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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 10:25
Changement d'adresse!

Le blog évolue et déménage à l'adresse suivante: vaporiserunemouche.fr

Merci de prendre en compte ce changement notamment dans la gestion de vos abonnements.

Bonne journée et à très vite pour de nouveaux billets sur vaporiserunemouche.fr!

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 22:42
Un Français. Le film.

Ca y est, je l’ai enfin vu.

Hier soir j’ai vu Un Français, le film de Diastème, ce film qui a fait réagir les uns et les autres avant sa sortie. Depuis aujourd’hui, Un Français est en salle, et la bonne nouvelle, c’est que nous allons enfin pouvoir parler non plus du fantasme du film, mais du film tel qu’il est en réalité.

Si l’exercice me semble délicat, si j’ai un peu peur de me lancer, c’est sans doute à cause de la complexité de l'objet. Ce film est complexe, car écrit tout en finesse, en délicatesse. Et plus une œuvre est raffinée, plus elle est élaborée, plus la peur de trahir l’auteur glace le commentateur.

Tellement de choses fausses, maladroites, réductrices ont été dites ou écrites ces derniers jours que j’ai peur, à mon tour, de tomber dans l’écueil de la simplification. Or il me semble que la simplification fait du mal à la création. En simplifiant, on réduit, on ampute, forcément.

Le film que j’ai vu hier soir m’a émue, m’a bousculée, m’a mise mal à l’aise, m’a éblouie aussi. J’en ai pris plein les yeux et plein le cœur. Je l’ai trouvé subtil, tout en retenue, en suggestion, laissant une belle place à l’interprétation.

Pour faire court, c’est un film qui expose une tranche de vie, celle d’un homme dont les certitudes se trouvent ébranlées par des choix, des rencontres, par la vie. C’est l’histoire d’un parcours, particulier et commun à la fois. Tour à tour médusés ou attendris, nous accompagnons pendant trente ans les errances et questionnements du personnage. Alors bien sûr il y a des ellipses, mais elles aussi laissent la place, plutôt intelligemment, à la réflexion du spectateur. Si les critiques que j’ai pu lire sont contrastées, c’est peut-être à cause de cette autonomie laissée au spectateur, chacun étant libre de faire sa propre lecture des événements présentés.

Bien sûr les moments forts de la vie de Marco sont privilégiés, puisqu’il s’agit plus particulièrement de donner à voir des étapes clés, celles qui le font évoluer, grandir, celles pendant lesquelles les lignes se déplacent.

Ce personnage est un équilibriste qui, longtemps sur le fil, finit par choisir de laisser derrière lui son côté sombre pour laisser entrer la lumière et la paix. S'il franchit la frontière, il ne renie ni n’oublie ce qu’il a été. Il y a d’ailleurs chez Marco la volonté ambiguë de conserver les traces du passé, parce qu’il assume ce qu’il a été, parce que ce moment de sa vie fait partie de lui, de son histoire. Indéfectiblement.

Certes le film est violent au début, c’est indéniable. Mais il fallait poser le contexte, montrer les choses froidement, pour que le spectateur dispose des éléments nécessaires à la construction d'un point de vue. Très vite la violence laisse la place à un certain apaisement, à une douceur même ; progressivement l’atmosphère s’éclaircit. Car Diastème est un poète, il sait mettre le doigt sur la profondeur et la beauté des choses laides, tout comme il sait faire surgir les sentiments enfouis de celui qui se cherche.

La force du film est de réussir à dire en montrant, par un regard, une expression, une configuration, une situation. Je crois que l’essentiel passe par l’interstice, par les non-dits, par la suggestion plus que par l’action. C’est cette finesse que j’ai appréciée. Et puis il y a de vrais partis prix de réalisation, une esthétique réussie, des choix de mise en scène percutants, comme la présence de Marco à l’écran. Il remplit l’espace, la surface. Le spectateur se retrouve alors en immersion, sans cesse confronté au corps, ce corps symboliquement signifiant.

