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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 18:16

apple-mail-icon1-pola.jpgAu petit matin, à l’heure où la vie reprend dans l’immeuble, quand les voisins du dessus recommencent à me piétiner, à faire claquer les talons de leurs chaussures que j'imagine dépourvues de toute beauté, et que l’eau des douches serpente dans les canalisations tout autour, je me suis précipitée sur mon ordinateur. Mal réveillée d’une nuit courte pour ne pas dire inexistante, j’aurais presque tout donné pour trouver dans ma boîte mail une réponse, pour lire systeme.victoria@free.fr dans la colonne expéditeur.

Rien, la valse des adresses sans intérêts se prolongeait indéfiniment, les mails se succédaient, nombreux, mais rien ne correspondait à ce que j’attendais comme une libération.

Après une journée abominable, passée à surveiller cette satanée boîte mail, une journée qui me ramenait quelques temps en arrière, à une époque où je m’étais jurée de ne plus jamais m’inculquer ce genre de supplice, une énorme colère m’envahissait. J’étais surtout blessée de m’être faite happée par cette funeste mascarade.

Attendre une réponse à un mail, aussi futile soit-il, me ravage toujours plus que de raison. L’attente ressentie une fois un message envoyé est pesante et peut me mettre dans des états déplorables, des états lamentables que je n’explique pas. Souvent, les messages que j’envoie n’appellent pas de retour : et pourtant j’attends. Je désespère, me morfonds, l’absence de réaction chez l’autre m’est insupportable. Désaveu profond, manque d’intérêt qui me déprime, le silence de l’autre se transforme en blessure, et  je ne cesse d'espérer quelques mots.

C’est sans fin, effectivement, cela mérite d’être soulevé. Mais c’est justement ce que j’aime l’absence de fin, et pour cette raison j'espère toujours une discussion qui se prolongerait, qui rebondirait, avec laquelle je vivrais, au quotidien. Masochiste je dois en fait l’aimer cette attente douloureuse; pire, il me semble que c’est dans la souffrance que je me sens exister.

Quand les réponses sont longues, belles, consistantes, inspirées, ma joie est intense, vraiment. Je peux me lever, sourire, éclater de rire, exécuter quelques pas de danse, sautiller, me rasseoir, relire, interpréter chaque mot, réfléchir sur les termes, me relever, tournoyer encore. Je jubile. On ne reçoit pas de si jolis mails tous les jours, je dirais même que c’est rare, mais cela arrive parfois, au détour d’une après-midi studieuse, quand après quelques heures de travail, au moment où vous estimez que vous avez suffisamment donné, que vous avez produit assez pour décompresser, au moment donc où vous retournez machinalement vérifier vos mails sans rien attendre en retour, il arrive que parfois, surprise, quelque chose de réjouissant vous attende.

Cela me redonne des forces, autant que l’air vivifiant du bord de mer. Mais la plupart du temps, soumise à une attente qui me mine, je m’assèche, me replie, triste.

En fin d’après-midi, après trop d’allers-retours frénétiques entre le désespoir et l’hystérie, l’homme élégant, plus si élégant que cela, n’avait toujours pas réagi. Etait-il mort, tout simplement ? Une bonne raison, radicale, pour expliquer sa disparition ainsi que son silence. Lui était-il arrivé quelque chose, une quelconque mésaventure? L’agacement se transformait en inquiétude, l’impatience se muait en crainte, lorsque soudain, j’ai pensé à vérifier ma boîte « courrier indésirable ». Après tout, qu'était-il de plus qu'un indésirable qui s’imposait dans ma vie?

Les indésirables ne manquaient pas, de Tousassur.com à davdpib@boulanger.fr en passant par carinecaulier@maigrirenfin.fr, la liste était longue. Soudain, entre photocite.fr et exponaute.com, systeme.victoria@free.fr brillait, clignotait, palpitait aussi vite que mon cœur qui paniquait au sens le plus strict du terme.

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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