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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 18:49

image-4Je tourne la tête et regarde par la fenêtre. Je vois des fleurs, plein de fleurs, des blanches, des roses, des jaunes, des violettes. Il y a aussi un chat, il est blanc, il a le poil long, il profite.

 

C’est le printemps, sans aucun doute. Le printemps est là et je ne le savoure même pas.

 

Drôle de période où, installée à mon ordinateur, je travaille d’arrache-pied, tout en étant quelque peu préoccupée. Au point de ne pas m’apercevoir que les pâquerettes ont envahi la pelouse, au point de ne pas avoir vu que les jonquilles fanent déjà.

C’est mon fils qui m’a montré le chat, lui est très attentif à tout cela. « Mimiaou » crie-t-il plein de joie.

 

Dans quelques jours, dans 3 semaines environ, un petit frère arrivera. Hâte de faire sa connaissance, hâte de voir s’il ressemblera à A. ou pas. C’est étrange l’arrivée d’un deuxième enfant, rien à voir avec celle du premier. L’impression que la place est déjà prise. En quelque sorte.

 

J’ai aussi profité de cette période un peu coupée du monde pour mettre un point final à une énième version d’un texte que j’ai enfin déclaré fini. Cette fois-ci, si personne n’en veut, je passerai à autre chose, je considèrerai qu’il est arrivé à la fin de sa vie. Je l’ai transmis à quelques précieux lecteurs, et curieuse de lire leurs avis, j’attends patiemment. 

Ce texte, je l’ai porté en moi bien plus longtemps que mes enfants. J’y tiens beaucoup, je serais triste je crois de le voir mourir, de devoir le laisser partir.

Il a pourtant toutes les chances de finir ainsi, dans l’oubli d’une mémoire d’ordinateur. Pour oublier la douleur je crois que je reviendrai écrire ici. J’en ai souvent envie, mais ne prends pas le temps, c’est dommage ; ce magnolia en fleurs devrait m’inciter à regarder plus souvent par la fenêtre, il devrait me donner envie de prendre le temps d’écrire régulièrement.

 

Mais tout bientôt viendra l’été, la chaleur, les vacances, le repos, l’éloignement du clavier, de l’écran. Et puis il aura les enfants, l’un batifolant par ci par là, l’autre criant famine trop régulièrement. Je ferai ce que je peux, pas de pression, jamais, de l’impatience seulement.

 

Je tourne la tête et regarde par la fenêtre. Je vois un panneau qui, je crois, n’était pas là :

« Pelouses interdites ».

 

Dommage, je serais bien descendue marcher pieds nus dans les pâquerettes, là maintenant, pour aller caresser le chat.

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 21:53

daffodil.jpgJe referme Daffodil SIlver. Un drôle de titre pour une triste histoire.

 

Je viens de finir ce livre à l’instant et je dois vous en parler, je dois vous donner envie de l’aimer.

Daffodil Silver c’est

- une histoire sur le deuil, bien sûr, tenant la mort pour héroïne, malgré les belles promesses de l’enfance

Jamais jamais séparées.

- une histoire sur l’amitié aussi, sur ces liens complexes et fragiles qui nous unissent aux uns et aus autres

Ils ont peu nombreux les gens comme toi, que l’on aime ainsi, sans retour.

Non, ils sont peu nombreux, et aussi exceptionnels soient-ils, ils font souffrir quand ils restent trop longtemps silencieux. Leur absence pèse, c’est un fait.

- une mise en scène du secret, le secret de famille, celui qu’on cache, qu’on devine, qu’on aimerait pouvoir élucider, de ces questions qu’on aimerait pouvoir poser à des protagonistes qui ne sont plus là, qui sont partis comme on dit, qui sont morts en fait.

Et puis il y a le secret, cette chose qui n’existait pas avant la mort de Rosa et qui depuis qu’elle n’est plus là occupe tout l’espace.

- une histoire qui repose sur le poids de la famille,  les valises des uns et des autres, le tissu complexe dans lequel s’inscrit notre propre existence. On n’est pas tout seul, jamais, on ne vient pas de nulle part, et on doit vivre avec, coûte que coûte.

Nous sommes cette famille qui pèse si lourd à mes épaules que je me courbe malgré moi, les yeux rivés au sol, comme une petite dame vieillie trop vite. Non que je cherche à m’échapper ni que la honte m’alourdisse. C’est juste un chagrin épais.

-  un livre sur le souvenir, ce souvenir qu’on a des absents, des morts, si précieux, et qui tend à disparaître.

- un livre qui pose de belles questions, qui laisse en suspens des interrogations, un livre qui fait réfléchir. Comment faire exister l’absence ? Comment lutter contre l’oubli ? Qu’est ce qu’un souvenir? A qui appartient-il ? Qui est en responsable ? La littérature, le cinéma, les photos, les tableaux, sont-ils de bons garants du souvenir ? Luttent-ils réellement contre l’oubli, freinent-ils la disparition ?