Si tous les acteurs sont brillants et incarnent pleinement leurs personnages, la performance d’Alban Lenoir, magistrale, mérite qu’on y arrête plus particulièrement. Cet homme passe de la brutalité à la douceur avec une aisance impressionnante, il interprète la bêtise et la réflexion avec autant de justesse. C’est un acteur tout en mesure, qui se maintient toujours très loin de la caricature. Son physique est malléable, et tel un héros protéiforme, il se plie aux exigences du scénario avec une évidence désarmante. Il fait exister Marco tout simplement.

Hier soir Diastème a introduit son film en disant qu’il en était fier.

Il y a de quoi.

Moi je suis fière de lui, et j’espère ne pas avoir trahi son geste en écrivant ce texte.

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 10:48
Un Français

Hier soir j’ai lu ce billet : http://www.diasteme.net/2015/05/25/un-francais-4/

Triste non ?

Je ne vois pas bien quoi faire pour aider mon ami.

Il me semble important d’attirer l’attention sur le problème. Résumons.

Diastème a réalisé un film. Je ne vous parlerai pas du film ici, pas maintenant, pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas encore vu.

Mais j’en sais suffisamment pour défendre sa diffusion. J’ai lu le scénario, j’ai assisté au tournage d’une scène, et je connais le réalisateur. Je connais sa sincérité, son honnêteté, je mesure l’énergie qu’il a mis dans ce projet, je connais la qualité de tout ce qu’il fait, sa délicatesse, la profondeur de son regard artistique.

Comme j’ai pu, j’ai suivi. J'ai suivi la réalisation de ce film de l'écriture à sa finalisation. De loin en loin je l’ai vu stressé, fatigué, content, heureux, fier aussi. Jusqu'à hier soir où je l'ai senti abattu.

Comme vous avez pu le lire dans son texte, les exploitants refusent massivement de diffuser son film. Ils ont peur. Peur de quoi ? J’ai fait lire le texte écrit par Diastème sur son blog à des personnes extérieures, et j’ai remarqué que tout le monde ne comprenait pas bien de quoi avaient peur ces gens. Alors soyons clairs : non, ces gens n’ont pas peur de ne pas faire d’entrées, ils n’ont pas peur d’essuyer un échec commercial. Non. Ils ont simplement peur de soutenir un éventuel message politique, et du coup ils ont peur des représailles.

Et moi je trouve ça triste que les menaces d’une poignée de fachos fassent reculer des exploitants de salle. Et je pense qu’ils font une grosse erreur en cédant à la peur.

N’oublions pas l’essentiel. Ce film est une fiction, c’est du cinéma. Certes ce film apporte un éclairage historique et politique intéressant, important dans le contexte actuel, mais il raconte avant tout une histoire.

Il est donc important que les journalistes relaient cette histoire, il est important que les gens influents en parlent autour d’eux. Pas forcément du film, non, je ne vous demande pas de faire la promotion d’un film que vous n’avez pas vu, mais de ce malaise qui s’installe en amont de sa sortie.

Les choses doivent changer d’ici le 10 juin, date de sortie du film en salle.

Alors après, bien sûr qu’il faudra aller le voir ce film, pour se faire une idée, bonne ou mauvaise, pour se forger sa propre opinion, pour comprendre les enjeux et conséquences du sujet traité.

Vous aurez le droit d’aimer, de ne pas aimer, là n’est pas la question. Quand la critique est constructive, elle est toujours pertinente. Pour le moment il n’est pas encore question de critique, non, c’est trop tôt.

La question du moment est celle de la censure, cette censure insidieuse, dictée par la peur, qui risque de condamner un film avant même qu’il ne puisse aller à la rencontre de son public.

Faites circuler ce billet, faites circuler celui de Diastème, faites que cela se sache, faites bouger les lignes, et ne laissez pas gagner la haine.

