à nous faire rêver aux douces soirées d’été à venir, alors que les mojitos fleurissent sur les terrasses encore ensoleillées, alors qu’on a plutôt envie de voir ses amis, des amis qu’on a le mérite d’avoir choisis, BAM, on nous impose cette maudite fête des voisins. (Et cette horrible affiche: vous avez vu à quel point elle est hideuse?)

Chaque année, à cause d’Atanase Périfan, c’est le même cirque. Oui j’ai fait des recherches, croyez-moi, un nom pareil ça ne s’invente pas. Un jour de l’an 1999 où Atanase devait se sentir très très seul, une pensée fulgurante l’a foudroyé, il allait organiser une fête avec tous ses voisins. Le concept était tellement lumineux qu’il a été repris, exploité chaque année, et voilà où nous en sommes aujourd’hui.  La malédiction continue. Merci Atan’. (Ou Nase, comme vous préférez, même si cette dernière troncature paraît la plus adaptée).

Chaque année, je suis donc contrainte de mettre en place toutes sortes de stratégies de contournements pour ne pas avoir à traverser le hall de mon immeuble entre 18h30 (oui ils s’y prennent tôt pour installer leurs mauvaises quiches et leur rosé défraichi)  et 21h. Créneau de merde s’il en est, correspondant pile à l’heure d’un départ au ciné, au théâtre, où vous voulez, en direction de quelqu’autre endroit plus réjouissant que ce satané rassemblement de gens que rien ne lie sinon un point d’ancrage quelque part dans une ville.

Avant que je ne déménage, je pouvais sortir par le parking : monter dans l’ascenseur, descendre au -1, puis gagner l’extérieur discrètement par la porte du garage. J’ai fait ça pendant des années, évitant ainsi soigneusement les festivités. Mais cette année, je suis prisonnière, pas d’échappatoire, plus d’accès direct de l’appartement au garage, obligation de traverser le hall avant d’être libérée. Une solution s’impose : rester tapie, ne pas bouger, à peine respirer de peur qu’ils viennent carrément sonner à ma porte pour me débaucher.

Sauf que ce soir, je vais au théâtre, à 19h, c’est écrit. Je serai donc obligée de traverser, de me faire dévisager, de dire non merci je suis désolée, oui, la prochaine fois, sans faute, bien sûr, bonne soirée, oui c’est dommage, merci, à bientôt, merci, à vous aussi, le tout en m’éclipsant honteusement. Car ces gens là, ils réussissent toujours à vous faire culpabiliser de refuser ce doux moment de convivialité.

 

Pendant ce temps là, je serai au Ciné 13, je dégusterai la pièce de mon ami Diastème, bien meilleure qu’une vulgaire quiche aux lardons. J’aurai bravé, héroïque, la foule qui se sera pressée en bas de chez moi.

J’en profite pour remercier Diastème publiquement et chaleureusement pour l’insigne honneur qu’il m’a fait en m’ajoutant aux liens amis de son superbe blog En Beauté. L’espace d’un instant, j’ai sans aucun doute été la personne plus fière/heureuse du monde ! Merci.

 

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 16:20

 

alex.jpg

J’adore les concerts, l’idée même du concert me réjouit. J’aime le principe de l’artiste sur la scène, j’aime la proximité qui s’installe avec les spectateurs.

J’aurais pu écrire par exemple sur les nombreux concerts de Benjamin Biolay auxquels j’ai assisté, tous magiques, du premier il y a une dizaine d’année, au dernier si loin déjà. Certains ont dit qu’il avait progressé, je ne suis pas sûre que le progrès ait grand chose à voir là-dedans. Il a changé, il a vieilli, s’est affirmé, s’est forgé une carapace, du moins en apparence. Sa voix s’est déplacée, s’est assumée, s’est patinée, avec le temps, clope après clope et verre après verre. Il partage peut-être davantage, donne plus aux spectateurs, mais surtout il profite de cet instant de grâce que seule la scène permet.

Mais si je vous parle de ça aujourd’hui, maintenant, c’est parce qu’hier soir j’ai vu un très beau concert, un concert très réussi, d’un chanteur qui est fort sur scène, qui est doué pour transmettre son ressenti au public avec légèreté, voire avec sincérité.

Alex Beaupain capte la lumière comme il capte l’amour que les gens lui envoient, car oui, il s’agit bien d’amour je crois. Hier j’ai vu un public enthousiaste, vraiment, vibrant à l’unisson.

J’aime les concerts parce que c’est émouvant, parce que c’est une expérience unique. Cette suspension volontaire du réel est éphémère, elle ne se reproduira jamais à l’identique puisque le spectacle vivant n’offre qu’une parenthèse, intimement liée à l’instant présent. Pour cette raison, un concert est précieux.