 

En y réfléchissant, il me semble que le souvenir d’une personne s’efface à partir du moment où les derniers vivants qui l’ont fréquentée, l’ont touchée, l’ont embrassée, disparaissent à leur tour. Nous pouvons raconter quelqu’un, essayer de transmettre un souvenir, mais il ne s’agira que d’images, de mots livrés à l’interprétation, non plus de sensations perçues. Par exemple je crois que le souvenir de ma grand-mère disparaîtra avec moi, que mon petit garçon qui ne l’a pas connu l’oubliera, contrairement à moi qui continue de la faire exister rien qu’en y pensant, en m’en souvenant.

Ce roman est un espace imaginaire qui prend vie, qui existe devant nous, qu’on traverse, vraiment. J’ai passé des heures avec Rosa, Lilas, et les autres, j’ai pensé à eux souvent. Je les ai imaginés, ils m’ont fait réfléchir, j’étais imprégnée par leurs vies, immergée dans leur malheur, comme étouffée par l’épaisseur du fardeau. Ils m’ont aussi transmis leur énergie, leur désir d’avancer, de laisser les morts vivre leurs vies sans pour autant les oublier.

 

Si Daffodil Silver repose sur une histoire personnelle, ce point de départ tragique est élégamment revisitée à l’aide d’une trame romanesque élaborée, d’une réelle densité. Quant à l’écriture, elle se met en place progressivement,  elle sautille, puis s’arrête net pour mieux repartir soudain. Le tempo est vif, subtil, poétique, le style est intelligent, touchant, mais jamais larmoyant.

 

Daffodil Silver est le 3ème roman d’Isabelle Monnin, le premier que je lis. Depuis la publication des Vies extraordinaires d’Eugène, j’ai envie de lire ce livre là tout particulièrement. Il se trouve que j’étais enceinte, sans doute un peu stressée malgré la légèreté du moment,  et je n’ai pas eu le courage d’affronter cette histoire, qui s’annonçait bien triste elle aussi.  C’est étrange car bien qu’à nouveau enceinte, je crois que je vais pourtant me lancer, le lire enfin.

 

On n’a qu’une vie, il faut la vivre.

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 11:38

photo-copie-copie-3.JPGHier soir, alors je m'étais enfin prise par la main et venait de rédiger un billet au sujet du dernier livre d'Isabelle Monnin, cest un peu comme si la terre s’était arrêtée de tourner.

J'étais en train de finir de taper les derniers mots, prête à mettre le texte en ligne, lorsqu'un pingouin en plastique rempli d'eau s'est soudain écrasé sur mon ordinateur, déversant une partie du liquide qu'il contenait. J'ai aussitôt attrapé une serviette pour essuyer l'ordinateur qui n'a pas sourcillé, tout en me disant que l'ordinateur dans la salle de bain n'était pas vraiment la meilleure des idées.

J'ai ensuite posé l'ordinateur à l'abri de toute forme de lancés de projectiles et me suis mise à jouer avec les canards et autres poissons en plastique de mon fils, celui-là même qui avait eu l'idée flamboyante de me balancer son putain de pingouin gorgé d'eau à la tronche l'instant précédent.

Ça peut faire sourire comme ça sur le coup, mais là où j'ai beaucoup moins ri, c'est quand je suis retournée auprès de mon ordinateur, et que j'ai vu qu'il s'était éteint. Tout seul. Dun coup.

J'ai appuyé frénétiquement sur les boutons, tentant de le réanimer avec précipitation, mais aucun de mes gestes maladroits et désordonnés n'est parvenu à le ramener à la vie. Je l'ai laissé pour mort un moment, dépitée, avec l'envie profonde de passer l'enfant à la moulinette. Cette idée m'est vite sortie de la tête, me disant que la conne dans l'histoire c'était bien moi : quelle idée aussi d'entreprendre d'écrire dans une salle de bain, à proximité d'une baignoire remplie deau.

Que voulez-vous que je vous dise, c'était le moment, je devais finir ce texte, il le fallait, coûte que coûte. Résultat, après de multiples tentatives de réanimation, de séances non pas de bouche-à-bouche mais de sèche-cheveux vaines sur la machine aux entrailles humides, je suis en mesure d´affirmer que ce putain d'ordinateur portable est mort, que le texte que j'ai écrit a disparu, et que j'ai la flemme de le réécrire.

C'est très très agaçant de perdre un texte, aussi court soit-il. Et puis il me plaisait ce texte, j'avais hâte de le partager avec vous, mais soudain plus rien.

Plus de texte, plus d'ordinateur. Plus d'ordinateur, plus de nouveaux textes.

Enfin si, j'exagère, la preuve, je suis en train de taper ces mots sur un pauvre clavier d'IPad, et je dois avouer que je prends assez vite le coup de main en fait. Question d'habitude sans doute. Et de motivation aussi.