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 20:52
Aimer les châteaux de sable, indéfectiblement

Lundi après-midi il faisait très beau, et pourtant, je suis allée m’enfermer dans l’obscurité et la fraîcheur d’une salle de cinéma. Pour mon plus grand bonheur.

C’est donc par un beau jour de printemps, lent et doux comme le sont les jours fériés, que j’ai eu la chance de découvrir enfin Les Châteaux de sable, le très beau film d’Olivier Jahan.

Alors que j’attendais devant le Gaumont Opéra, impatiente, je me rendais compte que mes attentes concernant ce film étaient considérables. J’avais suivi de loin les différentes étapes sur la page Facebook dédiée à Ker salloux finalement devenu Les Châteaux de sable, titre que j’ai tout de suite trouvé formidable. J’avais vu des images, des photos de tournages toutes plus belles les unes que les autres, j’avais regardé la bande-annonce, qui remplissait bien son rôle et m’avait donné envie.

Et puis bien sûr, pour ne pas dire surtout, je savais que mon ami Diastème avait co-écrit le scénario. Il se trouve que tout ce qu’écrit Diastème est sublime –et non je ne dis pas ça parce que c'est mon ami–, il y avait donc de grandes chances pour que ce film le soit aussi.

Et enfin la Bretagne. Ses paysages, ses lumières, et la mer qui me manque tant. Lundi j’ai entendu le bruit des vagues, le bruit de la mer qui roule sur les galets, très différent de celui des vagues qui éclatent sur les rochers assérés.

J’ai aussi été bousculée, peut-être même bouleversée, par cette histoire dramatique et touchante, j’ai été emportée par ce couple, cinématographique. Il faut reconnaître qu’Emma de Caunes et Yannick Rénier sont beaux, séduisants, admirables. J’ai moi aussi pensé que « ces deux là n’auraient jamais du se séparer ».

Je n’oublierai pas ces châteaux de sable, jamais, je n’oublierai pas l’ambiance, changeante, parfois pesante, tendue, électrique, soudain joyeuse, légère, détendue, comme la vie en somme.

Le temps d’un week-end, Eléonore et Samuel sont devenus des funambules, ils ont pris des risques, même le plus dangereux, celui de se fracasser sur le sol à tout moment. J’ai eu peur pour eux, peur qu’ils basculent, j’ai espéré que les tensions s’apaisent, viscéralement, ils avaient tellement besoin l’un de l’autre.

Si tout au long du film le souvenir et le temps qui passe semblent hanter les personnages, ils les rassurent également. Et ce n’est pas pour rien que la photographie tient une place centrale dans l’histoire : le père photographiait, la fille a pris le relai, et si toutes ces photos ponctuent joliment le film, c’est parce qu’il s’agit de véritables traits d’union intergénérationnels, de traces du passé dans le présent, du présent dans le futur. Tous ces choix formels judicieux, cette esthétique du souvenir subtilement mise en scène, ajoutent une touche d’originalité au film et servent le propos avec une grande délicatesse.

Lundi j’ai vu un film troublant de sincérité dans sa brutalité, d’une puissance romanesque folle, un film mélancolique mais optimiste malgré tout. Et derrière la performance d’équilibristes amoureux, j’ai aimé être confrontée à ces questions essentielles, celles du deuil, de l’héritage, de la transmission, du vide, le vide laissé par l’absent, quelque soit le motif de l’absence.

Parce que ces questions nous concernent tous, allez-y. Urgemment. Allez-y aussi parce qu’il y a « indéfectiblement » dedans.

Et « rondade ». Je crois que c’est rare un film avec « indéfectiblement » et « rondade » dedans.

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 18:36
La Gaieté

Jeudi j’ai reçu un mail, un mail qui a eu un effet improbable.

C’est surtout une petite phrase anodine écrite à la fin du mail, une phrase de rien du tout, écrite par automatisme par quelqu’un qui s’en fout, qui est à l’origine du malaise passager que j’ai ressenti.

