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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 11:06

Benjamin-Biolay-Chiara-Mastroianni-Jacno-Future-300x225.jpgHome, c’est comme cela qu’ils se font appeler maintenant.

Comme pour s’effacer, comme pour faire disparaître un passé commun devenu trop pesant, comme pour ignorer des souvenirs trop lourds à porter.

Se cacher derrière Home, c’est aussi faire disparaître leurs noms, des noms trop connus qui attirent nombre de médisances injustes et jalouses.

Dire Home, c’est aussi nier un couple, l’enterrer alors même qu’il n’existait plus, c’est éviter de faire sonner bruyamment une association de patronymes largement commentée.

Dire Home c’est aussi mobiliser le passé, lui rendre sa superbe, l’honorer.

 Home, c’était le titre d’un bel album, Home, c’est une évidence, deux belles personnes qui se sont trouvées, retrouvées.

Oui, l'autre soir sur la scène de la Cité de la musique, réunis pour rendre hommage à Jacno, ils étaient tout simplement beaux.

Quoi qu’elle fasse, elle a la grâce et elle me touche.

Quoi qu’il fasse, il a la grâce et il me touche.

Alors quand ils chantent ensemble, quand leurs voix se mêlent, ils me bouleversent encore davantage. Je les trouve élégants, voilà tout. Classieux pour reprendre le mot d’ordre de la soirée.

 Les revoir ainsi l’un à côté de l’autre me trouble, c’est émouvant. Je trouve même cela un peu triste en fait. C'est sans doute excessif mais ces deux là me font de la peine. 

 Sur la scène jeudi soir, j’ai vu deux personnes qui s’aiment et qui continuent d’avancer ensemble, malgré tout. Un regard et tout est dit.

Quand je les vois ensemble, je pense à ces gens qui se séparent.Et qui se retrouvent parfois l’espace d’un instant.

Je pense à l’émotion qui les parcourt quand ils se croisent, quand ils se frôlent au hasard d’une soirée. Des souvenirs, des sensations qui remontent si vite à la surface, l’impression de ne jamais s’être quittés.

Sur la scène jeudi soir, j’ai vu deux vieux amants, deux vieux amis, tour à tour. Ils se comprenaient d’un regard, c’était évident.

Mais il n’est pas toujours nécessaire d’être amants pour se comprendre.

C’est parfois aussi très émouvant de partager un instant avec un ami qu’on n’avait pas vu depuis un certain temps. C’est doux et joyeux, triste aussi car on ne partage plus le présent, seul le passé rassemble.

 Je sais de quoi je parle car curieusement, jeudi soir, devant cette même scène, assis tout à côté de moi, il y avait un ami, un ami très cher, que pour diverses raisons j’avais perdu de vue. Les hasards de la vie, on dit. C’est con cette expression, quand on laisse les gens s’échapper, quand on les laisse filer sans chercher à les rattraper, ce n’est pas le hasard qui se joue de vous, c’est une vulgaire négligence, c’est une grosse connerie.

Parfois même c’est réfléchi, à un moment donné, la prise de distance s’impose, devient nécessaire. Je crois qu’avec celui là, c’est ce qu’il s’est passé.

Dans ses yeux j’ai vu qu’il était ému de m’avoir là, en face de lui soudainement. Dans son regard brillait le passé, dans ses yeux j’ai aperçu des souvenirs qui m’ont émus, moi-aussi.

Fin du concert.

Trouver un bar, celui-là par exemple, en face, et s’installer.

Boire un verre, parler du présent, s’appliquer à ne pas évoquer le passé.

Et puis se rendre compte que Benjamin et Chiara sont un peu plus loin.

Ne pas les regarder, ne pas leur parler, ne pas les déranger.

 

 

 



 

 

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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