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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 22:01
ecrire.jpgS’emparer de ces questions qui reviennent sans cesse. Ne pas les contourner, au contraire les saisir à bras le corps, et tenter d’y répondre en partie, même avec maladresse.
Dès lors qu'un texte est produit, quel que soit le texte, le lecteur ordinaire cherche inévitablement à savoir, il veut démêler le vrai du faux, essaie, indiscret, de pénétrer les traces d’une réalité qu’il croit omniprésente.
Le fait que de telles interrogations soient irrémédiablement ancrées dans les consciences, le fait qu’elles réapparaissent malgré les justifications, malgré les explications, nécessitent qu’on s’y arrête.
Ainsi, souvent, on m’interroge : ce que j’ai raconté, là, dans ce texte, est-ce vraiment arrivé ?
Que répondre à cela ?
Oui c’est arrivé, sans doute, peut-être, ou pas, je ne sais pas, ou alors ça arrivera. Ecrire est un jeu, c’est détourner le réel, se l’approprier, le fantasmer. C’est décaler le regard, en le posant ailleurs.
C’est se nourrir des situations qu’on a la chance de vivre, c’est réussir à digérer tout ce qu’on capte, c’est être à l’affût, éponger le réel pour mieux le réinventer. Car pour parvenir à sortir un texte, aussi mauvais soit-il, il faut se gaver de sensations, s’imprégner de lieux, se les approprier, et réussir s’en servir, plus tard, une fois loin.
Quand je regarde danser des gens sur une scène, quand j’observe leurs corps qui bougent, leurs silhouettes existent, et ce sont bien elles qui ressusciteront dans un personnage. Un jour.
Et alors je pourrai répondre que oui, ce personnage existe bien, quelque part, dans la réalité, alors que je ne saurai plus bien d'où il vient.  
Les identités fictionnelles se construisent à partir de rencontres, de connaissances. Et derrière ces gens qui existent mais qu’on modèle, malaxe jusqu’à ce ne plus les reconnaître, apparaissent les personnages.
Finalement ce n’est pas la capacité d’invention qui est importante, non, c’est la capacité à poser un regard décalé sur le monde, pour le voir autrement.
Mais il faut le voir vraiment, sinon, ça ne fonctionne pas, on n’y croit pas.
La fiction ne s’oppose pas au réel, elle s’en nourrit. Une fois qu’on a compris cela, la question du vrai, du faux ne se pose plus.
Deuxième question, tout aussi dérangeante que la première, pourquoi écrire ? A quoi bon?
Parce qu’on aime lire, et que lire donne envie d’écrire.
Plus précisément parce que lire certains auteurs donnent une envie irrépressible de s’y mettre à son tour.
Pour avoir tout à coup le pouvoir d’inventer sa réalité, de décider de ce qui va arriver, d'enchanter ce qu’on vit.
On dispose, on compose, on s’arrange, sans cesse, avec ce qui se passe, on s’empare de ce qui gêne, de ce qui pose problème, et on avance.
Ecrire pour survivre et ce malgré la douleur, très forte, car il n’y a rien de plus difficile.
Ecrire pour le plaisir enfin, pour la jouissance intense qui réussit quelques fois à dépasser la souffrance et faire qu’on y revient, toujours.

 

Parce que c’est nécessaire tout simplement, essentiel même je crois.

 

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 15:41

 

la-nuit-un-mail.jpgCette nuit, j’ai eu envie de lui parler, de le féliciter, de le remercier. Cette envie me hantait au point que je ne réussissais pas dormir. L’obsession me tenaillait.

La nuit noire est propice à la confidence, aux grandes envolées, à l’impudeur.

La nuit silencieuse exacerbe les passions.

La nuit désinhibe.

Alors je me suis levée et j’ai écrit : 

Merci pour le délicieux moment que j'ai passé grâce à vous hier soir. Ce concert était élégant, touchant, et précieux ; le temps est suspendu, c'est rare. J'espère vous revoir prochainement sur scène.

Puis j’ai cliqué : Envoyer.

Comme si souvent, la tension est à son comble. J’attends la réponse ; la torture est physique. Attendre un mail, c’est vraiment mauvais pour le cœur, c’est vraiment mauvais pour les nerfs.

Alors que j’attends un signe, surveillant maladivement ma messagerie, des messages me provoquent bruyamment : Myspace vous a envoyé un message, Price Minister me dit de me faire remarquer pour vendre vite, et le Monde Diplomatique m’annonce une mobilisation générale. Au milieu de ces nombreux messages qui ne cachent pas leur nature commerciale, je vois un mail de Marie Meyer. Son mail est arrivé avant celui de Caroline, et après celui de Pierre Ricaud. Franz-Olivier Giesbert fait également partie des gens qui m’écrivent personnellement.

Marie Meyer me propose une mutuelle à prix discount  parce qu’une bonne santé, c’est une bonne complémentaire santé ! Quant à Caroline, l’objet de son mail me dit que je suis dans de beaux draps, elle vient en fait m’annoncer le mois du blanc. Non seulement ces gens m’importunent, mais en plus ils essaient d’être drôles. Pierre Ricaud est un soi-disant médecin qui met son expertise anti-âge au service des femmes, à mon service donc ; et Franz-Olivier lui, m’annonce qu’il souhaite m’associer au succès du Point en demandant à son équipe commerciale de me réserver une offre d’abonnement exclusive. Merci Franz-O’, je n’en demandais pas tant.

Dans ma boîte mail, j’ai aussi trouvé des messages d’Alexandra Duret qui me proposait de retrouver mon pouvoir d’achat, de Leonard Morrison qui me promettait « a princess from Russia » ; d’Audrey qui me rappelait que la fête des mères approchait, de Martine Fournier qui me félicitait d’avoir presque gagner une voiture, de Nathalie Bourdier qui me proposait d’arrondir mes fins de mois en recevant de la publicité sur mon téléphone portable, et puis d’autres messages de Sarah Hervé, Clotilde Martin, Emmanuelle Dubois, Christophe Moel, Élodie Marelle, Élodie Romain, Élodie Seullet, des personnes que je ne connaissais pas. Je me suis dit qu’Élodie devait être un prénom qui mettait en confiance.