Une fois de plus j’ai eu l’impression de ne pas être au bon endroit, de ne pas être à la place où j’aurais aimé être. Une fois de plus j’ai eu envie de tout envoyer valser, de faire autre chose, de ne pas continuer.

« J’espère que toi ta vie va bien, que tu es heureuse. »

J’ai lu cette phrase, l’ai relue, puis me suis arrêtée, comme bloquée. Je le sais pourtant qu’il ne faut pas, que c’est mauvais de prendre du recul, qu’il faut rester la tête dans le guidon, que c’est important car sinon tout se met à tourner autour de moi, que dans ces cas là, j’ai le vertige suivi d’une incontrôlable envie de pleurer.

Comme une idiote, au lieu de répondre sans réfléchir, Oui tout va bien merci, j’ai pris le temps. Je marchais dans la rue quand j’ai lu ce mail, il y avait du soleil, j’allais acheter un cadeau pour une amie, je n’avais pas vraiment d’idée et je ne savais pas trop où aller.

Cette phrase profondément sympathique venait conclure un message heureux, rempli de belles histoires, de choses réjouissantes, un message vraiment joyeux qui fait chaud au cœur. A la lecture de toutes ces bonnes nouvelles, moi aussi j’ai été heureuse, évidemment, c’est bien naturel de se réjouir du bonheur des gens qu’on aime. Mais je dois avouer que très vite l’euphorie empathique est retombée, comme ça, d’un coup, à cause de cette satanée phrase.

« Heureuse » ? Je ne sais pas en fait. Qu’est ce que ça veut dire « être heureux » ? J’ai tout de suite pensé à La Gaieté, le dernier roman de Justine Lévy, que je suis en train de lire. Elle écrit : « ça ne veut rien dire être heureux, est-ce qu’on a déjà vu quelqu’un être heureux plus d’un quart d’heure ? » Pour contrer cela elle propose « la gaieté qu’on décide, la gaieté comme une résolution ». Une solution.

Et puis au fond, ce mail, il m’a aussi renvoyée à mon quotidien, à ma propre vie. C’est un peu comme si on m’avait interrogée, comme si on m’avait demandé Et toi, t’en es où ? Tu fais quoi de réjouissant en ce moment ?

C'est dans ce contexte là que le ciel s’est assombri. Je n’avais plus du tout envie de chercher un cadeau, ni d’entrer dans les magasins. Cette quête m’est devenue impossible, j’avais presque honte de perdre mon temps avec des préoccupations aussi futiles.

Et puis j’ai déjeuné au soleil avec l’amie en question. C’était son anniversaire, je n’avais pas de cadeau, je lui en ai rapidement expliqué la raison. Nous avons parlé longuement, des hauts, des bas, des difficultés rencontrées par chacun à des moments donnés, des bricolages que nous faisions sans cesse pour nous rendre la vie plus belle. J’ai repensé à la gaieté, tout ça.

Juste à côté, il y avait une fille moche et à claquer qui se trouvait sans doute très belle, une actrice insupportable qui parlait trop fort, qui voulait absolument qu’on la regarde et qu’on entende ce qu’elle disait. J’ai fini par tourner la tête, agacée, je l’ai foudroyée du regard, un regard qui voulait dire un peu de silence nous ferait beaucoup de bien, merci. Je n’avais jamais vu son visage nulle part mais dans son discours, on aurait pu croire qu’elle était aussi célèbre que Catherine Deneuve. Elle parlait vite, balisait son discours de mots-clés sur lesquels elle insistait tout spécialement, « agent », « tournage », « New-York », « projo », ça partait dans tous les sens, il a même été question de Chiara Mastroianni « qui ne faisait pas grand chose de bien depuis un certain temps ». Elle était insupportable, vraiment. En face d’elle un pauvre type buvait ses paroles, acquiesçait à tout ce qu’elle avançait, semblait d’accord avec la plupart des conneries débitées, semblait charmé par ses yeux globuleux, ses minauderies, ses péripéties.

