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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 18:29

Fille-Mere.jpgCest déjà fini. Mon premier festival d'Avignon...


Douloureux retour à Paris, passage laborieux du soleil à la pluie, de 37 à 17 degrés, sans transition aucune. Partie de là-bas dans une robe trop courte, jai fini la journée les jambes trop mouillées pour un mois d’été. Atterrissage brutal, envie de pleurer.


Jai aimé lambiance, jai aimé cette ville dédiée tout entière au spectacle vivant, jai aimé les spectacles que jai vus, certains m'ont bouleversée plus que dautres. Forcément.

J'ai aimé, et pourtant je reste mitigée. Des sensations ambigües et des impressions contradictoires sur ce fameux festival nont cessé de se succéder durant ces quelques jours : étonnant mélange de joie et de tristesse, dadmirable et de pathétique. Jai croisé des acteurs grossièrement déguisés, maladroitement maquillés, des beaux parleurs de pacotille et autres jongleurs désespérés ; jai vu trop daffiches affreuses, vulgaires, dépourvues d'élégance. Parmi la multitude dimages accrochées dans les rues, seules quelques unes seulement séduisent, attirent, donnent envie. Rares sont celles qui relèvent du Beau. Javais envie de beauté, et trop souvent la laideur ma écoeurée. 


J'ai aimé cette première soirée, une très belle entrée en matière, attendue et à la hauteur de mes espérances. Evidemment j'ai aimé Fille|Mère, cette superbe pièce écrite et mise en scène par Diastème. C'est au Chêne Noir, allez-y, c'est beau, intelligent, séduisant. C'est drôle et triste à la fois, pimpant et enthousiasmant, c'est émouvant, bouleversant, touchant. 

 Si le texte en lui-même est très fort, les comédiens le sont tout autant. Andréa Brusque est formidable, incroyable de sincérité dans sa manière de traduire la complexité des relations, plus largement la complexité de la vie qui n’épargne personne.

Et parce que cette histoire parle de la douleur, de la colère, de ceux qui souffrent, elle nous concerne tous. Elle met en lumière une relation mère-fille ambiguë, tiraillée par l’amour, tiraillée par la haine ; une relation qui étouffe, qui oppresse, une configuration familiale qui implique une sorte d’impossibilité de s’exprimer. Jusqu’à ce que…

 Il y a aussi cette belle interrogation, centrale, sur le sens du verbe aimer ; un très beau passage qu’il ne faudrait surtout pas oublier. « Manger, boire, dormir, ça c’est facile à expliquer ! Mais “aimer” ? “Aimer le cognac”, d’accord, mais “aimer quelqu’un” ? Ça veut dire quoi “aimer quelqu’un” ? »

Et oui, trois sujets possibles: l’amour, la mort, l’alcool…Forcément. 

 

J'ai aussi beaucoup aimé la pièce de Christophe Honoré, Nouveau roman, un spectacle passionnant, intelligent, documenté. Il sagit dune très belle création, riche, intéressante, bien construite. Rien à voir avec ce que j'ai pu lire dans Télérama.... Si j'étais Honoré, j'aurais très envie de l'agresser cette dame qui, soit n'a rien compris, soit fait du mauvais esprit. Je ne suis pas lui et pourtant, je me suis énervée toute seule en lisant ce papier, truffé de reproches injustifiés et tellement loin de ce que moi jai vu. Jai aimé, j'ai été absorbée, et nai pas vu passer ces 3h30 de représentations là.


Les 3h30 suivantes, celles consacrées au Maître et la Marguerite ont eu un peu plus de mal à passer : un beau spectacle, sans aucun doute, mais loin d’être exceptionnel contrairement à ce que jai pu lire un peu partout. La mise en scène se veut déjantée et excentrique, mais cest souvent pompeux, quant à laspect déjanté, ce n'est finalement quune posture.


Et puis Cherkaoui, oui. PUZ/ZLE. Un cadre fantastique, les carrières de Boulbon, un lieu magique, unique. Et puis ces corps qui se meuvent,  cette chorégraphie en communion avec le lieu, une vraie parenthèse dédiée à la beauté du mouvement. Jai aimé le jeu avec la pierre, véritable pièce du puzzle, le côté minéral des décors, sorte de mise en abyme du lieu de laction. Jai moins aimé la bande-son, tout particulièrement les polyphonies corses, omniprésentes et presque agaçantes. 


A ceux qui sont restés là-bas je souhaite une belle fin de festival, tout spécialement à toi cher ami, que ces deux semaines à venir te soient douces et pleines de succès...

A ceux qui passeront par là-bas les jours prochains je souhaite de belles surprises et des émotions fortes.

Et n’oubliez pas mes recommandations : Fille|Mère, Nouveau roman, Puz/zle. 

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Published by vaporiserunemouche
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Françoise 17/07/2012 19:39

Je suis allée voir Fille/mère sur vos conseils et je ne partage malheureusement pas votre enthousiasme, malgré de beaux moments, comme la jolie chanson mélancolique entonnée par Andrea Brusque sur
la table, avec l'éclairage qui en fait une jeune mater-dolorosa garçon manqué pleine de grâce... Je n'ai pas adhéré au pathos, que j'ai trouvé franchement lourdingue. Je suis pourtant fan de
Jean-Jacques Vanier, et j'ai trouvé le jeu des acteurs assez raffiné pour cette obligation qu'ils avaient d'être bourrés du début à la fin, ce qui était un défi pour eux.
Sinon, en revanche, je partage votre avis sur le spectacle de Christophe Honoré, qui m'a convaincue, et sur "Le Maître et Marguerite" qui m'a laissée assez froide... Mais j'essaierai de connaître
autre chose de Diastème avant de le juger trop définitivement...

Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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