Bien sûr, tous ces gens n’oublient jamais de me souhaiter ma fête, mon anniversaire, un joyeux Noël, une bonne année, la fête des mères, voire des pères tant qu’à faire ; sincèrement, ça réchauffe le cœur de se savoir si bien entourée. On me propose aussi parfois de devenir secrétaire médicale, un métier passionnant et bien rémunéré, ou alors comptable, un métier stable et bien rémunéré. On me vend du rêve. Et puis entre la passion et la stabilité, j’ai déjà choisi la stabilité, je vois où elle m’a menée.

Alors que j’attends fébrilement une réponse de C., voilà à quoi ressemble mon horizon : à une boîte aux lettres de retour de vacances, qui déborde de prospectus.

Mais lui fait le mort et l’attente me paralyse.

Rien d’autre à faire, si ce n’est patienter. Patienter encore et ravaler la honte qui s’installe, devient insupportable. Je veux effacer, en vain. L’attente dure souvent longtemps, cet intermède nourrit les insomnies. Elles ne sont pas bonnes conseillères et m'aident à échafauder des plans pour habilement entrer en contact avec ces gens qui me touchent.

Je les connais. Un peu.

J’ai envie de les connaître mieux.

Je leur écris parfois.

 

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 23:55

images-1.jpegJe voyage beaucoup en train, croise de nombreux voyageurs, supporte des voisins.

Un voisin dans un train, il ne faut pas se leurrer, ce n’est qu’une intrusion dans un espace qu’on aimerait pouvoir protéger. Entre ceux qui font tout pour vous frôler malencontreusement, ceux qui vous effleurent plus subtilement, ceux qui vous ignorent avec tellement d’aplomb qu’ils réussissent à vous faire croire que vous n’existez pas, le profil du voisin ordinaire est varié, et inconstant.

Mais toujours oppressant.

Dans le train, souvent je regarde des films, souvent j’écris, parfois je lis.

Quand quelqu’un s’assoit à côté de moi, la seule activité sereinement envisageable reste la lecture. Lorsque je commence à regarder un film, le pouvoir d’attraction de l’image fait que, quelle qu’elle soit, elle attire le regard du voisin. Il n’existe rien de plus agaçant que cet œil extérieur oppressant qui domine le film et paralyse l’interprétation.

Si vous écrivez alors c’est encore pire. L’écriture est une activité solitaire et toute intrusion dans cette bulle d’intimité provoque un arrêt net de toute envie d’aligner ne serait-ce que quelques mots.

Alors je lis. Personne ne s’est encore permis de poser un regard sur un texte que j’étais en train d’ingurgiter, jalousement, secrètement.

Pourtant aujourd’hui, j’ai vécu une expérience bien pire, une mésaventure hors du commun qui vient contredire en partie la démonstration précédente.
Non, la lecture n’est pas nécessairement une protection face au monde extérieur.

Ce soir je voulais terminer le dernier livre d’Eric Reinhardt, Le Système Victoria. Dans les trains, je ne fais jamais vraiment attention aux personnes qui m’entourent, absorbée par la musique que j’écoute, les journaux que je compulse et mon ordinateur, fidèle passe-temps.

 Je dirais même que les autres je ne les vois pas. A moins que je ne choisisse de les observer vraiment, ce que je fais parfois mais il s’agit alors d’une activité à part entière.

Bref, je lisais depuis un moment lorsque j’ai senti un regard insistant posé sur moi. On m’observait je le sentais. J’ai fini par lever la tête, agacée par ces yeux qui me tiraient hors de l’histoire.

Un peu plus loin dans le wagon il y avait effectivement quelqu’un qui me fixait. C’était un homme, d’une quarantaine d’années environ, à première vue élégant. J’ai très rapidement détourné la tête, essayant avec difficulté de me replonger dans les vies de Victoria et David.

Je ne supporte pas qu’on me fixe de cette manière, avec insistance, cela m’insupporte et surtout me met profondément mal à l’aise. Je pars toujours du principe qu’il s’agit encore d’un cinglé qui va finir par venir me déranger. Ou alors un homme maladroit qui va venir m’aborder lourdement.

Mais aujourd’hui, lorsque j’ai relevé la tête une nouvelle fois, afin de vérifier si ce Monsieur regardait enfin ailleurs, j’ai croisé un regard particulier, bienveillant, expressif, et surtout intelligent.

Cet homme semblait chercher une complicité, au point qu’on aurait dit, de là où je me trouvais, qu’il me connaissait. Me reconnaissait. Il devait faire erreur, me confondre avec quelqu’un d’autre. Au même moment j’ai baissé les yeux et j’ai vu qu’un livre était posé sur ses genoux, l’homme était en train de le lire, le tenait à pleines mains. Quand il a vu mon regard s’attarder sur l’ouvrage, assez épais, d’un format qui m’était familier, il l’a relevé doucement et soudain j’ai vu comme dans un miroir. Sur la couverture bleue j’ai pu découvrir : Le Système Victoria. L’homme me dévisageait toujours, satisfait.

Cet effet miroir m’a horrifiée. Moi qui dressais les livres comme des barrières avec le monde extérieur, voilà qu’un homme partageait avec moi cette intimité tant protégée, voilà qu’un homme utilisait le livre pour pénétrer mes pensées. 

En lisant au même endroit, en même temps que moi, le même livre que moi, il se rapprochait indéniablement de moi.

J’ai repris ma lecture, lui non. Il a continué à me regarder, j’ai réussi à l’oublier, mais quand je relevais la tête en m’appliquant à ne pas croiser son regard, je sentais ses yeux, je savais que la ligne directrice n’avait pas changé, qu’elle les ramenait vers moi.

Puis j’ai cédé, je l’ai fixé à mon tour, me disant que j’allais ainsi le forcer à baisser, à détourner les yeux.

Mais l’homme élégant a maintenu mon regard, il a continué à me fixer sans gène. Son regard n’exprimait rien de bien clair, il ne me souriait pas non, il n’avait pas l’air méchant non, on aurait dit qu’il regardait une image, quelque chose d’inanimée, il ne semblait finalement pas rechercher le contact, lui non plus.