Et au milieu de tout ça, mon amie m’a parlé de choses qui n’allait pas très bien dans sa vie. Ses soucis semblaient plus délicats à gérer que les miens, son bonheur semblait précaire, vraiment.

Alors pour répondre simplement à la question de départ, je dirais que oui, ma vie va bien, que je ne sais pas si je suis heureuse, que mon bonheur est perfectible et que j’y travaille d’arrache-pied.

Je suis rentrée et je me suis plantée devant mon ordinateur. Il fallait que je finisse ce que j’avais entamé, en urgence. Le printemps arrive, il faut se dépêcher. Il faudrait que je reste installée là au moins jusqu’à ce que la nuit tombe, ce serait bien, les jours ont rallongé. Je m’en suis aperçue hier soir, en allant au parc avec mon fils après la crèche. Il jubilait : « On va au parc ? Ce n’est pas fermé ? - Non ce n’est pas fermé mon cœur, nous sommes au mois de mars, et le parc ferme maintenant à 19H. » Il ne sait pas ce que 19h signifie, il est encore tout petit. Et si grand pourtant.

Je voudrais rester là et travailler, ne plus bouger, avancer, produire, avoir du résultat quantifiable, des pages et des pages. Mais j’entends déjà le tout petit qui dormait se réveiller. Il va falloir le changer, il va vouloir manger, je ne lui ai rien préparé. Je vais finalement être obligée d'arrêter et de remettre mon travail à plus tard. Comme toujours en fait. Je remets trop de choses à plus tard, rien n’avance comme je le souhaite et quand je regarde les autres, ceux qui travaillent comme des fous, je leur en veux d’être si productifs, d’arriver à faire autant.

Il m’appelle encore plus fort. Je dois y aller. Dès que j’aurai fermé ce fichier, dès que je plongerai mon regard dans le sien, que je le couvrirai de baisers, qu’il posera sa petite main sur ma joue, ça ira mieux.

Jusqu’à la prochaine fois.

Peut-on vivre comme ça ? Avec des envies non assouvies, des projets qui ne se concrétisent jamais ?

Je ne sais pas.

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 15:53
Rose et Paul, la suite

Il y a un peu plus de trois ans déjà - c’est fou, le temps, tout ça - je commençais sur ce blog une fiction.

Semaine après semaine, j’ai publié des épisodes à un rythme irrégulier, celui de l’écriture. Je ne savais pas bien où j’allais, mais l’histoire avançait et mes lecteurs, fidèles, m’encourageaient.

Et puis j’ai laissé tomber, prise par d’autres exercices d’écriture divers et variés, tout en gardant dans un coin de ma tête mes personnages, Rose et Paul. Même si nous nous étions un peu perdus de vue eux et moi, j’ai été très heureuse de les retrouver et de continuer à les faire évoluer.

Demain j’aurai donc le plaisir de mettre en ligne un nouvel épisode, qui aura vocation d’être, je l’espère, le début de la fin.

(Pour ceux qui sont un peu perdus, ce feuilleton débute au billet intitulé Mise en abyme (1) daté du 5 septembre 2011, et se termine provisoirement au billet Le Bain (16) daté du 11 février 2013. Les épisodes intermédiaires sont repérables aux billets du blog dont le titre porte un numéro entre parenthèses. Vous avez un peu de temps pour remettre les pendules à l’heure, rattraper le temps perdu, ou vous rafraîchir la mémoire.)

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 16:11
Meilleurs voeux

Il reste une semaine pour souhaiter de belles choses à tous ceux qu’on aime.

Cette année je ne me suis pas précipitée, je n’ai pas envoyé mes vœux tout de suite, comme d’habitude.

