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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 00:07

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Je suis dans le train, et pour une fois, la campagne n'est non pas grise et monotone mais somptueuse car enneigée. Le blanc de la neige recouvre tout ce qui n'est pas beau, unifie des paysages disparates et accidentés, les illumine et les rend plus doux.

C'est la reprise.

La mort dans l'âme j'ai du abandonner mon canard, ma grenouille, mon nain adoré. Je n'aurais pas imaginé une seule seconde que ça puisse être si difficile. Avant. Depuis le pas de la porte il m'a regardée l'air interdit : j'avais l'impression de partir à l'échafaud. Les yeux remplis de larmes j'ai roulé jusqu'à la gare. J'avais froid sur mon scooter, il pleuvait, neigeait, je ne sais pas trop, mais ce que je sais c'est que toutes les conditions étaient réunies pour faire de cette journée un affreux moment.

Et puis une fois installée dans le train, avec un café, de la musique, et ces paysages enneigés sous les yeux, j'ai à nouveau eu envie de pleurer, parce que c'était soudain beau, mélancolique et paisible.

J'ai regardé le paysage défiler un moment, j'ai pris quelques photos, j'ai posté un statut sans intérêt sur Facebook. Juste après je me suis demandé pourquoi j'avais fait ça. Sans doute parce que mon inconscient me soufflait que pour alléger mon malheur il fallait le partager... J'ai à nouveau regardé le paysage, j'ai pensé à lui en regardant quelques photos et en me disant qu'il était vraiment beau, que c'était mon amour, puis j'ai pensé à lui aussi qui, bienheureux, le gardait, et puis j'ai pensé à toi et j'ai eu envie de t'écrire pour prendre de tes nouvelles, encore une fois. Pour savoir comment tu allais pour de vrai, pour savoir sur quoi tu travaillais en ce moment, où en étaient tes projets. Pour savoir comment était ta vie en somme, que j'espère toujours plus belle et plus douce.

Et puis je me suis ravisée, je savais qu'un tel mail resterait sans réponse ou presque, alors je me suis dit à quoi bon.

J'ai à nouveau regardé la campagne défiler, en noir et blanc, en blanc surtout. J'ai encore trouvé ça beau, et excitant, comme quand j'étais gamine. Sur ce point je n'ai pas changé, la neige a toujours un petit effet euphorisant chez moi, je crois que c'est parce qu'elle a le pouvoir de perturber le quotidien, de rendre les habitudes différentes, imprévisibles, de transformer une expérience banale en quelque chose d'exceptionnel.

Et puis j'avais quand même des choses à te dire, alors j'ai décidé de les écrire, d'en faire un billet, en me disant que si toi ça ne t'intéressait pas, que si toi tu ne le lisais pas, que si toi tu ne te reconnaissais pas, ce texte divertirait peut-être les autres, ceux qui suivent ce blog.

Si je t'avais écrit ce mail, je t'aurais donc demandé de me parler un peu de toi, de me faire confiance, juste une fois. Je t'aurais surtout demandé qui j'étais pour toi. Ca fait un moment que j'ai envie de te la poser cette question. Je sais que dans les milieux que tu fréquentes on a des milliers d'amis qu'on embrasse à tout va, mais quand même. Je sais qu'on appelle amis tous ceux qu'on croise ou presque, ceux qu'on aime comme ceux dont on se fout. Jusque là j'ai eu la faiblesse de croire que je faisais partie des premiers, mais souvent je m'interroge. De plus en plus souvent.

Je me serais arrêtée là, je n'aurais sans doute pas développé davantage, inutile, puisque je savais par avance que tu ne répondrais pas, ou pas comme j'aurais aimé, pas suffisamment, pas sincèrement. Malgré tout je persiste à ne pas t'en vouloir, à respecter ce choix, ton choix. L´important c'est tu saches combien je tiens à toi, combien je m'inquiète pour toi, et que je suis là. En cas de besoin. Car au fond, c'est le principal non? Être là si nécessaire.

Mais c'est chiant de continuer à attendre des réponses tout en ayant bien compris qu'elles ne viendront jamais.

Si, j'aurais ajouté une ou deux lignes. Pour finir, je t'aurais sans doute raconté pourquoi depuis 3 mois je pense indirectement à toi chaque matin, tout ça à cause de quelque chose de très précis qui revient chaque jour.

 

 

Train du retour-nuit : c'est moins beau, nuit noire, rien à voir.

Tout s'est bien passé, rien à signaler. Hâte de rentrer, de retraverser la ville gelée et de l'embrasser.

 

 

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Published by vaporiserunemouche
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commentaires

carine 17/01/2013 19:23

Bonne reprise

vaporiserunemouche 18/01/2013 22:25


Merci!


françoise 16/01/2013 13:27

Vous avez bien fait de l'écrire, ce billet, c'est vrai qu'on aime toujours vous lire, notamment parce que vous associez très bien par l'écriture des sensations à des sentiments. Bon courage pour
cette blanche reprise.

vaporiserunemouche 16/01/2013 17:27


Merci beaucoup.


Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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