Je l’ai laissé là, en plan, perdu dans ses pensées, j’ai continué ma lecture.

Le train s’est arrêté. Je suis descendue, le plus vite possible, je n’avais aucune envie de converser.
Puis tout à coup, j’ai senti une main saisir mon bras, fermement. Je n’ai pas eu peur, je savais qui c’était.

Il était là, devant moi, s’est mis à parler. J’ai écouté.

- Excusez-moi. Madame. Vous allez certainement me repousser. Mais je voulais vous dire. Et vous auriez raison. 

Il me récitait, appliqué, un passage du roman, ce roman que nous venions de lire ensemble séparément.

J’ai souri.

Et je suis repartie, encore plus vite sans doute. Je ne sais pas, je ne sais plus.
La vie n’est pas un roman.

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 14:57

saison-preferee.jpgL’été se termine, il faut se rendre à l’évidence.

Franzen en Une de Libération a annoncé la rentrée littéraire, le Elle petit format n’est plus en kiosque depuis vendredi dernier, je ne suis plus en maillot de bain, je ne regarde plus l'océan mais mon écran d'ordinateur, il y a des signes, comme ça, qui ne trompent pas.

On est lundi il faut que je publie un billet.

Il faut que je publie mais c’est compliqué de s’y remettre, c’est comme le reste, il ne faut jamais s’arrêter, après c’est poussif, on a du mal à relancer la machine, on a peur aussi un peu. Peur d’être à sec tout à coup.

Revenir sur l’été qui s’enfuit.

Comme prévu j’ai lu Belle du seigneur, enfin pas tout à fait, mais presque. D’abord ce fût une grosse frustration, trop de pages, une tranche tellement épaisse qu’elle s’est substituée sans vergogne à la pile de livres que j’avais en réserve. 

J’ai lu les trois-quarts de Belle du seigneur, il faut que je termine. On m’en avait parlé, surtout lui, les avis différaient, le sien m'intriguait plus que d'autres.

J’ai l’impression qu’il y a deux sortes de personnes. Ceux qui, qu'ils aient 20 ans, 30, 40, 50 ou 60 ans, seront toujours touchés par ce roman, et les autres. Les autres,  ce sont ceux qui ont été touchés à 20 ans par exemple, mais qui ensuite, blasés, m’ont dit que c’était quand même un roman naïf, un livre pour adolescent. J’aime les premiers plus que les seconds, ils me remuent souvent davantage.

La fameuse pile n’a donc pas diminué, et voilà que déjà les nouveautés fleurissent, et voilà que mon ami Gilles ouvre enfin sa belle librairie.
Le Tumulte des mots[i] elle s’appelle, c’est vraiment un très bel endroit, je vous conseille vivement de passer faire un tour, au moins pour voir et aussi pour l’encourager. C’est presque un acte militant d’ouvrir une librairie aujourd’hui, il faut en avoir notion.

Les gens du quartier se réjouissent, il a été accueilli en héros, remercié, félicité. Je lui souhaite d’en vendre des tonnes de belles histoires.

Moi je vais enfin avoir mon libraire attitré, et ça me réjouit de pouvoir passer des commandes de bouquins à un ami.

Je lui ai déjà acheté quelques livres, des essais pour travailler, et puis quelques romans dont le Franzen et le Reinhardt. Pas lu avant, mais Le Système Victoria, enfin du moins ce que Sylvain en a dit, ça me fait très envie. 

C’était donc l’été, ma saison préférée, je me suis autorisée à ne pas publier, les connexions étaient difficiles à trouver, et puis surtout ce n’était pas le moment.

A de nombreuses occasions pourtant, j’ai eu envie de sortir mon ordinateur de son sac, mais non, ce n’était vraiment pas le moment. Il faisait beau, je n’étais pas seule, et sans solitude on n’écrit pas. C’est impossible. Du moins pour moi, pour les autres, je ne sais pas.

Oui j’ai eu envie d’écrire, de nombreuses fois.

J’ai eu envie d’écrire quand j’ai écouté la BO des Bien-Aimés. Profitant d’un passage éclair à Paris, entre deux plages j’ai pris le temps d’entrer dans une Fnac. C’était le mois d’août, c’était le désert, j’en ai pris cinq, des commandes et des cadeaux.

Je l’ai mis sur mon Iphone et je suis partie à la gare, réjouie, trois heures de train devant moi.

Pas été déçue, non, ce sont de belles chansons, merci Alex Beaupain, élégantes et puissantes. Elles prennent encore plus d’ampleur lorsque vous les retrouvez dans le film de Christophe Honoré.

Ce film est sans doute son plus beau film, une sacrée claque.
Chaque plan est d’une beauté incroyable, j’ai aimé le cadrage, si précis.
J’ai aussi aimé ces personnages si fragiles et si forts à la fois.

Ils m’ont fait penser à certaines personnes, à des histoires autour de moi, à des fragments de vie, de ma vie. Ce film est réussi car il nous concerne tous, on ne peut que s’y reconnaître, par moment.

J’ai eu envie d’écrire quand je suis sortie de la salle, envie d’écrire « Allez-y » je vous en supplie, et n’oubliez pas de le remercier, de les remercier, il faut les remercier ces gens-là, ceux qui saisissent si justement les sentiments.

J’ai eu envie d’écrire quand sur la plage j’ai entendu parler la foule.

Des brèves de plage comme celles évoquées par Alix Girod de l’Ain dans l’Edito du Elle de vendredi dernier, en tendant un peu l’oreille, j’en ai arrachées d’aussi belles moi-aussi.

Alors quand elle retranscrit ce court échange entre deux amies, je la crois facilement:

« - Penser à la rentrée, ça me déprime.

- Allez, y a forcément du positif devant toi, Corinne !

- Mais quoi, alors ?

- Ben, je sais pas moi, un projet, un rêve, un truc à réaliser ?

- Ah ouais, t’as raison, je vais m’acheter un manteau… »

C’est très con, c’est facile, mais ça m’a fait rire…

Et puis je n’ai plus ri, Raoul Ruiz était mort. C’est Sylvain et Facebook qui me l’ont appris.