J’ai décidé de jouer à un jeu dangereux : ne pas me manifester la première, laisser le temps aux autres de réagir, de faire plaisir. J’étais aussi curieuse de voir ce qui arriverait si je ne faisais rien.

Alors j’ai attendu. J’ai attendu les vœux des autres, pour ne plus être simplement celle à qui on répond.

Donc non, je n’ai pas saturé le réseau en envoyant des dizaines de textos à mes contacts le 31 décembre à minuit pile, j’ai simplement profité de ceux qui étaient avec moi à ce moment là.

Non je n’ai pas envoyé de messages de lendemain, ni les jours qui ont suivi.

Non en ce tout début du mois de janvier je n’ai pas souhaité une bonne année à ceux qui étaient loin de moi, à ceux que je ne croisais pas. Je comptais le faire plus tard, laisser un peu filer le temps, histoire de voir.

J’ai vu. Peu à peu, quelques bons vœux sont arrivés, mais globalement je me rends compte que beaucoup ne prennent pas le temps.

Et puis l’actualité, tragique, s’est imposée. Il est devenu compliqué de souhaiter une bonne année compte tenu de ce qui venait de se passer. Il devenait compliqué de rester léger et optimiste, à l’aube d’une année qui débutait très mal, pour nous tous.

Malgré cela, dans les semaines qui ont suivi, j’ai finalement envoyé mes vœux à quelques personnes qui me sont chères en me disant que ce petit jeu était un peu (voire très) con. Si je pensais à mes amis, si j’avais envie de leur envoyer un peu d’attention, si j’avais envie de leur souhaiter de jolies choses, il fallait le faire. C’était important.

Les choses ont repris leur cours normal : j’ai écrit, ils m’ont répondu.

Il y a une personne, une seule, pour laquelle j’ai tenu bon, et je n’en suis pas fière car cela m’a surtout attristée. Triste d’en être rendue là. Forcément. Triste de voir que les choses ne changeraient pas, ne pouvaient pas changer, plus maintenant, resteraient bloquées comme ça. Mais c’était important.

Comme à chaque fois, ça m’a fait mal. Un petit peu mal, de manière diffuse, car il n’y a rien de dramatique, il n’y a que de la tristesse et de la déception. Et puis au fond de moi j’espérais, mais je savais très bien que rien de viendrait.

J’ai pensé à lui tout de suite, à minuit, et puis le lendemain, et les jours d’après, et ceux encore après. Tout au fond de moi, je me suis que peut-être, pour une fois, une seule petite fois, il allait penser à moi, et m’envoyer deux mots, rien que deux : « bonne » et « année », ou alors « meilleurs » et « vœux ». Je sais bien maintenant que contrairement à ce qu’on pourrait penser, écrire des tartines, ce n’est pas son fort. Je le sais ça, je me suis fait une raison. Alors je n’attendais que deux mots, quelque chose de simple à faire, rapide, que même une personne très occupée trouve le temps de faire. Encore faut-il y penser. Faut-il le vouloir.

Je suis triste, c’est un fait, mais j’espère surtout qu’il va bien. Sincèrement et comme toujours, je lui souhaite le meilleur, mais cette année c’est décidé, j’arrête. J’arrête de prendre des nouvelles de ceux qui ne veulent pas en donner, j’arrête de me soucier de ceux qui ne se soucient pas de moi, oui j’arrête.

De belles résolutions, qui comme toutes les résolutions…

…alors je t’embrasse et te souhaite une bien belle année!

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 22:17
VENUS, I'm not like everybody else

De cette exposition Laurent Chalumeau écrit qu’il s’agit de « femmes nues que seule leur rousseur habille et que leur blancheur défend. » Jolie formule qui fait mouche, qui claque, comme ces clichés qu’on ne se lasse pas de contempler.

Elles s’appellent Sophie, Florestine, Maud, Louna, ou Céline, et avant même que je pose les yeux sur elles, ce sont elles qui me regardent.