Bon et puis il me reste un gros ordinateur fixe, de bureau comme on dit, avec un très grand écran, avec plein de place pour s'étaler. Son problème principal, c'est qu'il n'est pas mobile, et c'est un sacré handicap quand même, impossible d'écrire à droite, à gauche, dans le canapé, dans le lit, dans le train, dans la salle de bain. Fini.

Et ce billet dans tout ça, il disait quoi? Peut-être que le mec de l'Apple store réussira à l'exhumer, même s'il ne faut pas rêver, je navais même pas eu le temps de lenregistrer...

Pour résumer, je vous expliquais pourquoi il fallait absolument lire le livre d'Isabelle Monnin, Daffofil Silver. C'est un texte très fort, avec lequel on vit longtemps, auquel on pense et repense encore. C'est un livre qui remue et qui fait réfléchir. Lisez-le, vraiment, croyez-moi sur parole pour une fois.

Et si le mec de l'Apple store est doué, je vous dirai alors plus précisément pourquoi.

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 14:01

bulle-colloree-1-pola.jpgTurquoise, vert d’eau, rose, mauve, fluo, irisée, elle tournoie, hésite, part à gauche, vire à droite, monte soudain vers le ciel, puis disparaît. La suivante, plus grosse et plus régulière, termine sa course prématurément sur la feuille d’un lierre qui se tient là, maladroit, sur sa trajectoire.

Pendant ce temps là, il jubile. Pendant que les bulles volètent un peu partout sur la terrasse, ses petites mains s’agitent dans tous les sens, avec l’espoir de réussir enfin à saisir ces drôles de choses qui éclatent aussi vite qu’elles volent.

Mais on n’attrape pas une bulle de savon. Jamais. Elles sont insaisissables. Si on les touche elles éclatent, mais ça, on ne le sait pas quand, comme A., on a tout juste 8 mois. A. se focalise plutôt sur la dimension résolument magique de ces drôles de choses : elles apparaissent, flottent délicatement, puis disparaissent plus ou moins rapidement après leur apparition.

 

En ce moment je consacre environ une demie-heure par jour de mon temps aux bulles de savon. Des séances de 10 minutes sur le balcon, assez poétiques, qui nous ravissent autant lui que moi.

C’est vrai que c’est très très beau une bulle de savon. Quand on est enfant, on ne fait pas attention : on souffle trop fort, trop vite, pour faire le plus de bulles possible. On regarde la quantité, on ne s’attarde pas sur la qualité.

Or pour faire une jolie bulle de savon, il faut s’appliquer, croyez-moi. Je n’avais jamais pris la mesure de l’exercice jusqu’à ce que je voie sur son visage combien il était important de prendre son temps. Plus la bulle est grosse, plus elle l’impressionne. Quand elles sont petites et nombreuses, c’est certes plus joyeux mais ça reste moins admirable. Plus commun en somme.

Il y en a plus, mais elles sont moins belles.

Je crois qu’il préfère les plus difficiles à faire, celles qui demandent de la concentration et de la précision. Il faut souffler tout doucement, puis moduler son souffle progressivement pour que la bulle gonfle, gonfle, gonfle encore mais n’éclate pas.

Soudain elle se détache. Et s’envole. Parfois elle résiste longtemps, slalommant entre les gouttes de pluie. Pendant quelques secondes seulement nous la regardons ensemble, satisfaits. A peine a-t-elle disparu qu’il faut recommencer, s’atteler à la suivante, essayer de la faire plus grosse, plus belle, plus admirable encore.

J’aime faire des bulles de savon, c’est apaisant. J’aime regarder A. subjugué par ces jolies sphères qui lui échappent. J’aime le voir intrigué et ne pas comprendre d’où ça vient ni où ca va. Je crois qu’il n’a pas vraiment saisi que les toucher les faisait éclater, forcément.

Je crois qu’il pense qu’elles disparaissent comme par enchantement, et qu’il ne comprend pas bien pourquoi.

 

Après, quand on a fini, on regarde tomber la pluie.

C’est beau la pluie d’orage aussi.

 

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 15:41

photo-copie-1.JPGIl fait gris dehors et dans ma tête aussi il fait gris. Des jours et des jours que j’attends le printemps, des bonnes nouvelles, enfin, des trucs joyeux, un peu. Et bien non, que dalle, ça continue encore et encore... Et voilà que je me retrouve avec des chansons pourries dans la tête, manquait plus que ça.

 

Je ne reviendrai pas en détails sur ce mois de mai qui s'achève dans une petite poignée de jours, ce n’est pas la peine, il suffit de le résumer par un simple « tout a foiré. » Dans ce billet, parce que le soleil devait briller aujourd’hui (bullshit), j’ai choisi de me focaliser sur les deux ou trois trucs joyeux du mois. Deux ou trois, je crois que je m’emballe, disons deux. Deux concerts.