J’étais sur la plage.

Triste, oui.

Ce billet part dans tous les sens, vous m’en excuserez c’est la reprise, et dans ces moments-là, moi aussi je pars dans tous les sens.

 



[i] Le Tumulte des mots, 6, Rue de Rochechouart, 75009 Paris, métro Cadet

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 11:10

mojito.jpgLe 16 juillet approche.

Bientôt le départ. Bientôt les vraies vacances, les plus longues, les plus chaudes, enfin normalement.

Je rentre de quelques jours en Bretagne, bon, ce n’était pas encore ça, j’avoue, mais ce temps maussade était finalement idéal pour des pré-vacances, une première déconnexion avant la vraie rupture, c'est plus raisonnable d'y aller par étapes, je trouve.

Pas trop chaud, ça non, même pas besoin d’enlever son pull, pas trop sec, pas de risque de déshydratation, pas trop lumineux… Je ne devrais pas dire ça, qu’il n’a pas fait très beau, tout ça, les gens vont encore jaser, dire en Bretagne tatata, les parisiens vont encore débarquer en cirés. Pourtant, je peux vous assurer que j’en ai passés des étés à cramer sur la plage. Dès le mois de mai, on y allait même après l’école, puis une fois l’été terminé et les vacanciers repartis, nous, on prolongeait jusqu’en septembre. C’était bien. En septembre, je me souviens que c’était plus compliqué à négocier. L’école avait repris, il fallait rester sérieux, « se remettre dans une ambiance de travail » disaient-ils. Alors forcément, faire rimer sable et bains de mer avec cette ambiance de travail à la con, ça n’était pas facile à négocier tous les jours.

Dans quelques jours, c’est le grand départ. Un mois loin de Paris qui a déjà pris des allures estivales. Je me suis baladée hier sur les quais, l’île Saint-Louis et ses touristes qui mangent des glaces en tongs.

Moi aussi j’ai mangé une glace, j’avais envie de me glisser dans la peau d’un touriste, de me mettre dans l’ambiance.

Samedi on lève les voiles, cap sur le Sud-Ouest, avec un arrêt à La Rochelle, chez des amis fous qui viennent de quitter Paris pour aller s’installer là-bas, toute l'année, pas juste l'été. Un petit concert d’Alex Beaupain en passant, et on repart.

Boire, manger, lire, dormir, glandouiller.

Pour moi les vacances, du moins en plein été, consistent en une succession de plaisirs assez simples, comme celui de ne rien faire ou si peu, sans culpabiliser, enfin.

C’est un moment unique où tout s’arrête. 

Alors non, pendant les vacances d’été, je ne visite rien, n’en déplaise à certains qui ne comprennent pas qu’on se satisfasse de si peu. Donnez-moi l’air marin, un rayon de soleil, un coin jardin, un morceau plage, une vieille chilienne à rayures, une pile de bouquins, et tout ira bien.

Je ne perds pas mon temps, loin de là, je profite, je consomme le temps chaud qui passe, un moment précieux s’il en est, qui se volatilise à la vitesse de l’éclair même en ne faisant rien. Alors en faisant quelque chose, il file encore plus vite, moqueur.

Pour la simple raison que cet instant est rare et qu’on ne peut le saisir qu’une seule fois dans l’année, j’en profite pleinement.

Se réveiller : tard. Mais pas trop, pour pas gâcher une belle journée.

Aller acheter Libé.

Boire son café, et manger tout ce qui passe et qui finit en « é » : des canelés, des canelés, des canelés.

Aller au marché, acheter de bonnes choses à manger.

Filer se baigner. Bronzer. Lire Libé. Se baigner. Bronzer. Manger. Se reposer à l’ombre d’un figuier. C’est cliché mais c’est joli et puis ça finit en « é ». Re-bronzer. Se re-baigner.

Rentrer. Boire, manger, boire, se coucher.

En gros c’est ça l’été. Disons que c’est une bonne base, et qu’après viennent se greffer dessus tous les imprévus, plus ou moins joyeux, comme le vent, la pluie, le froid, des enfants qui pleurent, des gens qui usent, des romans pourris dès la deuxième page qu’on ne se résoudra à abandonner qu’à la cinquantième, déçue et coupable.

Aujourd’hui je m’apprête à préparer mes affaires, à faire ma valise, autant dire à essayer de faire tenir un dressing dans une valise en carton, une bibliothèque dans un sac en toile. Compliqué.

Oui pour bien profiter de ce joli mois d’été, j’emporte toujours trop de tout, trop de fringues, trop de livres, trop de chaussures. Pas envie de choisir là maintenant tout de suite, envie d’avoir le plaisir d'hésiter jusqu’au dernier moment, choisir quel livre j’emporterai sur la plage au moment d’y aller sur cette plage, pas maintenant. Alors je prends toute la pile.

Toute la pile de livres qui se sont accumulés tout l’hiver.

Toute la pile de tee-shirts blancs qui ne cesse de s’élever. Oui j’ai un problème avec les tee-shirts blancs, dès que j’en croise un, que la coupe est belle, qu'il y a du lin, du coton, ou de la soie, je l’achète. Je n’ai donc que ça à me mettre cet été, des tee-shirts blancs.

Enfin dans ma valise, entre deux tee-shirts blancs, je glisserai aussi mon ordinateur, finalement.

Je pensais me mettre en vacances de blog, décomplexée, me disant qu’au milieu de toutes ses activités, je n’aurais pas le temps d’écrire. Mais là, en écrivant ce billet, je me suis rendu compte que ce n’était pas très crédible comme argument.

Alors il me reste bien le problème de la connexion, car si je reconnais aisément que j’aurai sans doute du temps pour écrire, il n’est pas certain que je trouve une connexion ouverte me permettant de mettre ma prose en ligne… Je vous préviens.
Mais je vais faire des efforts, car je vois ce matin que mon maître, même loin de ses bases, même au cœur de l’effervescence avignonnaise, a trouvé l’énergie de poster un bien joli texte.

Merci à lui.