Avec aplomb.

Elles me fixent et semblent me dire qu’elles assument tout, leur nudité, leur peau laiteuse, leurs chevelures et toisons chatoyantes. Elles sont fières d’être là, de montrer leurs corps, de s’exposer, d’être exposées.

Ce qui frappe dans cette série de photographies, c’est que derrière une unité apparente, tout n’est que diversité et contraste : blanc versus noir, rondeur versus minceur, pudeur versus exhibition. On voit la peau, on voit les corps, les muscles, les os aussi parfois.

Si cette collection de femmes nues fonctionne comme un tout, l’hétérogène travaille l’homogène, et les individualités trouvent un espace pour s’affirmer et s’accomplir dans l’interstice.

Carole et Ariane sont enceintes. Elles portent toutes les deux un ventre rond, le supportent chacune à leur manière. Cette exposition, c’est aussi l'émergence d’une multitude de manières d’être, une multitude de manières de vivre la mise en scène, le rapport à l’objectif, au photographe. Si le fond est toujours le même, noir, si le cadre est similaire, carré, les personnalités s’affirment avec intensité dans l’uniformité de ce décor.

Une évidence s’impose alors : de la nudité surgit la personnalité. Même nues, même rousses, ces femmes ont toutes une allure différente. Un regard, une posture, une façon de poser, une coiffure, un accessoire qui apparaît, un rien qui habille. Nues, rousses, laiteuses, mais uniques.

Dans cette profusion de signes, le spectateur ne sait plus où donner de la tête, chaque détail fait sens. Je remarque Céline, le modèle choisi pour illustrer la couverture du catalogue. Céline s’anime, elle semble en mouvement, ondule, finit par faire oublier la dimension statique de la photographie pour laisser place au souffle du vent dans ses cheveux. J’aime le mouvement de sa silhouette, on dirait qu’elle remue. « Photos qui bougent encore » dirait Diastème.

Nues, ces femmes sont libres, et pourtant elles sont contraintes par le cadre, cette boîte noire qui les subliment et les enferment à la fois. Là encore c’est le contraste qui structure le discours puisque l’espace fermé valorise un corps sans entrave, presque revenu à l’état de nature.

Ces femmes blanches sur fond noir, éclairées par leur rousseur, je les regarde une dernière fois, et tandis qu’elles continuent de me fixer, c’est moi qui finit par détourner le regard, admirative.

VENUS, I’m not like everybody else

Richard Schroeder

du 8 novembre au 27 décembre 2014

Galerie Sit Down, Paris

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 21:47
L'Amour et les forêts

Je referme à l’instant L’Amour et les forêts, le dernier roman d’Eric Reinhardt, à paraître la semaine prochaine. J’ai tout de suite été frappée par la beauté du titre, et attirée par la promesse à la fois poétique et dramatique qu’il proposait. Un titre mystérieux pour une histoire dont je ne connaissais presque rien, si ce n’est la présence d’une figure féminine centrale, professeur de français dans un lycée de banlieue. Il se trouve que je connais un peu l’enseignante qui a inspiré l’auteur, et que je l’avoue, ma curiosité a été piquée par cette proximité.

J’ai donc eu, au tout début de ma lecture, une grande difficulté à me détacher de cette réalité, qui je l’avoue, a parasité ma lecture des prémices de l’histoire, de cette partie introductive lors de laquelle un auteur prénommé Eric Reinhardt raconte sa rencontre avec une certaine Bénédicte Ombredanne, femme qui s’imposera rapidement comme l’héroïne protéiforme du roman. Et puis tout s’est emballé, mes références relatives au réel ont été fracassées par une matière romanesque en fusion, et happée par la narration, j’ai abandonné l’idée de lever le voile sur la part de réalité. Le réel se glisse partout à la fois, dans cette peinture d’une classe moyenne en perdition, dans le huis clos étouffant qui se joue secrètement entre les quatre murs d’un pavillon de province, dans la douleur sans limite de cette femme, dans sa fin abjecte et sordide.

