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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 10:31

l-envol.jpgVous avez sûrement remarqué cette magnifique publicité intitulée l’Envol, un spot publicitaire pour Air France d’une élégance folle. C’est un moment suspendu, au sens propre comme au figuré, qui vous arrache à la réalité et au temps, et qui traduit de manière très précise le ressenti qu’on peut avoir quand on regarde par le hublot, alors qu’on est en vol justement, alors qu’on chemine par delà les nuages.

Quand un train roule très vite, le voyageur court simplement plus vite que le paysage qui défile ; il a la sensation de glisser à travers la campagne, une campagne classique, parcourue en avance rapide.

Mais quand on regarde par un hublot en vol, on croit rêver parfois, et dans cet ailleurs blanc et cotonneux, l’absence de repère vide la tête.

Soudain, dans ce même décor blanc immaculé, un corps féminin vole et tournoie, léger.

Métaphore filée du décollage, de l’envol puis du vol, ce film est à mes yeux bien plus qu’un simple spot publicitaire, c’est une parenthèse poétique, empreinte de légèreté et d’onirisme.

Comme une évidence, la chorégraphie est signée Angelin Preljocaj.

Je n’ai pas oublié sa version de Blanche-Neige, ballet que j’ai eu le plaisir de voir à Versailles, encadré par le château et le parc, comme déposé sur bassin de Neptune.

Il y avait les danseurs du ballet Preljocaj, il y avait les costumes de Jean-Paul Gaultier, il y avait la musique de Gustave Mahler, il y avait le bassin de Neptune, transformé en scène.

Pendant plus de deux heures, plongée dans cet univers féérique contemporain, j’ai tout laissé de côté, mon attention s’est spontanément focalisée sur la beauté des corps en mouvement qui, tableau après tableau, évoluaient dans un espace élargi : les corps volaient, suspendus, tournoyaient, s’accrochaient les uns aux autres, s’attiraient en douceur pour mieux pouvoir se repousser, avec violence parfois.

En découvrant l’Envol, j’ai pu mesurer combien le Blanche-Neige de Preljocaj, somptueux et délicat, était ancré en moi. Les émotions, les sensations ont ressurgi très clairement lorsque j’ai découvert ce spot, au hasard d’un écran. J’ai tout de suite su que Preljocaj était derrière ce porté si envoutant : ce plan séquence porte sa marque, sa signature, la phrase est fine, l’enchainement est précis.

Quand on me parle de danse, je repense systématiquement à une belle histoire racontée dans un très beau texte par mon ami Diastème. C’est un billet, allez le lire sur son blog, dans lequel il explique d’où est partie son admiration pour la danse. Son point de vue m’intéresse car il est très différent du mien qui ait dansé pendant plus de dix ans. Pour moi aller voir un ballet, c’est faire remonter à la surface des souvenirs, des sensations, des regrets aussi parfois.

Je trouve son histoire particulièrement touchante, au point que je l’ai encore en tête. Son titre, aussi fort qu’énigmatique au premier abord, c’est « Les Hommes en jupe ».

Ce soir là, les hommes en jupe en question s’appelaient Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui.

Ce soir là, la poésie des corps virevoltant sur la scène du théâtre de la Ville a changé, définitivement je crois, la perception qu’un néophyte avait d’un art pourtant majeur.

« Au bout d’un quart d’heure de spectacle, je n’ai pas compris ce qui se passait en moi, j’étais fasciné, bouleversé, quelques minutes plus tard j’ai senti de l’eau sur mon visage, et j’ai pleuré sans discontinuer la dernière demi-heure du spectacle, moi qui ne pleure jamais au spectacle, moi qui n’aime pas les hommes en jupe. Aujourd’hui, quand on me demande quelle est la plus belle chose que j’ai vue sur une scène de ma vie, je réponds cette chose-là. […]Je sais maintenant mieux ce qu’est la danse, oui, ce qu’est la grâce. Bizarrement, depuis, les choses se sont inversées, je renâcle toujours un peu à l’idée d’aller au théâtre, au concert, il faut souvent que je me fasse prier, mais proposez-moi un spectacle de danse et je serai toujours partant. Même pour y voir des hommes en jupe.»

Diastème, En Beauté, 23 février 2011

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Published by vaporiserunemouche
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Carine 27/09/2011 17:08


De rien, c'est sincère. C'est troublant de voir des sujets auxquels je pensais quelques heures avant abordés par vous 2. Troublant, mais pas déplaisant, au contraire.
Maintenant, vous savez à qui appartient l'adresse IP qui vous lit.
Il m'a juste fallu du temps pour oser commenter.
Par contre, si sur "En beauté", mes guillemets vont dans le mauvais sens, ici c'est les mots qui disparaissent. Le "qui" a disparu et rend le "tournait" très douteux.
Bonne écriture!


Carine 27/09/2011 14:29


cette publicité m'hypnotise, m'a refait penser aussi au post de Diastème, qui décrit si bien ce que j'ai pensé, ressenti en voyant un seul homme en jupe tournait... j'ai encore des frissons qui me
parcourent en ce moment...
Merci pour votre blog, vos textes


vaporiserunemouche 27/09/2011 16:50



Merci



Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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