 

 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 11:06

Benjamin-Biolay-Chiara-Mastroianni-Jacno-Future-300x225.jpgHome, c’est comme cela qu’ils se font appeler maintenant.

Comme pour s’effacer, comme pour faire disparaître un passé commun devenu trop pesant, comme pour ignorer des souvenirs trop lourds à porter.

Se cacher derrière Home, c’est aussi faire disparaître leurs noms, des noms trop connus qui attirent nombre de médisances injustes et jalouses.

Dire Home, c’est aussi nier un couple, l’enterrer alors même qu’il n’existait plus, c’est éviter de faire sonner bruyamment une association de patronymes largement commentée.

Dire Home c’est aussi mobiliser le passé, lui rendre sa superbe, l’honorer.

 Home, c’était le titre d’un bel album, Home, c’est une évidence, deux belles personnes qui se sont trouvées, retrouvées.

Oui, l'autre soir sur la scène de la Cité de la musique, réunis pour rendre hommage à Jacno, ils étaient tout simplement beaux.

Quoi qu’elle fasse, elle a la grâce et elle me touche.

Quoi qu’il fasse, il a la grâce et il me touche.

Alors quand ils chantent ensemble, quand leurs voix se mêlent, ils me bouleversent encore davantage. Je les trouve élégants, voilà tout. Classieux pour reprendre le mot d’ordre de la soirée.

 Les revoir ainsi l’un à côté de l’autre me trouble, c’est émouvant. Je trouve même cela un peu triste en fait. C'est sans doute excessif mais ces deux là me font de la peine. 

 Sur la scène jeudi soir, j’ai vu deux personnes qui s’aiment et qui continuent d’avancer ensemble, malgré tout. Un regard et tout est dit.

Quand je les vois ensemble, je pense à ces gens qui se séparent.Et qui se retrouvent parfois l’espace d’un instant.

Je pense à l’émotion qui les parcourt quand ils se croisent, quand ils se frôlent au hasard d’une soirée. Des souvenirs, des sensations qui remontent si vite à la surface, l’impression de ne jamais s’être quittés.

Sur la scène jeudi soir, j’ai vu deux vieux amants, deux vieux amis, tour à tour. Ils se comprenaient d’un regard, c’était évident.

Mais il n’est pas toujours nécessaire d’être amants pour se comprendre.

C’est parfois aussi très émouvant de partager un instant avec un ami qu’on n’avait pas vu depuis un certain temps. C’est doux et joyeux, triste aussi car on ne partage plus le présent, seul le passé rassemble.

 Je sais de quoi je parle car curieusement, jeudi soir, devant cette même scène, assis tout à côté de moi, il y avait un ami, un ami très cher, que pour diverses raisons j’avais perdu de vue. Les hasards de la vie, on dit. C’est con cette expression, quand on laisse les gens s’échapper, quand on les laisse filer sans chercher à les rattraper, ce n’est pas le hasard qui se joue de vous, c’est une vulgaire négligence, c’est une grosse connerie.

Parfois même c’est réfléchi, à un moment donné, la prise de distance s’impose, devient nécessaire. Je crois qu’avec celui là, c’est ce qu’il s’est passé.

Dans ses yeux j’ai vu qu’il était ému de m’avoir là, en face de lui soudainement. Dans son regard brillait le passé, dans ses yeux j’ai aperçu des souvenirs qui m’ont émus, moi-aussi.

Fin du concert.

Trouver un bar, celui-là par exemple, en face, et s’installer.

Boire un verre, parler du présent, s’appliquer à ne pas évoquer le passé.

Et puis se rendre compte que Benjamin et Chiara sont un peu plus loin.

Ne pas les regarder, ne pas leur parler, ne pas les déranger.

 

 

 



 

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 18:54

grue-pola.jpgDans une rue derrière chez moi, il y a un immeuble en construction. De la pluie, du soleil, une grue, et des fondations sortent de terre. Je ne passe jamais devant, je ne sais pas du tout où ça en est ni à quoi ça ressemble, je m’en fiche d’ailleurs.

Mais assise dans mon canapé, depuis des mois je vois cette grue, jaune majestueuse, et ce petit bonhomme. A des heures régulières, il grimpe à l’intérieur de la structure métallique jaune, une marche puis l’autre, il va travailler. On dirait qu’il monte au ciel.

Installé tout en haut, seul dans sa toute petite cabine qui se détache sur le bleu profond du ciel, il manœuvre la très grande grue, à droite, à gauche, il déplace des plaques de béton. La vue doit être très belle là-haut, dégagée, les bruits doivent être étouffés, peut-être même qu’il a l’impression de voler.

C’est un bien curieux métier, grutier. Il ne faut pas être claustrophobe, l’espace est restreint, il ne faut pas avoir le vertige, la cabine est perchée si loin du sol, il faut avoir les cuisses musclées tellement il y a de marches à monter, à descendre pour boire un café, à remonter, à redescendre pour déjeuner, il faut aimer la solitude, il n’y a personne avec qui discuter, ou la tranquillité.

Car ce qui est bien, c’est qu’au moins, une fois arrivé là-haut, personne ne le fait chier, le grutier. Contrairement à en bas.

En bas, c’est très différent.

Il y a quelques temps, j’ai discuté avec un artiste blessé par les propos déplacés d’un animateur québécois de passage à Paris. On aurait dit que quelque chose de grave s’était produit alors que personne ne le connaît en France ce québécois, c’est sans doute juste un imbécile qui essaie d’attirer l’attention.

De l’extérieur, ça paraît toujours compliqué de comprendre les réactions des artistes, elles paraissent souvent excessives. On est tenté de se demander ce que quelqu’un dont l’immense talent est reconnu peut bien avoir affaire de l’avis d’un idiot sans grâce qui vit à l’autre bout de la terre.

Une fois de plus, cette anecdote questionne les rapports compliqués entre les artistes et la critique.

Une fois de plus, cela souligne le fait qu’il est délicat de tenir des propos négatifs sur un artiste sans prendre le risque de le blesser.

Une fois de plus, j’aurais pu moi aussi m’en étonner, sauf que cette fois, j’ai mieux compris la violence d’une telle situation.