Je me souviens de regards échangés, de connivence, d’une proximité très particulière, réelle bien que tellement superficielle, lorsqu’on est tout devant, physiquement proche de l’artiste.

Hier soir ce n’était pas le cas, j’étais trop loin, la singularité de l’expérience se situait ailleurs. J’ai vu des gens, beaucoup de gens, les autres, ceux avec qui on partage l’artiste. J’ai croisé des regards, connus et inconnus, j’en ai évité, j’en ai cherché. J’ai croisé des connaissances avec qui j’ai discuté et j’ai été parfois surprise de découvrir que nous avions un point commun, nous écoutions Alex Beaupain. J’ai aussi vu des gens plus proches qui ont fait le choix de rester loin. J’ai respecté. J’ai observé.

Mais tout ça, c’est annexe. L’essentiel, c’est la prestation d’Alex, le délicieux moment que j’ai passé, de ces moments qu’on aimerait sans fin alors que la scène finit toujours par se vider, alors que les lumières finissent toujours par se rallumer et que l’euphorie finit toujours par vous abandonner. On le sait, c’est la règle du jeu, elle est connue d’avance, mais le temps de quelques chansons, on accepte de croire que celui qui nous parle, là-bas, ne va jamais s’arrêter, ne va jamais nous laisser.

A l’extinction des feux, généralement, une longue quête commence : l’envie profonde de revivre, ou du moins de s’approcher de nouveau au plus près de ce délicieux moment qui s’évapore. Trouver d’autres dates et y retourner encore.

J’irai demain soir au Pont des artistes, je m’arrêterai au mois de juillet sur la route des vacances à la Rochelle, j’irai au Bataclan au mois de novembre dans la rigueur de l’hiver, pour revivre, plus ou moins fidèlement, ce que j’ai vécu hier soir.

Alex est brillant, Alex est touchant, beaucoup. Il est fragile et fort à la fois, il mêle talent d’acteur et talent de chanteur. Alex est élégant, charmeur, charismatique, il aime la scène, et se livre au public avec générosité et sensibilité. Alex est un grand.

Et puis il a chanté, magistral, ma chanson préférée : elle s’appelle Un culte insensé et je vous invite vivement à l’écouter, maintenant, tout de suite, il suffit de cliquer là, en bas. Cette chanson est sublime, c’est tout.

Enfin pour revenir sur une voix, dont j’ai déjà, et assez maladroitement, parlé, et bien hier soir elle était toute particulière, moins claire, plus rugueuse, plus imparfaite surtout, et c’est ce qui m’a plu, m’a touché, enfin.

Bref la Cigale hier soir ressemblait à une bulle de bonheur, avec des gens heureux à l’intérieur. J’ai pensé « au bruit de la salle qui sourit », et j’ai regardé Diastème, heureux, pas très loin, à ma droite. Il était fier de son ami, je vous le garantis, et ça, c’était vraiment beau aussi.                  

 

A propos de bulle, de spectacle, de salle qui sourit, je pense à ces capsules mises en scène au Ciné 13. Le festival commence ce soir avec Horizontal, une pièce écrite par Salomé Lelouch et Diastème.

J’irai, je n’irai pas, je ne sais pas, mais ça va être superbe, j’en suis certaine, alors vous, allez-y.

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 12:31

lecon.jpgBelle leçon, propre, bien menée... Bien joué.

Il avait été précis, blessant juste comme il faut. Juste assez pour exacerber ma culpabilité. D’abord ironique soudain glacial, il me rendait la pareille…

Venant de n’importe qui d’autre, la remarque aurait coulé, doléance parmi les doléances, elle m’aurait à peine touchée. Il se trouve ma gorge s’est nouée, ridicule. Ma réaction, sans doute excessive, est peut-être simplement symptomatique, une conséquence de ce qu’implique l’écriture de blog.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître j’ai bien aimé que la situation se renverse, il m’en voulait, il me le disait, tout simplement. La sensation désagréable d’être remise en question, d’être accusée d’avoir blessé quelqu’un l’est d’autant plus quand on a beaucoup d’estime pour ce quelqu’un. Vraiment. Sincèrement. Profondément.

Il m’a fait réfléchir, peser le pour, peser le contre, et au terme de ma réflexion, je crois que le contre est plus lourd.

Tenir un blog s’avère un exercice périlleux d’autant plus lorsqu’il s’agit de ne blesser personne. Ne pas heurter les susceptibilités, ne pas trahir une confiance acquise avec le temps, ne pas dévoiler une intimité protégée, les contraintes sont infinies. Qu’a-t-on le droit de prendre aux autres, de leur voler ? Qu’a-t-on le droit de rendre public ? Qu’a-t-on le droit de dire sur les autres, de produire comme jugements ?

