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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 12:31

lecon.jpgBelle leçon, propre, bien menée... Bien joué.

Il avait été précis, blessant juste comme il faut. Juste assez pour exacerber ma culpabilité. D’abord ironique soudain glacial, il me rendait la pareille…

Venant de n’importe qui d’autre, la remarque aurait coulé, doléance parmi les doléances, elle m’aurait à peine touchée. Il se trouve ma gorge s’est nouée, ridicule. Ma réaction, sans doute excessive, est peut-être simplement symptomatique, une conséquence de ce qu’implique l’écriture de blog.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître j’ai bien aimé que la situation se renverse, il m’en voulait, il me le disait, tout simplement. La sensation désagréable d’être remise en question, d’être accusée d’avoir blessé quelqu’un l’est d’autant plus quand on a beaucoup d’estime pour ce quelqu’un. Vraiment. Sincèrement. Profondément.

Il m’a fait réfléchir, peser le pour, peser le contre, et au terme de ma réflexion, je crois que le contre est plus lourd.

Tenir un blog s’avère un exercice périlleux d’autant plus lorsqu’il s’agit de ne blesser personne. Ne pas heurter les susceptibilités, ne pas trahir une confiance acquise avec le temps, ne pas dévoiler une intimité protégée, les contraintes sont infinies. Qu’a-t-on le droit de prendre aux autres, de leur voler ? Qu’a-t-on le droit de rendre public ? Qu’a-t-on le droit de dire sur les autres, de produire comme jugements ?

Quand on écrit un roman, la question se pose, mais différemment. On ne se prend pas la tête où si peu, le moment de se préoccuper du lecteur est loin, tellement loin. On a tendance à écrire les choses comme elles viennent, comme on les sent, on y reviendra plus tard, il sera toujours temps d’effectuer des coupes au moment de remettre son manuscrit à un premier lecteur. De recouper encore et ailleurs pour le suivant, et ainsi de suite… Jusqu’au jour où un éditeur accepte de vous lire ; à lui on lui remet tout, la version non censurée, la plus intime, on est impudique, on s’en fout, on a tellement peu de chance d’être publié. Et si par miracle c’était le cas, on aurait à nouveau du temps pour changer, supprimer ce qui dérange, ce qu’on n’assume mal ou pas du tout.

La matière romanesque est partout, elle nous entoure, nous baignons dedans, du coin de la rue jusqu’au moindre échange, notre entourage la porte en eux, sans le savoir. On retranscrit, donc, et puis après, on maquille, on trafique, on réinvente l’histoire. Cette cuisine, ce travestissement de la réalité, il se fait sur la durée.

Tout le contraire de l’écriture de blog qui se fait dans l’immédiateté. A peine écrit à peine posté. A peine relu bien souvent.

Dans une telle configuration, on ne peut rien dire, ou si peu. Il faut se méfier, rester sur ses gardes.

Ne pas dire du mal, plus jamais, de personne. C’est con de dire du mal, ça fait souffrir des gens. C’est con et inutile.

J’avais raison dès le départ de me méfier : c’est compliqué de tenir un blog. Il faut écrire, et pour réussir à écrire, il faut lâcher prise. Pourtant dans le même mouvement, il faut se censurer, tout le temps. Tenir ce grand écart, c’est fatiguant, ca tire sur les muscles jusqu’à la douleur.

Pour ne pas trop souffrir, il faut se protéger, il faut lire et relire, sans cesse, pour ne pas heurter, pour ne pas blesser, pour ne pas choquer.

En fait c’est chiant de tenir un blog, il faut écrire tout en ayant peur d’être lue.

Malgré le poids du contre, je vais continuer, allez savoir pourquoi…  

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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