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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 16:16

mickey-pola.jpgAlors comment dire… Ne pas y aller par quatre chemins. Avouer, en toute simplicité. Bon. Par quel bout commencer, comment amener la chose ?

Dimanche matin : finale de la Coupe du monde de rugby.

Et bien non, moi, que voulez-vous, j’ai choisi l’originalité, le truc fou dans toute sa splendeur, moi dimanche à 9h30, j’arrivais sur le parking de Disneyland, moi à 9h31, je me faisais recadrer par des hommes en jaune avec des oreilles de Mickey dans le dos parce que je ne passais pas au bon endroit. Oui, une minute à peine après mon arrivée, je marchais déjà en dehors des clous.

C’est dit.

Qu’est ce que je fichais à 9h30 un dimanche matin à Marne-la-Vallée, prête à pénétrer dans le monde merveilleux – ou pas – de Disney ? Encore un coup de ma curiosité insatiable et de mon ouverture d’esprit sans limite...

Après m’être tant gaussée de ces gens, ceux qui allaient à Disneyland, après avoir tant clamé que jamais au grand jamais je n’irai dans un endroit pareil, j’ai finalement baissé les armes et j’ai décidé d’aller voir à quoi ressemblait ce haut lieu d’enchantement, pour reprendre un terme cher à l’anthropologue Yves Winkin. Ce qui est injuste c’est que pour un anthropologue, un dimanche à Disneyland c’est de l’observation participante, alors que pour moi, c’est une grosse bouffonnerie que je suis dans l’obligation d’assumer comme telle.

Cela dit, la conférence d'Yves Winkin à laquelle j'avais assisté il y a maintenant quelques années m’avait interpellée. (Qu’est ce que je ne raconterais pas pour m’en sortir avec un semblant de dignité ou presque… )

Je me souviens qu’il parlait de Disneyland comme d’un endroit susceptible de produire une suspension volontaire de la crédulité, un lieu intentionnellement conçu et construit pour cette fonction. Il disait qu’il était impossible d’y aller seul sans risquer de casser l’illusion, et qu’au contraire il fallait tout faire pour maintenir la collusion, au sens goffmanien du terme.  C’est à dire que pour que cela fonctionne, une participation objective était nécessaire. Chaque jour des milliers de personnes s’engouffrent dans cette illusion ; et jour après jour, cette illusion se maintient. N’ayant jamais mis les pieds dans un tel endroit, n’ayant absolument pas envie d’y poser ne serait-ce qu’un seul doigt de pied, ce discours à base d’enchantement, d’illusion, de collusion, de suspension volontaire de la crédulité m’avait fascinée.

Il s’agit maintenant de débriefer, de faire un compte-rendu objectif, quitte à se décrédibiliser définitivement :

1.  Je me suis bien marrée.

2. Je trouve que je vois trouble aujourd’hui. Je m’interroge : mes yeux se seraient-ils décalés dans leur cavité ?

3. Je n’ai pas réussi à suspendre ma crédulité.

Donc oui, on a peur, on stresse beaucoup, on crie, on hurle des insanités quand, sanglée dans une espèce que chariot qui fonce dans le noir à très vive allure, on ne peut plus rien faire pour modifier le cours des choses.

On se demande ce qu’on fait là, on se dit qu’on est bien con, qu’on n’aimerait pas mourir là, on pense au chariot qui pourrait se décrocher, on se dit que ce serait une fin qui manquerait de panache, que ça doit être moche de finir en chair à saucisses sur les rails d’un grand huit de Marne-la-Vallée.

Mais malgré tout on rigole, on est avec ses amis, on dit plein de conneries, il fait beau, à l’horizon seul le château de la Belle au bois dormant attire le regard, il y a des pommes d’amour partout, il y a des gens bizarres partout, des gens en fait, il y a 45 minutes d’attente à faire pour 1 minutes 30 de descente, mais on ne s’en rend même pas compte puisque pendant ce temps là, on discute, on dit d'autres conneries, on cherche sur son Iphone le nombre d’accidents qu’il y a eu précédemment, le nombre de morts aussi, on frémit, et puis sans réfléchir, on monte dans l’engin qui vient de s’arrêter juste là.

Le reste du temps on se concentre, on se dit qu’il ne faut surtout pas prendre de recul, ce que je n’ai cessé de faire malgré un effort surhumain pour vivre l’expérience de l’intérieur. Surtout ne pas prendre de recul, ne pas plomber l’instant en y posant un regard extérieur lourd et accusateur. Car vu d’en haut, Disneyland reste un endroit effrayant, concentrationnaire, carcéral, policé, lénifiant. Ce lieu est une machine de guerre, reliée à une bouche de RER qui dégueule ses wagons de visiteurs sans discontinuer, reliée à un tapis roulant déversant les autres visiteurs, ceux qui se sont garés sur d’immenses parkings, des parkings qui s’étendent tellement loin qu’on se demande s’ils ont une fin.

Ne pas porter de regards condescendants sur ces gens qui portent toute sorte de choses sur la tête : partout des grosses dames avec des chapeaux Minnie, des hommes bizarres avec des chapeaux Pluto, des oreilles de Dingo, des grosses adolescentes disgracieuses avec des diadèmes de princesses, des enfants déguisés et surexcités, des enfants en pleurs fatigués, et puis des poussettes, des poussettes, des poussettes.

Le monde merveilleux de Mickey c’est aussi/surtout le cirque Barnum à ciel ouvert, il ne faut pas l’oublier.

Et puis il y a cette musique sucrée, abrutissante, qui ne s’arrête jamais, insupportable mais qu’il faut supporter pendant des heures. A Disneyland, la musique ne s’arrête jamais, le bruit des gens autour ne s’arrête pas non plus, là-bas le silence n’existe pas.

Mais hier soir, quand ahurie, épuisée, décomposée dans mon canapé j’ai regardé les photos que j’avais prises, j’ai ri, et j’ai bien été obligée de reconnaître que j’avais passé une bonne journée, originale et surprenante.

J’avais prévu d’écrire un billet sur l’entrée de Marguerite dans La Pléiade mais je me suis aperçue que Laurent Mauvignier l'avait déjà écrit ce papier, certainement mieux que je ne l’aurais fait, dans Le Monde des livres de vendredi.

Alors Disney...

 

 

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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