Quand on écrit un roman, la question se pose, mais différemment. On ne se prend pas la tête où si peu, le moment de se préoccuper du lecteur est loin, tellement loin. On a tendance à écrire les choses comme elles viennent, comme on les sent, on y reviendra plus tard, il sera toujours temps d’effectuer des coupes au moment de remettre son manuscrit à un premier lecteur. De recouper encore et ailleurs pour le suivant, et ainsi de suite… Jusqu’au jour où un éditeur accepte de vous lire ; à lui on lui remet tout, la version non censurée, la plus intime, on est impudique, on s’en fout, on a tellement peu de chance d’être publié. Et si par miracle c’était le cas, on aurait à nouveau du temps pour changer, supprimer ce qui dérange, ce qu’on n’assume mal ou pas du tout.

La matière romanesque est partout, elle nous entoure, nous baignons dedans, du coin de la rue jusqu’au moindre échange, notre entourage la porte en eux, sans le savoir. On retranscrit, donc, et puis après, on maquille, on trafique, on réinvente l’histoire. Cette cuisine, ce travestissement de la réalité, il se fait sur la durée.

Tout le contraire de l’écriture de blog qui se fait dans l’immédiateté. A peine écrit à peine posté. A peine relu bien souvent.

Dans une telle configuration, on ne peut rien dire, ou si peu. Il faut se méfier, rester sur ses gardes.

Ne pas dire du mal, plus jamais, de personne. C’est con de dire du mal, ça fait souffrir des gens. C’est con et inutile.

J’avais raison dès le départ de me méfier : c’est compliqué de tenir un blog. Il faut écrire, et pour réussir à écrire, il faut lâcher prise. Pourtant dans le même mouvement, il faut se censurer, tout le temps. Tenir ce grand écart, c’est fatiguant, ca tire sur les muscles jusqu’à la douleur.

Pour ne pas trop souffrir, il faut se protéger, il faut lire et relire, sans cesse, pour ne pas heurter, pour ne pas blesser, pour ne pas choquer.

En fait c’est chiant de tenir un blog, il faut écrire tout en ayant peur d’être lue.

Malgré le poids du contre, je vais continuer, allez savoir pourquoi…  

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 11:08

cannes.jpgPas cette année, non, je n’irai pas. Pas envie, la flemme.

Je resterai à Paris. Et ça tombe plutôt bien car j’ai plein de choses à y faire à Paris. Alors qu’à Cannes…  

Sérieusement, j’y ferais quoi moi à Cannes ?

Je danserais avec qui ?

 

Je ferais la vaisselle avec qui ?

Je me cognerais dans qui ? 

Je boirais un pastis avec qui ?

De toutes façons, c’est très simple, je n’ai absolument pas le temps d’aller à Cannes, quand bien même on m’y trainerait de force. Tellement à faire ici. Je ne trouve même plus le temps d’écrire, je ne trouve plus de temps pour publier des billets régulièrement : manque d’assiduité, manque de régularité, pas bon tout ça.

Au moins si j’étais allée à Cannes,  je me serais assise dans un avion, une fois à l’aller, une fois au retour, et j’aurais eu du temps pour raconter.

Par exemple, j’aurais écrit sur le discours tout pourri et le manque de grâce de la maîtresse de cérémonie, j’aurais commenté les robes des actrices car je m’y connais super bien en robes. Et oui.

Bon d’accord ce n’est pas la peine d’aller à Cannes pour pouvoir évoquer cet aspect du festival, il y a Canal+ pour ça! Sans bouger de son canapé, on voit la cérémonie, on peut médire tranquille, personne ne nous écoute, on voit les acteurs monter les fameuses marches, faire deux trois commentaires convenus, un beau sourire, et puis s’en aller. Ca, c’est ce qu’on voit. On ne voit pas les films, on ne voit pas les soirées endiablées, on ne voit pas derrière le décor, on ne voit pas après, quand le maquillage dégouline le long des mines défaites. Au fait, la fête Canal était très réussie cette année m’a-t-on dit…

Si j’étais allée à Cannes, je vous aurais sans doute parlé des fêtes aussi. Le problème c’est que je n’aime pas trop ça les fêtes, donc je n’y serais pas allée, donc je n’aurais rien eu à vous raconter. 

Je sais bien qu’à Cannes, on y va aussi pour voir des films. C’est le bon côté des choses, se poser toute la journée et enchainer les projections. Avoir le plaisir de découvrir les films avant les autres, le coeur vierge, sans avoir l’esprit parasité par les avis des uns, les reproches des autres. Pouvoir poser son regard avant que la vue ne soit polluée par le regard des autres.