Dans une moindre mesure, il m’est arrivé quelque chose d’un peu similaire la semaine dernière.

Jusqu’ici, quand je faisais lire mes textes à des gens, les retours étaient plutôt positifs. Malgré cela, j’avais la vive impression de pouvoir tout entendre, je croyais que si quelqu’un me disait qu’il n’aimait pas mon travail, cela n’aurait aucun effet sur moi, je croyais naïvement que cela ne me toucherait pas. Et pourtant.

Quand quelqu’un vous explique qu’en substance rien ne va, il n’y a même pas besoin de lire entre les lignes pour être plombée pour de bon.

Recevoir un tel mail est violent, c’est inéluctable, on a beau lutter contre, relativiser, un avis suffit à tout remettre en question, il annule même les précédents.

On finit par en vouloir à ceux d’avant, à ceux qui vous ont dit qu’ils aimaient, que c’était vraiment bien, on se dit qu’ils ont menti, qu’ils ont été lâches, qu’ils ont choisi la position la plus facile à tenir, les compliments, les mots qui rendent heureux.

Puis on se raisonne, on se dit que ce n’est qu’un avis, que cela va nous permettre de progresser, d’avancer, et en fait on jette tout par la fenêtre, on comprend qu’on court après quelque chose qu’on n’attrapera jamais. On se dit qu’on ne sera jamais capable de rien, et que cette course n’est qu'une affreuse et inutile perte de temps. 

Et pile au bon moment, à une soirée, on croise un écrivain, un type un peu connu, qui commence à être reconnu, qui vous colle mais qui gagnerait à se faire plus discret.

Pendant toute une partie de la soirée, un écrivain m’a parlé, sûr de lui, hautain, avançant ses pions progressivement mais les posant toujours au pire des endroits. Il m’a dit, ricanant, que ces gens, ceux qui écrivaient sans être publiés, le faisaient vraiment marrer, car on ne s’improvisait pas écrivain. 

Connard, si j’ai acquiescé, c’est simplement pour voir jusqu’où tu étais capable d'aller, mais si j’avais pu, je t’aurais jeté ma coupe de champagne à la tronche.

S'il savait, le pauvre, combien il m'a navrée. Ses propos étaient d'une prétention inouïe, rien ne semblait pouvoir le faire vaciller. Jusqu’à ce qu’il me parle du Salon du livre de je ne sais plus quel trou auquel il venait de participer. Là c’était trop pour moi, les imaginant lui et sa superbe tassés dans un car d’auteurs, j’ai éclaté de rire.

-       - Pourquoi ça te fait rire ?

-       - Pour rien. Je ne ris pas vraiment en fait.     

Et j’ai pensé très fort à Diastème et à un de ses derniers billets.

Le type, lui, il a continué à monologuer, allant quand même jusqu’à m’avouer que quand il écrivait, il pensait avant tout à plaire aux éditeurs. J’ai abrégé, cette conception du littéraire n'était pas la mienne, heureuse de m’en débarrasser.

Une semaine un peu difficile donc.

Plus envie d’écrire, plus rien, jamais, d’où cette absence de billet depuis une semaine d’ailleurs.

Ce mail m’a coupé les ailes, et depuis je les regarde, arrachées.

Et puis j’avais autre chose à faire, peut-être de plus essentielle au fond puisque mon vrai travail, un article scientifique à critiquer. En deux pages, j'ai expliqué en quoi c'était pourri. Vengeance? Même pas.  

Tout seul là-haut dans sa grue, il doit être heureux ce monsieur. 

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 19:28

de-beaux-lendemains.jpgIl faudrait que j’en écrive un autre, là maintenant aujourd’hui. Le précédent date de jeudi, déjà. Pas plus de trois ou quatre jours sans poster de billet, c’est ce qu’on m’a dit, alors j’obéis.

Ca n’a l’air rien comme ça, mais en vérité, sur la durée c’est un rythme soutenu, une vraie course de fond. Avoir une idée, trouver quelque temps à lui consacrer, écrire prestement, se relire promptement, pour enfin poster, libérée.

Je me demande d’ailleurs comment je vais faire cet été, quand je serai loin de mes ordinateurs, occupée, appliquée à ne rien faire, là-bas au bord de l’eau.

Oui dans un mois, c‘est la quille, direction l’océan.

Je m’interroge : un mois et demi sans poster de billet, c’est indigne d’une blogueuse sérieuse, non ? En même temps, je suis tout sauf une blogueuse dans l’âme. Une blogueuse, c’est une nana qui met en ligne des recettes de cuisine, ou des avis sur des fringues, du maquillage, non? J'admets, c’est un point de vue très réducteur, j’en ai bien notion, mais c'est à travers cette grosse caricature que je regarde le monde.

Je n’ai absolument rien contre les gens qui partagent leurs recettes de cuisine, je peux parfois même leur être reconnaissante. J’adore manger, on ne se refait pas. J’aime aussi cuisiner, car pour être certaine de bien manger, on n’a encore rien trouvé de mieux. Sauf quand on est très riche, on peut se sustenter aux tables des chefs étoilés, mais ce n’est pas mon cas, alors les étoiles, je les regarde dans le ciel, et m’affaire en cuisine.

Ecrire sur les fringues, impossible, même si j’aime beaucoup les beaux vêtements, j’ai quand même autre chose à faire que d’épiloguer sur la couleur d’une robe ou le tombé d’un pantalon, soyons un tout petit peu sérieux. Pourtant je sais combien c’est important, tout ça, c’est de l’art, et quand je lis «qu’importe l’escarpin pourvu que le pied soit beau »  forcément je m’insurge. Bien sûr que l’escarpin est central, il l’est d’autant plus que le pied est beau.

Quant au maquillage, mon incompétence est sans limite, se tartiner des couleurs sur la peau, je ne sais pas faire, mais alors pas du tout. J’aime les couleurs, j’aime les pigments, mais ceux qu’on achète chez Sennelier pas ceux qu’on vend chez Sephora.

Ce lundi est si lent, gris glauque, plus très envie du coup.