Cette réflexion sur l’écriture romanesque, sur l’ancrage de la fiction dans le réel, est d’ailleurs une dimension récurrente dans le travail d’Eric Reinhardt. D’ouvrage en ouvrage, l’auteur s‘applique à décrire la banalité du réel puis à s’en détacher pour mieux le réinventer, s’attachant à faire émerger la charge poétique de situations dramatiques. Page après page, le travail de l’auteur se trouve mis en exergue : l’écrivain se livre à une mise en abîme de la figure du créateur, et le métadiscours sur l’art et la difficulté d’écrire conserve une place importante dans le roman, tout comme la relation qu'entretient l’écrivain avec ses lecteurs.

J’ai donc rapidement réussi à lâcher prise et à me laisser porter par l’intrigue, subjuguée par une écriture subtile qui prend la forme de ce qu’elle sert, à savoir la mise en scène de la vie d’une femme pleine d’idéaux et d’utopies, rebelle jusque dans la soumission, maltraitée par la vie, empêchée d’exister, contrainte à un renoncement éternel qu’elle s’est résolue à accepter.

Malgré elle.

Malgré lui, son amant d’un jour.

Malgré eux, son mari, ses enfants, ses amis, sa famille.

L’énergie mise en œuvre par cette femme pour sauver la face est également une dimension centrale du roman. Trop souvent Bénédicte Ombredanne consacre l’énergie qu’il lui reste, celle qui n’a pas encore été aspirée par la dynamique destructrice de son couple, à donner le change et à faire comme si rien n’entravait sa liberté. Le souci de ne rien laisser transparaître semble le moteur de sa perte, l’ultime caractéristique qui la précipitera dans le gouffre. Une fois dépassées les apparences trompeuses, il n’y a plus de place pour le banal dans la vie de cette femme extraordinairement commune. Même une relation extra-conjugale pressentie comme salvatrice s’avère finalement dévastatrice et annonce le glissement progressif du désespoir vers une mort inexorable.

A travers cette réflexion sur le couple comme espace non pas d’épanouissement mais d’enfermement, à travers ce culte du secret de l’intime, c’est aussi la difficulté d’identifier une personne en souffrance, en danger, et de l’aider, de la sauver que réussit à décrire Eric Reinhardt, et ce avec finesse et justesse. Il n’est en aucun cas ici question de réenchanter la réalité mais bien de traduire le désenchantement produit par la violence de l’enfermement psychologique et matériel de l’héroïne. Les allusions à un environnement carcéral sont sous-jacentes, l’atmosphère est suffoquant, et les toutes derrières pages du livre sont difficilement supportables.

Dans L’Amour et les forêts, la complexité et la rigueur de la construction narrative sont magistrales, et on ne peut une fois de plus qu’être impressionné par les qualités littéraires d’Eric Reinhardt qui signe à travers cette histoire multi-facettes et tout en nuances un roman que ses lecteurs ne sont pas prêts d’oublier.

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 11:10
Pause estivale...

... le chant des cigales autour.

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Avant-propos

"C’est fou, le pouvoir de diversion d’un homme que son travail ennuie, intimide ou embarrasse : travaillant à la campagne (à quoi? à me relire, hélas!), voici la liste des diversions que je suscite toutes les cinq minutes: vaporiser une mouche, me couper les ongles, manger une prune, aller pisser, vérifier si l’eau du robinet est toujours boueuse (il y a eu une panne d’eau aujourd’hui), aller chez le pharmacien, descendre au jardin voir combien de brugnons ont mûri sur l’arbre, regarder le journal de radio, bricoler un dispositif pour tenir mes paperolles, etc. : je drague.

(La drague relève de cette passion que Fourier appelait la Variante, l’Alternante, la Papillonne.)"

Roland Barthes par Roland Barthes