Pourtant les grandes lignes du tableau sont déjà tracées puisque des gens, en amont, ont déjà orienté la forme et choisi les couleurs : des films sont valorisés, ils sont visibles dans la compétition officielle, alors que d’autres gravitent autour dans des sélections annexes. D’autres encore sont absents, carrément. 

Je me suis souvent demandé qui étaient ces gens qui se livraient à cet exercice ô combien hasardeux. Qui sont-ils pour se permettre d’établir la liste de ceux qui méritent d’y être et ceux qui ne le méritent pas ? Ils sélectionnent, trient, excluent aussi, selon des critères mal établis, pour finalement proposer un choix qui leur est propre, qui leur convient à eux. Mais nous convient-il à nous spectateurs?

Je me souviens que quand j’étais gamine, j’achetais Première au moment de Cannes, uniquement à ce moment-là. Je le compulsais ensuite frénétiquement pendant de longs moments, cela me permettait sans doute d’y être, un tout petit peu, par procuration.

Et puis j’ai vieilli, j’ai trouvé ça sans intérêt, ils ne parlaient pas des films que j’aimais, et j’ai acheté Les Cahiers du cinéma, parfois. En lisant les Cahiers il ne s’agissait plus de se projeter au plus près des paillettes, mais plutôt de chercher à s’approcher au plus près des films, il s’agissait d’effleurer ces gens qui fabriquent de la vie ailleurs.

Plus jeune j’adorais Cannes, la montée des marches, les paillettes, j’aurais tout donné pour être là-bas. Et puis plus les années passaient, plus je scrutais ça de loin, plus j’observais avec dédain, l’œil mauvais, presque avec dégout. Fascination puis répulsion.

Et puis j’ai lu son avis, ces souvenirs à lui : en fait Cannes, ça pouvait aussi être quelque chose de joli. Cette superficialité assumée ne lui allait tellement pas qu’il devait forcément y avoir autre chose de beau derrière tout ce cinéma.

Donc si on m’invitait, j’irais pour voir, j’essaierais de comprendre ce qui anime ces parisiens qui migrent vers le Sud chaque année, au mois de mai.

 

 



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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 11:13

AD rollipIl y a quelques temps, j’ai vu une très jolie pièce de théâtre, quelque chose de très réussi, que j’aurais vraiment aimé avoir écrit. En général, quand on se dit ça en sortant, c’est plutôt bon signe, non ?

Le Problème.

Je l’avais raté au Rond-Point, je l’ai  finalement vu en face, au Marigny.

Un titre simple, sans fioriture, court et efficace, à l’image de la représentation à laquelle j’ai assisté.

J’ai aimé ce spectacle. J’ai aimé l’écriture de François Bégaudeau : un texte aussi fort que court (la représentation dure une toute petite heure), humble, bien goupillé, bien rythmé, à la fois très écrit et très réaliste. J’ai aimé le sujet, contemporain et finement traité, la vivacité des dialogues, l’intelligence de la construction. Un couple se sépare, là sous nos yeux, laissant leur fils, leur fille et leurs réactions au milieu du salon. Une famille canonique débat du couple, du désir, de la famille.

Bien sûr, il y a aussi les acteurs. Tous très bons, Anaïs Demoustier et Jacques Bonnaffé m’ont tout particulièrement charmée. Anaïs Demoustier, je l’ai croisée plusieurs fois, dans des contextes différents : à chacune de ces occasions,  elle m’a semblé à sa place, fragile et forte à la fois. Qu’elle chante à côté d’Alex Beaupain, qu’elle soit sur scène dans Angelo tyran de Padoue, ou qu’elle brille à l’écran dans de jolis films comme La Belle personne ou D’amour et d’eau fraîche, cette fille rayonne. Peu d’actrices ont cette fraicheur, ce jeu si naturel, cette spontanéité.

C’est plutôt rare que je dise du bien des actrices, surtout des plus jeunes, souvent pimbêches, sans épaisseur ni grâce. Tenez, prenez Mélanie Laurent par exemple. Je pense à elle car je l’ai aperçue l'autre soir, alors invitée au Grand Journal. Mon Dieu cette fille! Des pauses et des mines, encore et toujours, des manières, des tonnes de manières : chaque geste est calculé, chaque éclat de rire est forcé, cette fille surjoue tout ce qu’elle fait, elle est clinquante. Mais l’édifice est mal construit, les fondations, grossières, restent visibles.

Anaïs Demoustier est tout le contraire : un charisme fou, une présence évidente, un style bien à elle. Elle est élégante. Elle fait partie de ces actrices discrètes qui s’effacent pour laisser toute la place à leur personnage. De vraies actrices, loin des images surfaites véhiculées par quelques grues prétentieuses.