Le premier n’était même pas en mai en fait. Ou peut-être que si, je ne sais plus bien. C’était au Casino de Paris, je me souviens qu’il faisait froid dehors,, un soir de mars, ça me revient maintenant. Benjamin Biolay était sur scène, il a chanté, sauté, couru, crié, dansé, chanté encore, et moi j’ai savouré chaque instant de ce concert magique comme à chaque fois, puissant, joyeux, triste, éclectique.

 

Un soir de mai, un autre moment réjouissant était prévu. Mais finalement, après une journée trop compliquée, mon téléphone a sonné à l’instant même où je garais mon scooter au pied de la fameuse façade aux lettres rouges. Une idiote me dérangeait pour me confirmer une mauvaise nouvelle : une mauvaise nouvelle prévue, mais mauvaise quand même.
J’ai donc du tenter de faire abstraction et profiter tant bien que mal de ce qui aurait dû/pu être une belle soirée.

Et puis au moment où je me suis garée, trois mecs bizarres m’ont dévisagée ; ils avaient presque l’air méchant mais je n’aurais pas pu dire ce qui me faisait penser cela. Ils ne faisaient que me fixer. J’étais un peu à l’ouest, je n’ai pas trop réfléchi, et ne pensant qu’à mon scooter et à mes multiples mésaventures avec la fourrière, j’ai cru que le problème venait de mon stationnement sauvage au pied des lettres rouges. Vu le nombre de scooters garés autour de moi, je me suis dit qu’ils exagéraient. A l'instant même où je m'apprêtais à aller leur demander quel était le problème et pourquoi ils me regardaient avec insistance, j’ai remarqué qu’en plus de leur air méchant, ils portaient des talkies-walkies. Des mecs de la sécurité : décidément quelle star cet Alex Beaupain… L’Olympia, tout ça, et voilà, des gardes du corps maintenant, carrément !

 

Et puis non en fait, un peu après le début du concert, François Hollande est arrivé, s'est installé. M. le Président. A quelques rangs. Sans doute a-t-il passé une aussi belle soirée que moi : quand Alex Beaupain est sur scène, c’est toujours réjouissant d’être spectateur. Des chansons belles à en pleurer, des traits d’humour éclatants qui font qu'on rit souvent.

 

Il a chanté ma chanson préférée, une chanson écrite par Christophe Honoré, je l’ai appris ce soir-là, je n’avais pas fait attention, pas lu la pochette avec application.
Elle s’appelle Baiser tout le temps, et dedans il y a cette phrase : 

Allons dans un coin/ Fumer dans tes yeux/ Voir passer le temps/ Et baiser un peu/ Baiser tout le temps

 

Voilà, voilà. J'aime tout là-dedans.

Et puis ce soir-là j’ai aperçu quelques têtes connues, des gens que je n’avais pas envie de croiser, pas ce jour là, c’est toujours comme ça, et puis d'autres aussi, que j’aurais tant aimé voir plus longtemps.

Mais pas le temps.

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 17:59

354731.jpgQuand Rose est rentrée chez elle après le colloque, elle n’est pas allée consulter sa boîte mail. Elle a décidé de se détendre, de prendre du recul, de prendre le temps, enfin, pour réfléchir. Elle voulait tout arrêter. Ou du moins arrêter de foncer tête baissée.

L’eau coulait dans la baignoire, le chauffage soufflait, la chaleur l’enveloppait. Le niveau auquel l’eau chaude recouvrirait son corps dans sa totalité était bientôt atteint.

Elle posa un roman entamé sur une tablette, afin qu’il soit à l’abri de l’eau tout en restant accessible. Poser son livre là était de l’ordre du réflexe puisqu’à chaque fois qu’elle prenait un bain, elle aimait avoir la possibilité d’y lire quelques pages, jamais beaucoup plus car très vite la peau se fripait. Et comme depuis l’enfance Rose ne supportait pas la sensation de sa peau ratatinée et rugueuse, elle sortait toujours de l’eau avant d’en arriver là.

Quand elle plongea le premier pied dans l’eau, elle se brûla. Non pas parce que l’eau était trop chaude, mais parce que son pied était trop froid. Pour rentrer de la rue Serpente elle avait du marcher dans la nuit glacée, avec des chaussures inappropriées aux conditions climatiques.

Elle portait des chaussures à talons assez hauts, assez peu confortables mais très élégantes. Elle les avait choisi avec minutie, cela avait pris du temps, elle avait longuement hésité. L’enjeu était important, elle allait enfin revoir l’homme élégant, elle voulait être à sa hauteur.

Elle était contente d’être rentrée, d’avoir enfin pu ôter ses souliers, d’avoir enfin pu libérer ses pieds endoloris, anesthésiés par le froid.

