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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 14:01

bulle-colloree-1-pola.jpgTurquoise, vert d’eau, rose, mauve, fluo, irisée, elle tournoie, hésite, part à gauche, vire à droite, monte soudain vers le ciel, puis disparaît. La suivante, plus grosse et plus régulière, termine sa course prématurément sur la feuille d’un lierre qui se tient là, maladroit, sur sa trajectoire.

Pendant ce temps là, il jubile. Pendant que les bulles volètent un peu partout sur la terrasse, ses petites mains s’agitent dans tous les sens, avec l’espoir de réussir enfin à saisir ces drôles de choses qui éclatent aussi vite qu’elles volent.

Mais on n’attrape pas une bulle de savon. Jamais. Elles sont insaisissables. Si on les touche elles éclatent, mais ça, on ne le sait pas quand, comme A., on a tout juste 8 mois. A. se focalise plutôt sur la dimension résolument magique de ces drôles de choses : elles apparaissent, flottent délicatement, puis disparaissent plus ou moins rapidement après leur apparition.

 

En ce moment je consacre environ une demie-heure par jour de mon temps aux bulles de savon. Des séances de 10 minutes sur le balcon, assez poétiques, qui nous ravissent autant lui que moi.

C’est vrai que c’est très très beau une bulle de savon. Quand on est enfant, on ne fait pas attention : on souffle trop fort, trop vite, pour faire le plus de bulles possible. On regarde la quantité, on ne s’attarde pas sur la qualité.

Or pour faire une jolie bulle de savon, il faut s’appliquer, croyez-moi. Je n’avais jamais pris la mesure de l’exercice jusqu’à ce que je voie sur son visage combien il était important de prendre son temps. Plus la bulle est grosse, plus elle l’impressionne. Quand elles sont petites et nombreuses, c’est certes plus joyeux mais ça reste moins admirable. Plus commun en somme.

Il y en a plus, mais elles sont moins belles.

Je crois qu’il préfère les plus difficiles à faire, celles qui demandent de la concentration et de la précision. Il faut souffler tout doucement, puis moduler son souffle progressivement pour que la bulle gonfle, gonfle, gonfle encore mais n’éclate pas.

Soudain elle se détache. Et s’envole. Parfois elle résiste longtemps, slalommant entre les gouttes de pluie. Pendant quelques secondes seulement nous la regardons ensemble, satisfaits. A peine a-t-elle disparu qu’il faut recommencer, s’atteler à la suivante, essayer de la faire plus grosse, plus belle, plus admirable encore.

J’aime faire des bulles de savon, c’est apaisant. J’aime regarder A. subjugué par ces jolies sphères qui lui échappent. J’aime le voir intrigué et ne pas comprendre d’où ça vient ni où ca va. Je crois qu’il n’a pas vraiment saisi que les toucher les faisait éclater, forcément.

Je crois qu’il pense qu’elles disparaissent comme par enchantement, et qu’il ne comprend pas bien pourquoi.

 

Après, quand on a fini, on regarde tomber la pluie.

C’est beau la pluie d’orage aussi.

 

 

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Published by vaporiserunemouche
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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes

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