Pour revenir au Problème et à sa mise en scène, je vous avoue que je n’ai pas retenu le nom du metteur en scène, mais c’est sobre, épuré, discret, laissant le jeu se mettre en place et respirer. Ce qui m’a davantage étonnée, c’est l’absence de François Bégaudeau à cette étape de la création. Pourquoi ne pas s’essayer à l’exercice ?

Il me semble que ce passage du texte au jeu fait quasiment partie de l’écriture : concevoir le décor, c’est imaginer où se passe l’histoire, choisir des costumes, des objets, c’est l’ancrer dans le réel, insuffler des rythmes et des silences, c’est poser l’ambiance. Mais cette vision des choses est apparemment très personnelle, très différente de celle de Marie Ndiaye par exemple. J’ai récemment lu un entretien dans lequel elle évoquait son rapport à l’écriture théâtrale. Là encore j’ai trouvé ses propos étonnants. Elle disait que lorsqu’elle écrivait, elle ne se projetait jamais dans la représentation. Seule l’écriture la préoccupait. Jamais elle ne visualisait les scènes, jamais elle n’imaginait tel ou tel comédien en train de jouer.

Mais laisser son texte entre les mains d’un autre, lui laisser le soin de mettre en scène, c’est un peu l’abandonner, non ? Mettre en scène c’est transformer un texte en un objet visuel et sonore. Il ne faut pas l’étouffer, pour au contraire le laisser respirer. Le sublimer, sans le surcharger, c’est l’objectif. Pour cette raison, il me semble que l’auteur est la personne la plus apte de traduire sans trahir.

Cela étant dit, pour les mots de François Bégaudeau, pour le jeu d’Anaïs Demoustier, d’Emmanuelle Devos, de Jacques Bonnaffé, et d’Alexandre Lecroc, je vous conseille vivement d’aller voir cette pièce.

Car la bonne nouvelle, c’est qu’il vous reste encore une dizaine de jours.

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 00:20

a voix basseJ’écoute un disque. Des reprises de chansons d’Alain Bashung. L’album s’appelle Tels Alain Bashung et je me dis que c’est vraiment très important la voix. Surtout quand on chante. Mais pas seulement.

Malgré un titre qui sonne mal, un titre que je trouve tout simplement mauvais, ce disque est plutôt plaisant à écouter. Douze artistes interprètent les textes d’Alain, l’un après l’autre, avec leurs humeurs, avec leurs personnalités, avec leurs voix aussi bien sûr.

C’est délicat une reprise, plein d’enjeux : l’interprétation doit rester humble, ni décevoir, ni rivaliser avec la version originale, qui au fond n’est jamais bien loin.

J’écoute donc cette compilation, et j’entends des voix qui se succèdent, différentes, inégales. Certaines me touchent, alors que d’autres non.

Mon attention se focalise sur ces voix qui se suivent, qui n’ont rien en commun sinon l’auteur de ces mots qu’elles prononcent. Cela me fait alors penser à une récente discussion que j’ai eue avec un ami à propos d’un chanteur. J’expliquais que j’aimais beaucoup l’artiste en question, mais j’émettais d’emblée une réserve : j’étais malheureuse que sa voix ne me fasse rien. J’évoquais le dernier album d’Alex Beaupain : le disque s’appelle Pourquoi battait mon cœur ? Le titre est parfait, vraiment esthétique. Rien à dire, juste applaudir. Le disque est très bon aussi, d’écoute en écoute, il gagne en complexité, en épaisseur. Comme les précédents, il est d’une grande qualité, mais ce n’est pas le problème. Mon problème à moi, c’est sa voix.

J’aime Alex Beaupain, mais malheureusement sa voix ne fait rien du tout. A l’inverse de celle de Benjamin Biolay par exemple, qui me touche vraiment. Dans le casque, il me parle, intimité partagée. Les barrières tombent, le chanteur se dévoile. Ou pas.

Ca m’ennuie profondément d’écrire ça, car j’aime beaucoup Alex Beaupain. J’aime ses textes, ses mélodies, j’adore ses spectacles. Incroyablement à l’aise sur scène, il y est toujours très élégant et très drôle en même temps, brillant. Et puis dans une salle de spectacle, la question de la voix glisse au second plan ; l’image vient supplanter le son, l’attention se décale ailleurs, sur ce corps en mouvement que je regarde. Un visage s’anime, une personnalité s’exprime.