Dans son bain ce soir là elle ne lisait pas, elle réfléchissait. Elle repensait à cette journée, elle revivait les différentes scènes qui s’étaient succédées, étapes de retrouvailles provoquées. Elle l’avait vu évoluer en société, au milieu des autres, et aussi étonnant que cela puisse paraître il l’avait déçu. Le voir se pavaner de la sorte au milieu des uns et des autres l’avait même agacée. Elles se disaient que les gens devaient forcément percevoir Paul comme un grand séducteur, un espèce de Don Juan. Les femmes devaient penser qu’il multipliait les conquêtes.

 

Rose pense que c’est faux, qu’il erre dans la sphère du ludique mais n’en sort pas.

Rose pense qu’il aime plaire, qu’il en a besoin, que cela le rassure. Elle pense qu’il aime constater l’effet qu’il fait aux femmes, en profiter. Elle pense qu’il ne fait que s’amuser avec les mots, provoquer du regard, mais qu’il ne va jamais plus loin.

Elles (les autres) sont dupes, Rose est clairvoyante ; elles sont aveugles, Rose n’est pas naïve. Séduire, plaire, mener le jeu, c’est avoir du pouvoir. Celui qui sait se faire admirer, celui qui manipule les cœurs, qui focalise les regards, non seulement jubile, mais aussi dirige. Et quand Paul entre en action, dans son élément, quand Rose le regarde se mouvoir sur son terrain, elle comprend beaucoup de choses.

C’est comme une mise au point qui se fait, automatique.

 

C’est évident, jamais il ne franchira la ligne qu’il a lui même tracée. S’il la fait bien penser à cet homme, David, le héros du Système Victoria, il lui paraît plus frileux, comme si le courage lui manquait. Jamais il n’aura l’audace de transgresser les règles et les convenances pour de vrai. Si très souvent sans doute il aimerait être David, jamais il ne l’égalera. Tout comme Rose aimerait parfois se comporter comme Victoria, en sachant très bien que jamais cela ne se fera, que jamais elle n’assouvira ses pulsions à tout va.

Au fond Rose et Paul se comportent de la même façon, c’est pour cela que le manège de l’un n’a pas pleinement fonctionné sur l’autre, mais c’est aussi pour cela que le jeu qu’il a mis en place les a amusés.

Mais quelque chose a échappé à Paul : Rose connaissait les règles mieux que lui, qui ne s’est pas rendu compte qu’ils avançaient côte à côte, d’égal à égal.

 

Rose sera présente au rendez-vous, elle ira au Mansart la semaine prochaine, bien décidée à interroger Paul, à lui demander qui il cherche à duper en étant ainsi déguisé.

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 00:07

photo.PNG

Je suis dans le train, et pour une fois, la campagne n'est non pas grise et monotone mais somptueuse car enneigée. Le blanc de la neige recouvre tout ce qui n'est pas beau, unifie des paysages disparates et accidentés, les illumine et les rend plus doux.

C'est la reprise.

La mort dans l'âme j'ai du abandonner mon canard, ma grenouille, mon nain adoré. Je n'aurais pas imaginé une seule seconde que ça puisse être si difficile. Avant. Depuis le pas de la porte il m'a regardée l'air interdit : j'avais l'impression de partir à l'échafaud. Les yeux remplis de larmes j'ai roulé jusqu'à la gare. J'avais froid sur mon scooter, il pleuvait, neigeait, je ne sais pas trop, mais ce que je sais c'est que toutes les conditions étaient réunies pour faire de cette journée un affreux moment.

Et puis une fois installée dans le train, avec un café, de la musique, et ces paysages enneigés sous les yeux, j'ai à nouveau eu envie de pleurer, parce que c'était soudain beau, mélancolique et paisible.

J'ai regardé le paysage défiler un moment, j'ai pris quelques photos, j'ai posté un statut sans intérêt sur Facebook. Juste après je me suis demandé pourquoi j'avais fait ça. Sans doute parce que mon inconscient me soufflait que pour alléger mon malheur il fallait le partager... J'ai à nouveau regardé le paysage, j'ai pensé à lui en regardant quelques photos et en me disant qu'il était vraiment beau, que c'était mon amour, puis j'ai pensé à lui aussi qui, bienheureux, le gardait, et puis j'ai pensé à toi et j'ai eu envie de t'écrire pour prendre de tes nouvelles, encore une fois. Pour savoir comment tu allais pour de vrai, pour savoir sur quoi tu travaillais en ce moment, où en étaient tes projets. Pour savoir comment était ta vie en somme, que j'espère toujours plus belle et plus douce.

Et puis je me suis ravisée, je savais qu'un tel mail resterait sans réponse ou presque, alors je me suis dit à quoi bon.

J'ai à nouveau regardé la campagne défiler, en noir et blanc, en blanc surtout. J'ai encore trouvé ça beau, et excitant, comme quand j'étais gamine. Sur ce point je n'ai pas changé, la neige a toujours un petit effet euphorisant chez moi, je crois que c'est parce qu'elle a le pouvoir de perturber le quotidien, de rendre les habitudes différentes, imprévisibles, de transformer une expérience banale en quelque chose d'exceptionnel.

