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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 22:01
ecrire.jpgS’emparer de ces questions qui reviennent sans cesse. Ne pas les contourner, au contraire les saisir à bras le corps, et tenter d’y répondre en partie, même avec maladresse.
Dès lors qu'un texte est produit, quel que soit le texte, le lecteur ordinaire cherche inévitablement à savoir, il veut démêler le vrai du faux, essaie, indiscret, de pénétrer les traces d’une réalité qu’il croit omniprésente.
Le fait que de telles interrogations soient irrémédiablement ancrées dans les consciences, le fait qu’elles réapparaissent malgré les justifications, malgré les explications, nécessitent qu’on s’y arrête.
Ainsi, souvent, on m’interroge : ce que j’ai raconté, là, dans ce texte, est-ce vraiment arrivé ?
Que répondre à cela ?
Oui c’est arrivé, sans doute, peut-être, ou pas, je ne sais pas, ou alors ça arrivera. Ecrire est un jeu, c’est détourner le réel, se l’approprier, le fantasmer. C’est décaler le regard, en le posant ailleurs.
C’est se nourrir des situations qu’on a la chance de vivre, c’est réussir à digérer tout ce qu’on capte, c’est être à l’affût, éponger le réel pour mieux le réinventer. Car pour parvenir à sortir un texte, aussi mauvais soit-il, il faut se gaver de sensations, s’imprégner de lieux, se les approprier, et réussir s’en servir, plus tard, une fois loin.
Quand je regarde danser des gens sur une scène, quand j’observe leurs corps qui bougent, leurs silhouettes existent, et ce sont bien elles qui ressusciteront dans un personnage. Un jour.
Et alors je pourrai répondre que oui, ce personnage existe bien, quelque part, dans la réalité, alors que je ne saurai plus bien d'où il vient.  
Les identités fictionnelles se construisent à partir de rencontres, de connaissances. Et derrière ces gens qui existent mais qu’on modèle, malaxe jusqu’à ce ne plus les reconnaître, apparaissent les personnages.
Finalement ce n’est pas la capacité d’invention qui est importante, non, c’est la capacité à poser un regard décalé sur le monde, pour le voir autrement.
Mais il faut le voir vraiment, sinon, ça ne fonctionne pas, on n’y croit pas.
La fiction ne s’oppose pas au réel, elle s’en nourrit. Une fois qu’on a compris cela, la question du vrai, du faux ne se pose plus.
Deuxième question, tout aussi dérangeante que la première, pourquoi écrire ? A quoi bon?
Parce qu’on aime lire, et que lire donne envie d’écrire.
Plus précisément parce que lire certains auteurs donnent une envie irrépressible de s’y mettre à son tour.
Pour avoir tout à coup le pouvoir d’inventer sa réalité, de décider de ce qui va arriver, d'enchanter ce qu’on vit.
On dispose, on compose, on s’arrange, sans cesse, avec ce qui se passe, on s’empare de ce qui gêne, de ce qui pose problème, et on avance.
Ecrire pour survivre et ce malgré la douleur, très forte, car il n’y a rien de plus difficile.
Ecrire pour le plaisir enfin, pour la jouissance intense qui réussit quelques fois à dépasser la souffrance et faire qu’on y revient, toujours.

 

Parce que c’est nécessaire tout simplement, essentiel même je crois.

 

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Published by vaporiserunemouche
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commentaires

rosinda59 15/11/2011 21:00


je trouve ce texte particulièrement bien écrit et souvent vrai dans son ensemble. J'aime votre façon d'évoquer ce besoin vital d'écrire. Moi, je pense que c'est aussi une forme de thérapie soit
pour mettre en avant des faits réels ou non mais c'est décharger sur le papier, des sentiments, des faits, des traits d'humeur, le quotidien ou au contraire l'imprévu, l'extraordinaire qui n'arrive
souvent pas sauf à vous.... C'est aussi laisser cours à son imagination, et donner à l'autre, l'envie de poursuivre la lecture sans se lasser... Et lorsque le texte est terminé : penser - c'est
déjà fini... A quand son prochain articles ?
Félicitation
régine
et bienvenue sur mon blog si le coeur vous en dit :
http://rosinda59.over-blog.com


Laetitia 26/09/2011 12:07


donne*, pardon


Laetitia 24/09/2011 17:32


Ce sont exactement les mots que je cherchais aujourd'hui, merci pour ce texte qui me donnent envie d'en lire d'autres ici.


vaporiserunemouche 26/09/2011 10:20



Merci à vous.



Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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