Mais la voix est centrale dans d’autres cas. Pour l’importance qu’elle confère aux voix qu’elle place au centre du dispositif, j’aime la radio. Les voix s’impriment et restent en nous, si bien qu’à la lecture de papiers de journalistes que j’ai écoutés à la radio, il m’arrive de les entendre. Quand je lis un édito signé par Nicolas Demorand dans Libération, c’est comme s’il parlait encore à côté de moi. A force de me réveiller pendant si longtemps avec sa voix là-bas au loin, je me rends compte que j’ai intégré son timbre et ses intonations, une voix stockée dans ma mémoire, comme synthétisée. Curieusement, bien que Patrick Cohen ait pris le relais, je me rends compte que je suis incapable de vous parler de sa voix. Insignifiante sans doute. Je sais aussi que le samedi matin, elles ont des voix qui m’agacent, insupportables. Tous les samedis, systématiquement, j’éteins. D’ailleurs, je n’aime pas les voix de femmes. Exceptée celle de Laure Adler qui me plaît beaucoup. Mais Laure Adler toute entière me plaît beaucoup. La question de la voix est toujours plus délicate pour les femmes ; une belle voix de femme c’est rare, souvent trop aiguë, parfois trop grave, rarement juste.

Pour perpétuer cette magie des voix, les journalistes qui s’expriment à la radio devraient  rester cachés, ils ne devraient pas s’exposer, s’afficher. Au lieu d’entretenir le mystère en restant dans l’ombre, de n’exister que par la force de leur voix, ils se montrent. L’auditeur fait alors le lien entre une voix et un visage. C’est dommage. L’image affaiblit les voix, en atténue la portée.

Avec les inconnus, c’est encore autre chose. Tant qu’on échange par écrit, tant qu’on ne s’est pas parlé, le mystère persiste, le dévoilement n’est pas total. L’écrit, même s’il trahit parfois, permet de conserver une certaine distance, tandis que le face-à-face met quasiment à nu. Quant à la discussion téléphonique, elle n’est pas qu’un simple entre-deux, elle est bien plus que cela. Ancrée dans la sphère de l’intime, elle permet d’accéder à un espace caché, laissant une large place à l’imagination. Quand on parle au téléphone à une personne qu’on n’a jamais vue, on l’imagine. Quand on l’a en face de nous, tout est différent.

Presque évident.

 

 



 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 01:29

bernard menez rollip

« J’ai serré la main de Bernard Menez ! » À 11h23 ce matin j’ai reçu ce texto, je l’ai trouvé magique. Sur l’écran, il avait simplement cette phrase, rien d’autre.

À l’instant où je l’ai lue, j’ai su que j’en ferais un billet de blog. C’était une injonction, une évidence, cette succession de mots fonctionnait comme un titre que je trouvais superbement efficace.

Je ne savais pas bien ce que je pourrais y raconter dans ce billet. D’ailleurs j’avoue qu’au moment où je débute ce texte, je m’interroge encore…

« J’ai serré la main de Bernard Menez ! ». Des rires, bien sûr : Bernard Menez, ce grand acteur, ce chanteur de renommée hexagonale, cet homme politique de première ligne. 

En tout premier lieu j’adresse mon plus profond respect à la personne qui m’a envoyé ce délicieux message et me permets de lui donner un conseil à la hauteur d’un tel contexte : ne plus se laver la main, plus jamais. Bernard Menez quand même…

Si j’étais à votre place, je me poserais des questions sur le cadre de cette histoire : comment se retrouve-t-on avec un tel message sur son téléphone ? Pourquoi est-on amené à envoyer ce genre de message à quelqu’un?

La réponse est très simple : Bernard est un clin d’œil à lui tout seul, une plaisanterie entre mon amie et moi. À cause de son métier, que par souci de discrétion je tairai ici, mon amie Léa est parfois amenée à rencontrer des personnes connues ou reconnues, pour leur talent par exemple. Certaines figures, intrinsèquement second degré, émergent de la masse. L’idée même d’avoir affaire à eux porte en elle le ridicule et se trouve systématiquement à l’origine de railleries : Nelson Monfort par exemple fait partie de ce groupe de gens, Bernard Menez également.

Le meilleur d’entre tous, c’est Bernard Menez. Incontestablement et ce pour plein de raisons.  Léa est donc devenue une inconditionnelle de Bernard, tout particulièrement pour ses chansons cultes et ses performances au volant. Elle l’a ainsi vu s’engager à contre-courant dans une grosse artère parisienne en sens unique, hagard au volant d’une vieille voiture, sous les regards hilares ou médusés des passants.