Et puis j'avais quand même des choses à te dire, alors j'ai décidé de les écrire, d'en faire un billet, en me disant que si toi ça ne t'intéressait pas, que si toi tu ne le lisais pas, que si toi tu ne te reconnaissais pas, ce texte divertirait peut-être les autres, ceux qui suivent ce blog.

Si je t'avais écrit ce mail, je t'aurais donc demandé de me parler un peu de toi, de me faire confiance, juste une fois. Je t'aurais surtout demandé qui j'étais pour toi. Ca fait un moment que j'ai envie de te la poser cette question. Je sais que dans les milieux que tu fréquentes on a des milliers d'amis qu'on embrasse à tout va, mais quand même. Je sais qu'on appelle amis tous ceux qu'on croise ou presque, ceux qu'on aime comme ceux dont on se fout. Jusque là j'ai eu la faiblesse de croire que je faisais partie des premiers, mais souvent je m'interroge. De plus en plus souvent.

Je me serais arrêtée là, je n'aurais sans doute pas développé davantage, inutile, puisque je savais par avance que tu ne répondrais pas, ou pas comme j'aurais aimé, pas suffisamment, pas sincèrement. Malgré tout je persiste à ne pas t'en vouloir, à respecter ce choix, ton choix. L´important c'est tu saches combien je tiens à toi, combien je m'inquiète pour toi, et que je suis là. En cas de besoin. Car au fond, c'est le principal non? Être là si nécessaire.

Mais c'est chiant de continuer à attendre des réponses tout en ayant bien compris qu'elles ne viendront jamais.

Si, j'aurais ajouté une ou deux lignes. Pour finir, je t'aurais sans doute raconté pourquoi depuis 3 mois je pense indirectement à toi chaque matin, tout ça à cause de quelque chose de très précis qui revient chaque jour.

 

 

Train du retour-nuit : c'est moins beau, nuit noire, rien à voir.

Tout s'est bien passé, rien à signaler. Hâte de rentrer, de retraverser la ville gelée et de l'embrasser.

 

 

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 22:57

image-1-pola.jpgHier, en parcourant un autre blog, j’ai lu un très beau texte, une lettre au temps qui passe. Un sujet qui peut sembler bateau, vu et revu, lu et relu, que j’ai peut-être moi-même déjà abordé ici, je ne sais pas, je ne sais plus. Mais malgré son apparente banalité, j’ai trouvé ce texte très émouvant. Sans doute parce qu'il était en adéquation avec ce que je vivais.

Il était question du temps qui passe donc, qui file, sans qu’on n’ait bien le temps d’en profiter. Parfois certains disent que le temps passe sans qu’on ne s’en aperçoive. Là justement il était question de quelqu’un qui s’en apercevait, violemment, chaque matin, en regardant son fils. Il grandissait, il changeait, vite, tellement vite.

Si ce texte m’a touchée c’est aussi parce qu’il tournait autour d’un tout petit enfant en train de devenir grand. Quand je regarde les photos d’il y a presque 3 mois, je n’en reviens pas, il était si petit, il est déjà si grand. C'est un peu comme si le temps nous volait nos bébés, et de précieux moments.

Il était question de quelqu’un qui voyait le temps filer et qui n’avait aucun pouvoir, aucun moyen de le freiner, de l’arrêter.

Il était question des jeunes qui deviennent si vite vieux, de nos enfants bien sûr, mais de nous aussi. Forcément. Il y avait des rides, des cheveux blancs, des os qui craquent, de la souplesse qui se perd, des douleurs qui apparaissent. Il y avait la décrépitude qui se tient prête à nous surprendre, qui nous attend, tous.

Il était question des souvenirs des vieux qui ont, à un certain moment, été jeunes. Et j’ai pensé à ceux qui ne sont plus là, que je ne reverrai jamais, qui sont restés derrière moi mais que je n’oublie pas. Entretenir les souvenirs, même ceux des vivants. Conserver des images, même de ceux qu’on ne voit pas assez souvent. 

Ca m’a rendue triste tout ça.

 

J’étais en congé, je croyais avoir le temps, je croyais que j’aurais du temps : du temps pour profiter de lui, du temps pour avancer sur certains projets, du temps pour écrire aussi.

Et là encore, le temps m’a joué un tour : je reprends le travail la semaine prochaine et je n’ai rien fait. J’en ai juste profité. J’en ai profité pour le contempler longuement, pour l’embrasser des milliers de fois, pour le serrer fort, lui parler, l’écouter. Et puis j’ai culpabilisé en pensant à ce que j’avais à faire et que je n’ai pas trouvé le temps de faire.