Ca doit être le temps, ce temps de Toussaint alors que nous entrons dans l’été, cette lumière de novembre qui n’éclaire rien du tout. Il n’est que 17h et déjà il fait nuit. Pas nuit noire non, nuit gris.

J’ai travaillé, j’ai taillé un rosier, j’ai travaillé à nouveau, j’ai papillonné, seulement voilà, aucune de toutes ces belles activités ne constitue un beau sujet à développer.

De digression en digression, on dirait que j'avance.

Je pourrais vous parler cinéma, bien sûr, ce serait facile puisque j’ai récemment vu trois beaux films, très différents. Je pourrais vous parler théâtre aussi, à la limite, puisque j’ai vu une très belle pièce l’autre soir.

C’était jeudi.
Je suis allée au Théâtre des Bouffes du Nord, c’est une vraie galère d’aller jusque là-bas, en théorie, c’est loin de chez moi. Heureusement, en scooter, tout est simple, à portée d’accélérateur. J’ai donc roulé, musique à fond, sur les quais de Seine, comme j'aime. Musique à fond car j’étais passagère, je précise car on m’interdit d’écouter de la musique quand c’est moi qui conduit, mais j’avoue, j’aime tellement ça que bien souvent je n’obéis pas. Je mets moins fort, c’est tout. Pas fort du tout, j’entends tous les bruits autour, si si…

La musique et le scooter, c’est un tout, c’est magique. Avant de traverser Paris je choisis toujours avec une grande application la bande originale de mon parcours. Ensuite, c’est comme dans un film, un bon film, pas un mauvais Woody sur Paris, un beau film avec moins de filtres et plus de vie.

C’était la première fois que j’allais là-bas et je n’ai d’abord vu que ces murs, des murs magnifiques qui se suffisent à eux-mêmes, qui vous transportent très loin rien qu’en les regardant.

C’est sans doute excessif, mais je vous assure qu’en fixant ce mur devant moi, sur lequel se détachait une ouverture, j’étais subjuguée. Complètement absorbée par le lieu, par cette porte noire simple entaille dans ce mur rouge, j’ai écouté les voix des acteurs qui parlaient dans le micro. Face au public, les protagonistes se sont succédés sur un sol couvert de neige, le temps d’un témoignage.

La mise en scène, qui peut paraître austère dans un premier temps, tellement épurée qu’inexistante, s’avère finalement d’une touchante simplicité. Plus la pièce avance, plus cette simplicité s’impose comme une évidence. L’essentiel y est.

De Beaux lendemains, adaptation du roman de Russell Banks, mise en scène d'Emmanuel Meirieu.

 

En salle : Pourquoi tu pleures ? de Katia Lewkowicz , Une Séparation d' Asghar Farhadi , et Blue Valentine de. Derek Cianfrance.

Mais pas envie de vous expliquer pourquoi j’ai aimé, alors allez-y, vous vous ferez une idée.

 

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 12:10
fb-bras.jpgVéritable tour de contrôle, son ordinateur lui offre une vue passionnante sur les activités, les échanges, ou les humeurs de chacun de ses amis, mais aussi des autres. De proche en proche, elle sautille sur le flot des commentaires, et engloutit des tranches de vie. 
Ces commentaires qu'elle lit ici et là sont improbables, surréalistes, mais toujours évocateurs.
Du sourire au rire, elle se balade.
Certains défendent leurs amis cœur et âme, d’autres, indécents, se mettent en scène : sur la page d’un chanteur, elle a croisé une jeune femme particulièrement ridicule qui a posté une petite vidéo sur laquelle elle se met en scène. Une tasse à la main, elle effectue un déplacement devant sa webcam, puis s’arrête en fixant la caméra ; elle sourit. En bande-son passe une chanson du chanteur, et en décor de fond, sa cuisine. 
Du pathétique à l’hilarant, Alice hésite. 
Des commentaires, encore des commentaires. Toujours plus fous, toujours plus cons aussi. 
Le monde est con, Facebook en est la preuve.
Les gens sont drôles aussi parfois, certains en sont l’illustration. Instants de liberté pris sur le vif, bulle protectrice, Facebook donne à voir l’horizon, illimité.
Plusieurs fois par jour, elle relève ces casiers à messages, elle sort de l’eau les filets à commentaires. Des nouveautés apparaissent sans arrêt, ça l’occupe. Tandis que le temps file, dévorée par tant de curiosité, elle reste suspendue à ces milliers de vies. Un vivier de marionnettes, qu'elle ne contrôle pas mais dont elle peut parfois actionner les ficelles, s’agite devant elle.
Elle les surveille, elle les espionne ; pas tous avec la même rigueur. 
Alice ne rate rien. Elle rode, en sous-marin, elle a l’impression d’avoir enfreint le règlement, de parcourir une zone interdite. Théoriquement, elle n'a rien à faire là, ces gens elle ne les connait pas. Si elle est indiscrète, ceux qui écrivent sans scrupule sur le mur de leurs amis le sont tout autant. 
Sur son ordinateur, elle a créé des dossiers dans lesquels elle stocke la vie des autres. Elle capture instinctivement des fragments de ces portraits numériques ; elle statuera plus tard sur leur sort. Elle archive les messages, les statuts, elle les organise, les classe. 
Sa démarche est toujours la même, il s’agit de saisir des instants de vie, puis de les conserver, à la manière d’un collectionneur. Elle n’a pas d’arrière-pensée, c’est simplement étourdissant de traquer ces bribes de vie privée, puis de les enfermer et de les garder à disposition indéfiniment. Elle peut les consulter comme on consulte des archives au moment d’écrire l’histoire. Elle peut aussi réécrire l’histoire en changeant des noms, en inversant des dates, en inventant des lieux. Voyager parmi les âmes qui errent sur Facebook. 
Elle conserve des milliers de photos. Elles sont toutes là, en vrac, mélangées, éparpillées. Qu’il est agréable de vagabonder dans cette marée humaine : des visages, des figures, des figurants à effacer
Puis vient le temps du classement. 
Un groupe de gens connus croustillent quand on les croque : les meilleurs d’entre tous sont là, dans des situations pittoresques. 
Les anonymes se bousculent ; ils ont été triés, certains ont été effacés, d’autres conservés pour leur originalité, leur charme, leur mocheté aussi bien sûr.
Depuis longtemps elle rêve de photographier les gens qu'elle croise ; il faudrait avoir le courage de les arrêter, qu’ils se laissent faire, qu'elle réussisse à les convaincre que sa démarche est artistique et qu'elle n'est pas une désaxée qui collectionne les gens, ce qui risquerait de les effrayer. Elle en prendrait des beaux, des moches, des très moches, des bizarres. Ce serait chouette.
Elle a également archivé quelques paysages, endroits méconnus qui lui permettent de situer l’action quand elle s’amuse avec ses personnages. Car c’est bien d’un jeu qu’il s’agit, un jeu d’enfant ou de détraquée.
Jeu d’enfant car ces petits personnages à l’aide desquelles elle réenchante son monde ne sont pas sans évoquer Legos et Playmobils.
Jeu de fou aussi car quand on est sain d’esprit, on sait qu’on ne peut ni s’approprier la vie des autres ni jouer avec.
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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 18:54