Je sais aussi que quand BERNARD MENEZ s’affiche sur son téléphone, elle est prise de gloussements frénétiques avant de parvenir à décrocher, fébrile, une jolie mélodie à l’esprit. J’en profite pour vous rappeler que Bernard Menez est l’interprète de l’inoubliable chanson intitulée Jolie poupée : je me demande d’ailleurs si un artiste réussira un jour à rivaliser avec Bernard. Tous en cœur :

« Oh oh oh jolie poupée

sur mon doigt coupé

oh oh oh jolie poupée

tu me fais chanter

oh oh oh jolie poupée

sur mon doigt coupé

oh oh oh jolie poupée

bobo pas pleurer… »

(Pour les plus motivés d’entre vous, les paroles sont disponibles dans leur intégralité sur http://www.bide-et-musique.com/ véridique)

Mais aujourd’hui, par le plus grand des hasards, je viens de comprendre la véritable raison de la fascination qu’a développée Léa pour Bernard.  Une raison restée jusque-là cachée, peut-être même enfouie au plus profond de son inconscient, mais qui m’apparaît soudainement évidente. Tout est parti de cette photo que j’ai cherchée afin d’illustrer ce billet. En la regardant, je peux vous assurer qu’entre Léa et Bernard, c’est aussi, pour ne pas dire surtout, une histoire de paquet.

 

 Aussi étrange que cela puisse paraître, ma pauvre amie est obsédée par les paquets des hommes. Elle les cherche, les regarde, les scrute, les jauge, les juge même, en rit parfois, selon la nature de l’emballage.

 

Il faut savoir que certains pantalons sont bien peu avantageux pour vos parties Messieurs, et que certaines jeunes femmes, a priori saines d’esprit, ne manquent pas de se moquer de ces formes informes.

Parfois c’est évident : ce slip kangourou immaculé, porté par Bernard Menez avec une nonchalance certaine, frise le ridicule. C’est admis, c’est voulu. Son paquet s’y trouve moulé, porté en trophée, exhibé pour mieux le dévaloriser. Dans d’autres cas, la mise en habit du paquet est beaucoup plus pernicieuse : un costume très cher est tout à fait susceptible d’avoir un effet désastreux sur cet endroit bien précis de votre anatomie. Un tombé mal maitrisé, un tissu trop fin, ou trop mou peut se révéler dramatique sur la bonne tenue de l’ensemble. Même votre jean préféré peut se comporter en ennemi : une coupe un peu trop serrée, une taille un peu trop haute, une braguette mal adaptée, et voilà que votre paquet, figure de prou, attire tous les regards. Si vous êtes fier de ce genre de situation, je préfère vous prévenir que vous faites erreur : c’est bien peu saillant un paquet visible à l’œil nu, pour ne pas dire effrayant, voire déconcertant pour celles qui ne réussiront pas à vous regarder dans les yeux.

C’est vraiment curieux un blog. Partie d’un texto pas tout à fait anodin sur Bernard Menez, je me retrouve à vous mettre en garde sur la façon de porter son paquet. Si j’avais pensé un instant que ce message me ferait glisser vers ce type de réflexion, je vous assure que je ne me serais pas engagée sur cette pente trop inclinée.

 

Alors, désolée Bernard, désolée Léa, mais maintenant que ce billet est écrit, je vais le poster. Ce serait vraiment dommage de ne pas partager des remarques d’une si grande pertinence.

 

 

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 22:00

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Comme un avant-goût d’été, je suis sur la plage.

Pour éviter tout malentendu, je précise d’emblée que non seulement je suis sur la plage, mais que j’y suis délicieusement étendue, les pieds dans le sable, en maillot de bain, enduite de crème solaire pour contrer le soleil qui tape. Pour mes amis « parisiens de Paris », je rappelle que l’uniforme qu’ils enfilent mécaniquement quand ils viennent en vacances en Bretagne n’a pas lieu d’être : les bottes Aigle et le ciré Guy Cotten, c’est bon pour les marins pêcheurs en plein hiver, à la limite. Ca c’est dit, prenez en de la graine.

Encore trop blanche, me sentant tour à tour saucisse de porc et rouleau de printemps, j’ai pour ambition de revenir bronzée. Une ambition assez simple, modeste, pas prise de tête (un objectif plus accessible que celui d’augmenter l’audience de ce blog par exemple).

C’est vraiment moche la peau blanche. Par un effet d’optique désespérant, les chairs blanches paraissent amollies, même si depuis que je fais de la boxe, mes fesses ont gagné en fermeté, paraît-il. Bon je vous entends déjà, encore une qui prend ses désirs pour des réalités, et bien non, je ne fabule pas, j’ai des témoins et je n’en suis pas peu fière… (Pas d’avoir des témoins, mais d’avoir la fesse plus ferme, c’est déjà ça.) Bref, je suis donc étalée sur ma serviette, le Libé du jour d’un côté, un roman pas très bon de l’autre, et je savoure l’instant. Il n’y a pas de meilleures conditions pour parcourir un quotidien, pas de meilleur endroit pour déguster un bon roman ; en l’occurrence il est très moyen le mien, mais c’est de ma faute, je n’avais qu’à mieux choisir…

Le soleil chauffe mais ne brûle pas encore, c’est ce qui est bien au mois d’avril. Je contourne avec insolence l’interdiction de cet affreux dicton, en avril ne te découvre pas d’un fil, qu’on m’a si souvent rabâché enfant, et je profite.