Je voulais par exemple terminer l’histoire de Rose et de Paul, et une autre encore, et puis je voulais aussi en commencer une nouvelle. J’en avais très envie, j’y ai pensé chaque jour, chaque nuit, mais je n’ai pas réussi. Le problème, voyez-vous, c’est qu’un bébé ce n’est pas comme un chat, c’est compliqué de le poser sur ses genoux et d’écrire en lui caressant la tête. Quoique. En grandissant le bébé devient de plus en plus calme : ce texte par exemple, je suis justement en train de l’écrire d’une seule main, le bébé installé dans l’autre bras. Si on fait abstraction du fait que j’ai le bras gauche tétanisé, ça le fait comme on dit. (Enfin les autres, moi en vrai je ne dis jamais ça.)

Dans quelques jours je reprends le train. Je vais à nouveau regarder défiler des paysages tristes en somnolant puisque oui, je suis quand même un tout petit peu fatiguée. Ce n’est pas trop mon genre les insomnies, alors même si je supporte finalement plutôt bien les réveils intempestifs qui rythment mes nuits depuis quelques mois, je sens que le bercement du train aura vite raison de moi.

Mais je réussirai, je les finirai ces histoires. Promis.

Je ne prends pas de résolution, je trouve ça con, mais si je devais en prendre une, je prendrais celle-ci : finir les textes commencés.

Parce que c’est important de finir les histoires.

Parce que c’est moche de ne pas donner de nouvelles aux gens.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 14:54

tresor-tresor.jpgMon trésor, mon amour, mon lapin, mon cœur, mon poussin, mon canard, mon coucouillou, mon petit pâté, mon loulou, mon nain préféré, mon bébé, ma crevette d’amour… et j’en oublie certainement. 

Je m’étais interdit de parler de ça ici, trop intime, assurément niais, ou trop personnel tout simplement. Le risque que ça agace aussi, que personne ne comprenne cette histoire qui se joue entre lui et moi.

 Pas de photo sur Facebook non plus,  j’ai tenu bon, un moment du moins, un mois, et puis on m’a demandé de montrer sa bobine, de plus en plus souvent, alors j’ai fini par céder, par partager mon bébé. Et puis je le trouve tellement beau cet enfant que finalement je diffuserais bien sa jolie petite tête au monde entier !

 

 

J’ai souvent trouvé les nouveaux nés moches, je m’étais préparée : ne pas s’inquiéter, un petit singe tout fripé peut tout à fait devenir un très bel enfant. Et bien le mien, il a été présentable tout de suite, réveillé et éveillé, si bien qu’à un jour, il ouvrait déjà de grands yeux et regardait partout et tout le monde. Il semblait même voir les gens, les fixer. Depuis il n’a pas arrêté de scruter le monde qui l’entoure. Je sais que cela ne veut rien dire, qu’il ne sera pas forcément plus vif qu’un autre, mais je trouve que c’est très agréable d'avoir l'impression d’être face à un individu à part entière tout de suite.

 

Je pourrais le contempler toute la journée sans jamais me lasser. Je pourrais passer des heures à le photographier, à immortaliser chaque instant qui passe trop vite, chaque expression, chaque mimique, il est si touchant. Il gesticule, semble vouloir me parler, il me sourit aussi parfois. Il grimace, me jette des regards noirs, puis s’endort, d’un coup, dans mes bras. Je pourrais le garder toute la journée blotti là dans mes bras, juste là, dans mon cou, à portée de baisers. Le couvrir de baisers, l’embrasser encore sur la joue, dans le cou. Il est doux.

 

Dès que je l’ai vu j’ai été sous le charme, et je l’ai aimé fort, tellement fort. Je m’étais jurée de ne pas souler les autres, mais finalement, cela fait un mois que je lui consacre ma vie alors forcément c'est compliqué de ne pas en parler. Une nouvelle petite personne à la maison, c’est beaucoup d’attention ; tout tourne autour, tout le temps. Il est si petit, il a tellement besoin des autres. Car mon petit pâté, il a beau hurler et se tortiller dans son lit, si personne ne vient le récupérer, il est un tout petit peu coincé.

 

Coincée, je le suis un peu aussi : je ne fais plus grand chose et c’est parfois difficile à accepter. Plus de cinéma, plus de théâtre, plus de concerts, plus de restaurants (pour l’instant), mais il suffit de le regarder pour être rassurée, pour savoir que ça vaut le coup de râter une séance, de prendre du retard, un retard que je ne pourrai jamais récupérer.

Il remplace tout ça haut la main.

J’ai un peu menti en fait, car un soir, j’ai réussi à m’échapper, à remonter sur mon scooter pour aller écouter Benjamin Biolay à la Cigale. Impossible de résister. Un grand moment ce concert, très fort, puissant et élégant.

Je ne fais donc plus grand chose, je l’aime, et ça me suffit. Ca me suffit aussi parce que je vois mes amis, ceux qui se déplacent, viennent jusqu’à moi. Quel plaisir de voir qu’ils sont toujours là, pas loin.