Avant-polaCe week-end j’ai lu un scénario de fou. Un truc très fort, poignant, vraiment.

Je ne saurais pas bien vous expliquer à quoi ça tient, mais je suis convaincue de la beauté du film à venir. J’ai beaucoup, beaucoup aimé, j’ai voyagé, j’ai vu des lumières, des couleurs, j’ai repensé à des lieux, à des gens que j’aime, à des ambiances, à des choses tristes aussi. A la mort qui rode, trop proche, toujours. A la fin, je n’étais pas très bien, mais c’est sans doute aussi ce qui me fait dire que c’est réussi.

 Régulièrement donc, je lis des textes qu’on me laisse lire. Des textes qu’on me donne spontanément, ou que je demande. Oui, parfois je les demande. La plupart du temps je dois demander, en fait. Sauf pour les trucs chiants, là curieusement, ils arrivent tout seuls.

J’adore l’idée même de lire des textes avant qu’ils ne soient rendus publics, avant qu’ils ne se transforment en ce qu’ils doivent devenir. C’est donc avec grand plaisir que je m’immerge dans leur atmosphère, d’une seule traite. Je m’applique, concentrée.

Comme une idiote, je suis flattée, je jubile alors qu’au fond de moi, pas si naïve, je sais très bien que l’auteur donne son texte à lire à toute personne qui en formule l’envie. Rien d’exceptionnel donc, pas de quoi se réjouir à ce point là. Et pourtant.

Les vrais privilégiés sont sans aucun doute ceux qui n’ont pas besoin de quémander, le premier cercle, le premier choix, ceux qui débriefent peut-être plus brillamment que les autres, ou alors ceux dont l’avis est important. Ca doit être ça. Ceux dont le jugement importe à l’auteur.

Je lis les scenarii, les romans, les pièces de théâtre, ou les articles que mes amis me soumettent. Certains le font spontanément, d’autres pas. Certains attendent mon avis avec impatience, d’autres s’en fichent. Je pense.

Je lis ainsi toutes sortes de brouillons, de textes promis à un grand avenir, ou d’histoires qui vont mourir, qui n’existeront jamais publiquement. D’autres sont déjà mortes mais elles ressusciteront peut-être un jour, qui sait.

Il y a quelques temps, j’ai reçu un article proposé à la publication dans une revue scientifique. Le rédacteur en chef me demandait de trancher, de dire au comité scientifique si l’article méritait d’être publié ou pas. Dans un tel cas, le travail d’évaluation est central puisque je dois à mon tour produire un retour structuré, argumenté, destiné à éclairer l’auteur sur d’éventuels modifications à faire avant publication. Je ne connais pas l’auteur, les textes sont anonymés, c’est un travail que j’évalue, pas une personne en particulier. C’est un cas de figure très marginal, professionnel, beaucoup moins impliquant, au fond, que lorsqu’il s’agit d’expliquer à quelqu’un de cher l’effet que son texte a produit sur vous.

Car si lire un texte est facile, c’est quand vient le moment de débriefer que tout se complique. C’est assez délicat de se prononcer, de dire ce qu’on pense aux gens, jamais anodin, assez engageant. Il s’agit de faire le point à chaud, de se mouiller, de donner un avis, tout de suite et rapidement. Il n’est pas question de réfléchir trop longtemps, ni même de construire son retour, il faut juste de se livrer avec sincérité. C’est indispensable d’être sincère, sinon ça ne sert à rien.

Certes on peut toujours être lâche, c’est facile de cirer les pompes, mais si on fait ça, c’est qu’on est con.

Souvent je m’interroge : donner son avis, pour quoi faire ? Quand on me demande mon avis, je le donne, par politesse. Par plaisir aussi, j’adore donner mon avis, c’est ainsi.

Je le donne mais je ne peux m’empêcher de me demander s’il intéresse vraiment celui qui me le demande, l’auteur en l’occurrence. Qu’est ce que l’auteur peut bien en avoir à cirer de mon avis ? En quoi ce que je pense est-il susceptible de l’intéresser ?

Je pense avoir la réponse. Il s’en fout, ça ne l’intéresse pas, mais ça le rassure.

Il se trouve que j’ai récemment écrit un article sur un auteur vivant. Je lui ai envoyé le texte une fois publié, il ne pouvait plus rien censurer. Et bien quand il m’a répondu que mon texte était « très intéressant, pertinent et sagace », j’étais rassurée, oui. L’impression de ne pas m’être trompée, d’avoir vu juste, de ne pas trop avoir divagué.

Ayant fait études de lettres, je peux vous dire que du commentaire composé, j’en ai bouffé. Faire parler les auteurs, je sais faire, d’autant mieux qu’on ne peut pas aller vérifier. Non, personne ne pénétrera jamais la pensée d’un auteur, et aussi réfléchies soient les remarques qu’un lecteur peut formuler, elles resteront toujours en deçà de la conscience qu’un auteur peut avoir de ce qu’il produit.

Donc s’adresser à l’auteur, qu’il soit là-bas pas très loin ou bien ici en face de vous, ça reste compliqué, pour ne pas dire hasardeux.

 

 

 

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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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