C’est bon la plage en avril, tout particulièrement parce que ce sont les prémices de l’été à venir, que rien n’est encore commencé. Les beaux jours de septembre sont toujours plus tristes, mélancoliques, ils sentent la fin, le retour de l’hiver pas loin.

Pour se baigner, c’est un peu plus compliqué : je m’y suis hasardée, doigt de pied après doigt de pied, centimètre de jambe par centimètre de jambe (l’impression qu’on vous serre le mollet dans un étau), puis le ventre, et les bras, et enfin, immersion totale, une brasse furtive mais bien réelle : le souffle coupé, d’un coup. Mer gelée, impression d’avoir diminué de moitié, viande saisie. Puis je suis ressortie, non plus blanche, mais rouge avec des reflets bleutés. C’était fait, peut-être un record de battu, je ne sais plus, j’ai passé l’âge de ce genre de compétition. J’ai aussi passé l’âge d’en ressortir en criant, « elle est trop chaude », une once de triomphe dans la voix. Je me souviens que quand j’étais enfant, je me baignais sans réfléchir des premiers beaux jours du printemps aux derniers jours des vacances de la Toussaint, sous la pluie, et c’était bien, car au moins il y avait des vagues.

Oui quand on est enfant, on trouve toujours que l’eau est chaude, quelle que soit la date, quel que soit l’endroit ; on se jette bruyamment dedans, téméraire. Puis on vieillit, sans s’en rendre compte, et on la trouve de plus en plus froide, alors que sa température, elle, ne change pas.

Même si la plage est clairsemée, les gens sont bien là. L’île déserte est un rêve, il ne faut pas se voiler la face, c’est un grand barnum à ciel ouvert une plage en été. Une fille, très grosse et très blanche, est étalée dans mon champ de vision, et c’est plus fort que moi, elle me dégoûte, indécente. L’autre jour j’entendais je ne sais plus qui s’émouvoir de la beauté des corps en général, ceux des vieux comme ceux des plus jeunes, ceux des gros comme ceux des plus maigres. J’en suis désolée, mais en général en ce qui me concerne,  c’est plutôt la mocheté des corps qui me frappe. Un corps vieux, qui pend, je ne trouve pas ça très beau, non, et un corps gros qui déborde non plus. 

Sur la plage, il y a les bruits aussi, ce bruit si particulier de la rumeur qu’on entend au loin quand on commence à s’assoupir sur sa serviette, vers 17h. Une superposition de sons qui composent une bande originale indescriptible : il y a le bruit des vagues d’abord, auquel s’ajoute le bruit des enfants qui jouent au loin, (j’insiste bien sur le « au loin », car quand c’est dans vos oreilles, c’est juste un bruit insupportable qui donne envie de s’emparer d’une pelle de plage en métal et de frapper),  il y a le bruit des gens qui discutent entre eux, et puis parfois, le bruit du vent dans les mâts des bateaux qui mouillent là-bas. Cette rumeur-là, c’est la rumeur idéale, celle dont on rêve, mais qui trop souvent se trouve entachée par les gens, ces autres qu’on ne choisit pas mais qui sont là.

Hier une toute petite fille, elle devait avoir environ un an, a hurlé un long moment parce que le contact du sable sur ces petits pieds l’effrayait. Au lieu de la laisser tranquillement s’habituer à cette texture nouvelle, au lieu de lui laisser la possibilité de découvrir à son rythme le plaisir procuré par le sable qui glisse entre les orteils, son père la posait au milieu de la plage, ricanait bêtement en la regardant pleurer, sous les yeux amusés du reste de la famille. Il y a aussi eu cette dame d’une vulgarité à couper le souffle qui expliquait à son mari, avec le souci du détail que je vous laisse imaginer, qu’elle continuait à manger de l’éperlan (il était 17h, et c’est avec une élégance sans borne et une délicatesse contenue qu’elle évoquait les remontées gastriques qu’elle subissait depuis qu’elle avait ingéré une fricassée d’éperlans au repas dernier) Dégoûts, crispations, agacement.

Mais malgré le nombre élevé de poètes qui nous entourent, j’aime la plage, beaucoup, parce qu’il y fait chaud et que moi j’ai toujours froid, parce qu’il y a la mer et que j’adore me baigner, et aussi (surtout) parce que c’est un des seuls endroits où je me sens le droit de ne rien faire sans culpabiliser, enfin ! Alors parfois, ces diversions alentours m’amusent, mais quand je suis plongée dans un très beau texte, avec l’envie d’y rester immergée longtemps et que des bruits parasites me divertissent malgré moi, j’avoue, j’ai envie de rentrer.

                                            

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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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