 

Pendant que je vous raconte ça, j’entends Cali chanter que « les bébés sont tous laids ». Que Cali vient-il faire par là me direz-vous ? Il se trouve que cette nuit mon ami Diastème a posté un joli billet dans lequel il parlait du dernier album de Cali. Il disait qu’il chantait lui aussi sur l’album, sur la dernière chanson, celle qui s'appelle Happy end. J’adore la voix de Diastème, sa façon de chanter, sa diction. Il devrait chanter plus souvent, et écrire de belles chansons, je sais qu’il fait ça très bien. Oui, ça aussi.

Du coup, j’ai écouté tout l’album, et au moment même où j’écrivais ce billet, mon si joli bébé dans les bras, j’ai entendu cette phrase : « les bébés sont tous laids ».

 

Et je me suis dit : « Ba non, pas celui-là. »

 

 

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 18:14

 chataignes.JPGDimanche j’ai testé la balade en forêt.

Une nouvelle fois, pour vérifier combien je n’aimais pas ça.

C’est de la faute de ma sœur aussi, qui dimanche, dès l’aube, m’a envoyé ce texto : Ca vous dit un truc en extérieur ? 

Un truc en extérieur, tout un programme. Je la voyais venir avec ses gros sabots. En général je suis partante pour les pique-niques, les séances bronzette mi-ombre mi-soleil avec un bon bouquin, mais ce n’est plus trop la saison.

Je lui ai dit de préciser sa pensée, mais je savais déjà qu’elle voulait aller gambader en forêt, ça faisait un moment que l’idée la tentait. J’ai bien dit l’idée, car je savais aussi que dans la pratique elle allait vite déchanter.

J’avais vu juste, elle me faisait bien le coup de la balade en forêt.

 

C’était un beau dimanche d’automne, le soleil brillait et l’extérieur m’appelait. Alors j’ai dit :

Pourquoi pas, sans réfléchir, comme ça. Puis dans un sursaut de lucidité, j’ai vite ajouté :

Mais dans une forêt où il y a des châtaignes alors. Autant rentabiliser. La promenade en forêt c’est chiant, mais si on rapporte quelque chose qui se mange, c’est déjà plus motivant…

Objectif châtaignes donc. Il y a aussi les champignons, c’est la saison, et poêlés ou dans des pâtes, c’est très bon, mais n'y connaissant rien, je risquerais de m’empoisonner.

Vers quinze heure, je m’étais mis en tête de reproduire la délicieuse confiture de châtaignes façon marrons glacés de la Chambre aux confitures, j’avais un sac dans en poche et me dirigeais vers la forêt de châtaigniers la plus proche.

 

Si jamais mes arguments vous donnent à vous aussi envie de vous lancer, n’oubliez jamais qu’une forêt proche de Paris un dimanche après-midi, ça ressemble énormément aux grands boulevards un samedi, avec des hordes de scouts en supplément : des gens partout, des poussettes, des enfants, des parkings aménagés ici et là, tous remplis.

 

Pour être tout à fait honnête, cette affaire commençait déjà à nous agacer. Ajoutez à cela le fait que nous venions d’entendre à la radio que le BHV était exceptionnellement ouvert, vous en déduirez notre état. Coincées là au milieu de rien alors que nous avions soudaiment tellement de choses à acheter au BHV…

Je caricature, bien sûr, mais pas complètement. La nature et moi, c’est compliqué. En dehors de tout ce qui touche de près ou de loin à l’air marin, j’ai un peu de mal. Le sable, le vent, les embruns, j’aime, j’adore, et ne m’en lasse jamais ; la verdure, les sous-bois, l’odeur d’humus, j’aime beaucoup moins.

Et puis dans une forêt, même quand il fait beau, il fait sombre. Les feuilles bouffent tout, le ciel, la lumière, il fait froid, c’est humide, on s’enfonce, on se perd, rien à voir, rien à faire. Prendre l’air et s’en aller.

Au bout de cinq grosses minutes, il a fallu se rendre à l’évidence, pour les châtaignes, c’était râpé. Trop tôt, trop tard, c’est comme vous voulez. Il n’y avait rien à ramasser, j’ai piétiné deux ou trois bogues, elles étaient vides ou garnies de châtaignes miniatures, si petites qu’il n’y en avait absolument rien à en tirer.

 

Nous avons alors décidé de marcher, de nous balader. Au bout de quinze minutes, la sentence est tombée :

En fait t’as raison, c’est chiant la forêt! On rentre, on va boire un godet ?

 

A l’instant précis où je termine ce billet, mon portable vibre. J’ai un message. C’est écrit :

Je viens de comprendre pourquoi tu n’aimais pas Lescop, ça parle de forêt.

Drôle de coïncidence.

 

PS : les belles châtaignes de la photo, je les ai ramassées…à Monoprix. Rien de mieux que Monop’ en fait, et puis on y trouve aussi des Carambars.

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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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